‹ Voyage archéologique dans la régence de TunisChapitre 35 sur 268 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

de 2 mètres 50, dont le sol était naturellement supérieur à celui des eaux. Aux angles, et vers le milieu de l'immense rectangle que forment ces divers réservoirs parallèles, réservoirs séparés par un mur, comme je l'ai dit , mais néanmoins communiquant les uns avec les autres par une ouverture centrale, des chambres voûtées et circulaires, aujourd'hui en partie démolies , semblent avoir été les loges des gardiens de ces citernes.

Cette piscine gigantesque n'était point alimentée, comme celle de la Malga, par l'aqueduc du Zaghouan et du Djougar; elle recevait seulement les eaux pluviales, que de nombreux tuyaux et des pentes ménagées à dessein à l'entour lui amenaient de tous les points environnants.

Je viens de décrire sommairement les principales ruines qui ont survécu, sur l'emplacement de Carthage, à la grande destruction générale et aux diverses destructions partielles et successives que cette ville a subies et qu'elle continue à subir encore : je vais maintenant dire un mot de ses ports et de sa nécropole.

Ici, qu'il me soit encore permis d'emprunter à M. Beulé quelques-uns des renseignements nouveaux que ses fouilles ont acquis à la science.

Si quelques voyageurs ont cherché les deux ports de Carthage dans un endroit qu'ils n'ont jamais occupé , en les tournant arbitrairement, non pas vers le lac de Tunis, mais vers celui de Soukara, d'autres, et c'est le plus grand nombre , se laissant guider par une étude plus consciencieuse des documents que nous fournissent les anciens, et par un examen plus attentif des lieux, les ont vus et reconnus là où ils ont été réellement et où l'on en retrouve encore des vestiges apparents et irrécusables. Mais, si l'emplacement de ces ports ne pouvait plus être contesté sérieusement, il restait à en déterminer d'une manière plus nette le plan , la forme et la grandeur.

Ils consistaient, comme on le sait, en deux bassins, l'un intérieur, qui ne communiquait pas directement avec la mer, l'autre extérieur, que l'on traversait pour pénétrer dans le second ; celui-ci était destiné aux bâtiments marchands. Au milieu du premier, qui était réservé aux navires de guerre, était une île entourée de grands quais, de même que les bords opposés du bassin. « Les quais, comme nous l'apprend Appien 1 , présentaient une série de cales qui pouvaient contenir deux cent vingt vaisseaux. Au-dessus des cales, on avait constniit des magasins pour les agrès. Kn avant de chaque cale s'élevaient deux colonnes d'ordre ionique qui donnaient à la circonférence du port et de l'île l'aspect d'un portique. »

Le port militaire s'appelait du nom particulier de Gothon ; à l'époque de la domination byzantine, il prit celui de Mandracium. Il fut ruiné définitivement, ainsi que le port marchand, lors de l'invasion des Arabes en 697.

Aujourd'hui ce dernier est entièrement comblé, et l'emplacement qu'il occupait est planté de vignes et de figuiers; quant au port militaire, il a gardé sa forme circulaire, et, au milieu du bassin actuellement très-peu profond qui le constitue, s'élève une petite île décrite par les anciens, et qui à elle seule suffirait pour faire reconnaître immédiatement le Cothon creusé par les Carthaginois.

Cet îlot, où était jadis le pavillon de l'amiral, fut le premier point où M. Beulé transporta ses ouvriers. Après y avoir ouvert plusieurs tranchées , il retrouva les murs d'appui qui supportaient autrefois le quai dont l'îlot était environné, et ces murs d'appui , retrouvés , lui permirent de déterminer avec exactitude le périmètre primitif de l'île, périmètre moins considérable dans l'antiquité qu'aujourd'hui, accru qu'il a été par les terres et les débris de toute sorte qui peu

* Lib. vin, 98.

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