CHAPITRE SEPTIÈME
Description de Soma, l'antique Hadrumetura.
7 février.
Désirant d'abord visiter les établissements catholiques de Sousa, le prince d'Aremberg, le baron de Verneaux, M. Léopold van Gaver et moi, nous nous dirigeons vers la paroisse franque. M. le vice-consul Espîna a l'obligeance de nous y accompagner. Cette paroisse consiste en une humble chapelle qui est loin de pouvoir contenir, les dimanches et les jours de fête, les six cents catholiques fixés dans la ville. Elle est desservie par un moine dont l'éloge est dans toutes les bouches. Aussi aimé qu'estimé, le R. P. Augustin de Reggio, c'est le nom de ce digne capucin, reflète sur sa bonne et douce physionomie la paix inaltérable et la candeur de son âme. Plein de charité et de zèle, il ne rougit pas, quand il s'agit de sa petite église, de descendre jusqu'aux métiers les moins relevés , et les mêmes mains qui tiennent tous les jours l'hostie à l'autel s'abaissent sans répugnance aux travaux de menuisier et de maçon. Manquant de fonds, il supplée à tout à force d'économie et par les ressources personnelles d'une industrie ingénieuse. C'est lui-même qui, à ses propres frais, a pratiqué la chaussée qui, au sud de la ville, conduit du bord de la mer au cimetière catholique. C'est lui aussi qui , pour protéger les tombes des chrétiens soit contre la voracité des chacals , soit contre les profanations des musulmans, a fait entourer d'un mur l'enceinte qui les contient.
102 VOYAGK EN TUNISIE.
Comme la chapelle qu'il dessert est tout à fait insuffisante aux besoins du culte, les catholiques de Sousa, par l'intermédiaire de M. Espina et de M. le consul {général de France, ont adressé une requête au focy, à l'effet d'obtenir de Son Altesse l'autorisation de bâtir sur un emplacement moins resserré une église à la fois plus grande et plus convenable. J'ai appris que cette demande leur avait été accordée.
De la paroisse catholique, nous nous transportâmes au couvent des sœurs de Saint-Joseph. Elles sont au nombre de cinq. Leur supérieure, la sœur Joséphine, est une femme de tête et de mérite. Installée à Sousa depuis une vingtaine d'années, elle est très-respectée des musulmans eux-mêmes, qui ont appris h connaître son dévouement et son courage, principalement à l'époque du dernier choléra. Médecin et même chirurgien au besoin , elle prodigue tous les jours aux malades qui viennent la voir ses soins, ses conseils et ses médicaments; elle a su en effet, par de véritables miracles d'économie et avec des ressources extrêmement limitées, fonder une petite pharmacie a l'usage des pauvres. En même temps qu'elle soigne les malades, elle élève l'enfance, de concert avec les quatre autres sœurs qui secondent son pieux ministère. Une cinquantaine de petites filles, dont vingt environ appartiennent à des familles aisées et payent pension, et trente, à cause de l'indigence de leurs parents, ne sont soumises à aucune rétribution, suivent les leçons de ces vertueuses institutrices, auxquelles il ne manque qu'un local plus étendu pour faire participer un plus grand nombre d'élèves au bienfait d'une éducation sérieuse et chrétienne. Malheureusement, la maison qu'elles occupent se ressent de l'exiguïté de leurs moyens d'existence. Leurs cinquante petites filles sont entassées dans deux étroites chambres où elles étouffent pendant l'été; dans une troisième, elles réunissent une quinzaine de petits garçons âgés de moins de sept ans , dont elles se sont chargées , à la demande de plu-