CHAPITRE CINQUIÈME
A quatre heures, nous franchissons l'oued Amouch sur un pont moderne de trois arches.
A cinq heures, nous arrivons à Herglah.
Cette petite ville est précédée et entourée de jardins que bordent et séparent les uns des autres des haies impénétrables de cactus. Le sol en est très-sablonneux; mais, au moyen d'irrigations, il devient propre à la culture, témoin la beauté des oliviers et des autres arbres de ces jardins. Un puits , probablement antique , est situé au nord et au bas de la ville. Celle-ci occupe une éminence peu élevée, et n'a que 1 ,300 mètres au plus de pourtour. La moitié de ses maisons sont abandonnées et tombent en ruine; je doute qu'elle ait maintenant au delà de huit cents habitants. Elle possède deux mosquées, l'une consacrée à Sidi-Saïd, l'autre à Sidihou-Mandil. Cette dernière est une zaouïa érigée en l'honneur d'un santon très-vénéré dans le pays , et dont le tombeau est le but de nombreux pèlerinages.
A l'endroit culminant du plateau d'Herglah s'élevait, il y a quelques années encore, un ancien et assez vaste édifice, d'origine byzantine probablement, et appelé par les habitants du nom général de Kasr (le château). Les inurs en sont maintenant aux trois quarts renversés. Construits en blocage, ils étaient revêtus extérieurement d'un appareil de gros blocs, qui ont été enlevés pour servir à bâtir le pont dont je parlerai bientôt.
Du reste, sauf quelques pierres sculptées et cinq ou six tronçons de colonnes, il ne subsiste plus rien d'intéressant du bourg antique auquel Herglah a succédé. Ce bourg était celui d'Horrea-Cœlia , marqué dans l'Itinéraire d'Antonin, à 18 milles d'Hadrumetum, aujourd'hui Sousa. La Table de Peutinger le signale également sous le nom d'Ad Horrea. Dans cette Table, on voit un grand bâtiment figuré à côté de ce nom, ce qui semble indiquer, comme ce nom même, que le bourg d'Horrea était jadis un entrepôt où l'on con-
servait les céréales destinées à être exportées. Dans la Notice des églises de la Byzacène, il est fait mention d'un episcopus Horreae Caelicnsis.
h février.
A sept heures trente minutes du matin , nous nous remettons en marche dans la direction du sud-sud-est.
A huit heures trente minutes, nous commençons à franchir, sur une chaussée d'un kilomètre de long, une grande sehkha appelée la Djcriba. Cette plaine basse et marécageuse, avant la construction de cette chaussée, qui est toute récente, était très -dangereuse en hiver, principalement à l'endroit que traverse un oued qui se jette à la mer sous la désignation de Halk-el-Mengel. Il se passait peu d'années sans que les caravanes eussent à y déplorer quelque accident. Malheureusement, pour construire cette chaussée, ainsi que le pont qui en occupe le milieu, on a employé des matériaux antiques enlevés à des monuments qui ont ainsi disparu ou en totalité ou en partie.
A neuf heures trente minutes, quelques ruines romaines attirent un instant mon attention. L'un de mes hamhas me les désigne par le nom de Kasr-cl-Blidah (le château du bourg) ; l'autre prétend qu'elles s'appellent Hanout-eMladjem (la boutique du barbier). Cette dernière désignation est assez commune en Tunisie, et est donnée par les Arabes en plusieurs endroits différents, à certaines constructions romaines qui leur paraissent être d'anciennes boutiques.
Des plantations d'oliviers commencent à se montrer à droite de la route que nous suivons. A gauche, elle est bordée de dunes de sable.
Une demi -heure plus loin, nous marchons entre une double ligne de vergers ou de plantations d'oliviers.
A dix heures trente minutes, nous rencontrons quelques ruines romaines, mais insignifiantes.