CHAPITRE 'PREMIER
tié orientale et moitié européenne; les Européens, en effet, constituent une bonne partie de sa population ; ils atteignent le chiffre de dix-huit cents environ, la plupart Maltais ou Italiens, auxquels il faut joindre quelques Français.
La paroisse catholique est desservie par des pères capucins. Non loin de là est l'établissement des sœurs de Saint- Joseph de l'Apparition , qui s'occupent en même temps de l'éducation des jeunes filles et du soin des malades.
L'hôtel du gouverneur de la place n'a rien , extérieurement du moins, qui mérite l'attention.
De l'autre côté du canal s'élèvent, protégés par une batterie, les deux palais du bey. L'un de ces palais, ou le vieux sérail, est actuellement abandonné par Son Altesse; le sérail neuf, construit sur un plan moins irrégulier que le précédent, est meublé avec luxe; le bey l'habite à l'époque des grandes chaleurs, lorsqu'il se rend à la Goulette pour y prendre des bains de mer.
L'arsenal qui avoisine ce palais est en ce moment l'objet de diverses réparations; une partie distincte est affectée au logement de ceux qui sont condamnés à la carak, c'est-à-dire aux galères. J'ai vu passer une bande de ces malheureux, ils étaient chargés de fers et vêtus à peine de quelques misérables haillons. Le bagne où on les renferme est d'une horrible malpropreté, et ils sont soumis à la surveillance de gardechiourme qui les traitent quelquefois avec une brutalité révoltante.
Deux routes conduisent de la Goulette à Tunis, l'une par terre, l'autre à travers le lac. Quand on prend la première, on suit d'abord au nord du bourg une langue de terre sablonneuse sur laquelle on a établi une chaussée et qui se projette entre la mer et le lac, c'est la Taenia de l'antiquité, appelée encore Ligula par les écrivains anciens, ce qui, sous une dénomination différente mais analogue, exprime la même chose. Puis laissant à droite Carthage et ses collines, on
longe les bords du lac à travers une grande plaine qui est très-marécageuse en hiver, et passant au pied d'un coteau couvert de quelques oliviers et désigné par les Européens sous le nom de Belvédère, à cause du beau coup d'oeil dont on jouit de son sommet, on atteint enfin l'un des faubourgs de Tunis.
La seconde route consiste à traverser le lac en bateau, et, une fois débarqué sur la terre ferme, à parcourir une avenue longue d'environ huit cents mètres qui conduit à l'une des portes principales de la ville. Cette route, plus directe et partant plus courte (pie la première, est de dix kilomètres environ; c'est celle-là que je suivis.
Le lac de Tunis, ainsi appelé par les Européens, est connu des indigènes sous le nom d'EI-Bahyrah (la petite mer). Quelquefois aussi ils le désignent par celui de Boghaz, mot qui, dans son acception restreinte, signifie détroit et s'applique alors très-bien au canal de la Goulette, mais qui, dans une acception plus large, embrasse aussi le lac tout entier. Ce vaste bassin, de forme à peu près circulaire, peut avoir dix-huit kilomètres de circonférence. Quoiqu'il ait jadis servi d'abri aux escadres romaines lors de la troisième guerre punique, et, par conséquent, à plus forte raison, aux flottes phéniciennes en temps de paix, il n'a jamais été trèsprofond ; car des sondages ont prouvé que cette profondeur n'avait jamais dépassé un mètre soixante-dix centimètres, et M. Beulé 1 en induit judicieusement (pie les bâtiments n'avaient pas du, pour y naviguer, exiger plus d'un mètre trente centimètres de tirant d'eau, partant que les proportions des navires de guerre dans l'antiquité étaient beaucoup plus réduites qu'on ne l'a cru quelquefois.
Comme depuis la chute de Cartilage, depuis le moment surtout où Tunis est devenu la capitale de la Régence , cette
1 Fouilles à Cartilage, p. 118.