CHAPITRE SIXIÈME
ment sur les principaux objets qui à Sousa méritaient mon attention. Déjà nous commencions à parler ensemble d'épigraphie, lorsqu'une agréable surprise nous fut ménagée. Nous vîmes entrer le jeune prince d'Arembcrg et son ami, M. le baron de Verneaux , récemment débarqués à Tunis , où je les avais vus et laissés. N'ayant que fort peu de jours à consacrer à la Tunisie, ils ne voulaient point quitter cette contrée, sur le rivage de laquelle les avait appelés le grand souvenir de Cartilage, sans jeter préalablement un coup d'œil sur les ruines' de l'un des plus beaux et des plus gigantesques monuments antiques de toute l'Afrique septentrionale. Ils venaient donc d'arriver à Sousa, pour se diriger de là vers El-Djem, célèbre par le fameux amphithéâtre que les Romains y ont jadis élevé. M. Léopold van Gaver, dont le père, banquier à Tunis, est l'un des hommes les plus éclairés et les plus estimables de la colonie française, les avait accompagnés dans ce voyage. M. Espina, à qui, après les premiers pourparlers, ils firent part de leur désir, s'empressa de leur donner tous les renseignements dont ils pouvaient avoir besoin et de leur faire ensuite les honneurs de Sousa. Leur départ pour El-Djem fut fixé au lendemain matin, et ils m'engagèrent eux-mêmes avec une aimable instance à me joindre à eux pour cette excursion et à accepter une place dans la voiture qui les avait amenés de Tunis.
5 février.
A six heures trente minutes du matin, nous sortons des portes de Sousa ; la direction que nous prenons est celle du sud. A droite et à gauche de la route s'étendent de belles plantations d'oliviers.
A sept heures quinze minutes, nous traversons le village de Zaouiet-Sousa.
A sept heures quarante-huit minutes, nous distinguons
sur une colline, près de la route, les ruines d'une ancienne construction que les Arabes désignent sous le nom d'Kl-Kasr (le château).
A neuf heures trente minutes , nous laissons à notre droite le village de Menzel.
Un peu au delà de ce village les plantations d'oliviers cessent, et une plaine immense, dépourvue d'arbres et en grande partie inculte, se déroule devant le regard attristé. Dans le lointain brille, à l'ouest, sous les rayons du soleil, la vaste sebkha de Sidi-el-Hani.
A onze heures, nous faisons halte jusqu'à midi pour laisser respirer les chevaux.
Vers trois heures, nous commençons à revoir des plantations d'oliviers.
A trois heures trente -cinq minutes, nous arrivons à El-Djem, à travers une longue avenue de nopals. Depuis longtemps déjà nous avions aperçu à l'horizon une sorte de colline de pierre qui surgissait devant nous. A mesure que nous en approchions davantage , cette colline semblait grandir de plus en plus, et sa forme se dessinait plus nettement. Quand nous en fumes plus près encore , nous pûmes contempler avec une admiration moins vague la masse imposante de ce superbe édifice, qui rivalise en beauté et presque en grandeur avec le Colisée de Rome.
A trois heures quarante minutes, nous descendons de voiture devant la maison du scheik.
El-Djem est un gros village d'environ mille habitants. Les maisons en sont mal construites et à un seul étage; beaucoup sont en ruines; mais les matériaux qui ont servi à les bâtir sont quelquefois très- remarquables, ayant été enlevés soit à l'amphithéâtre, soit à d'autres monuments de l'ancienne Thysdrus, à laquelle a succédé le village actuel. Cet amas informe de maisons basses et délabrées, du milieu desquelles s'élèvent seulement les minarets de deux petites mosquées,