CHAPITRE SIXIEME
et cTEl-Mehdiya au château de Ledjem , appelé aussi le château de la Cahena, dix -huit milles. On raconte que la Cahena, se voyant assiégée dans cette forteresse, 6t creuser dans le roc un passage souterrain qui conduisait de là à Sallectii, et qui était assez large pour laisser passer plusieurs cavaliers de front. Par cette voie elle se faisait apporter des vivres et tout ce dont elle avait besoin. Le château de Ledjem, situé à dix-huit milles aussi de la ville de Sallecta, a environ un mille de circonférence. Il est construit de pierres, dont plusieurs ont à peu près vingt-cinq empans de long. Sa hauteur est de vingt-quatre toises; tout l'intérieur est dispose en gradins depuis le bas jusqu'au haut; les portes (il s'agit ici des arcades) sont en plein cintre et placées les unes au-dessus des autres avec un art parfait. »
Cette tradition d'un immense souterrain se prolongeant d'El-Djem jusqu'à la mer subsiste encore dans le pays. Le fait est qu'il existe sous l'arène de l'amphithéâtre une grande galerie souterraine voûtée , dans l'intérieur de laquelle je me suis engagé par une ouverture laissée béante et où j'ai pu faire une trentaine de pas en rampant péniblement; il m'a été impossible de m'avancer au delà, le reste du souterrain étant presque complètement encombré de terre. Des deux Arabes qui y étaient descendus avec moi pour m'éclairer, l'un prétendait qu'il s'étendait jusqu'à Mahédia, l'autre jusqu'à Selecta.
Que faut-il penser de l'assertion d'El-Bekri à ce sujet, assertion dont la tradition s'est emparée et qu'elle a comme consacrée? Des fouilles et un déblaiement de ce souterrain pourraient seuls prouver d'une manière incontestable quelle en était l'étendue primitive ; mais il est permis , je crois , de mettre tout d'abord au rang des fables et des exagérations orientales l'assertion d'El-Bekri et la tradition arabe qui veulent que ce souterrain ait été creusé par la Cahena jusqu'à la mer, à travers un espace aussi considérable. L'imagination
arabe se complaît volontiers dans ces sortes d'hyperboles. La plupart des cavernes et des souterrains qui m'ont été montrés en Tunisie, et dont, à cause des écoulements survenus, on ne pouvait atteindre la fin, ce qui aurait rendu impossible toute fable de ce genre, avaient toujours, au dire des guides qui m'y accompagnaient, un prolongement immense. Ce n'est jamais, d'ailleurs, sans une sorte de terreur mystérieuse qu'ils osaient s'y aventurer, et cette terreur même, en réagissant sur leur esprit, naturellement porté à agrandir tout ce qui leur est inconnu, engendrait de leur part ces exagérations dont j'avais appris à me défier.
Quant à la galerie souterraine qui règne sous l'arène de l'amphithéâtre d'El-Djem, il est probable qu'elle avait une étendue limitée à l'enceinte de ce monument, et qu'elle conduisait aux loges destinées à contenir les bêtes féroces qui devaient servir aux jeux sanglants qu'on y célébrait. Quoi qu'il en soit, le sol de l'arène, par suite des démolitions successives qui ont eu lieu, est en quelques endroits trèsexhaussé; celle-ci avait environ quatre-vingt-quatorze mètres de long sur soixante de large.
Une partie de la galerie extérieure du rez-de-chaussée a été utilisée par les Arabes d'El-Djem, qui y ont établi de petites boutiques. Quant aux autres galeries latérales, et surtout aux galeries supérieures, elles ont subi et subissent tous les jours des dévastations que l'on ne saurait trop regretter. 11 est actuellement très -difficile de parvenir au sommet du monument, plus difficile encore d'en redescendre. Néanmoins, nous nous efforçâmes d'escalader la partie la plus élevée où il soit possible maintenant d'atteindre, et arrivés, non sans peine, en gravissant des voûtes à moitié démolies, jusqu'à la galerie supérieure, nous pûmes de là embrasser d'un même coup d'oeil tout l'ensemble des ruines de ce vaste amphithéâtre, nous pûmes aussi promener au loin nos regards sur la contrée environnante. Le soleil inclinait alors à l'hori-