CHAPITRE SEPTIÈME
sieurs familles. Des raisons que l'on comprend sans peine les empêchent de recevoir ni de garder cette dernière catégorie d'élèves au delà de l'âge que je viens d'indiquer. Il serait à désirer que, pour leur venir en aide, deux ou trois frères de la Doctrine chrétienne fussent envoyés à Sousa ; ils verraient accourir dans leur établissement non -seulement les enfants des chrétiens, mais encore ceux des juifs et même de quelques musulmans.
Le reste de la journée fut consacré par nous à l'examen de la ville.
Sousa s'élève en pente sur le bord de la mer. Elle est environnée d'une enceinte crénelée ayant la forme d'un parallélogramme un peu irrégulier, dont le pourtour peut être évalué à 3 kilomètres. Les grands côtés, parallèles au rivage, regardent l'un l'orient, l'autre l'occident. L'angle sud-ouest, qui est en même temps le point culminant de la colline sur laquelle la ville a été bâtie, est occupé et défendu par la kasbah ou citadelle. Cette citadelle est elle-même dominée par une tour assez élevée, appelée El-Nadour, c'est-à-dire l'observatoire, dénomination parfaitement justifiée , car du haut de cette tour on observe au loin la mer. Quant à la ville, on la voit tout entière ramassée à ses pieds. Nous ne pûmes obtenir la permission de pénétrer dans la kasbah. Le khalife se prétait volontiers à notre désir, mais le bimbachi ou colonel commandant de place opposa un refus formel à notre demande. Dans un voyage ultérieur, la porte m'en fut ouverte, et je visitai en détail cette citadelle; j'en dirai alors quelques mots.
Le mur qui enferme la ville est flanqué de distance en distance par des tours carrées, à demi engagées dans l'enceinte. Aucun fossé artificiel ne défend les abords de la place. Elle pourrait être très-facilement forcée sur plusieurs points; car la muraille n'est pas partout massive. Dans certains endroits, en effet, comme l'a déjà remarqué M. Pellissier,
la plate-forme des courtines est soutenue par des arcades ouvertes du côté de la ville et fermées du côté de la mer ou de la campagne par une maçonnerie peu épaisse, ce qui, à la vérité, ne manque pas d'élégance, mais nuit à la solidité.
Trois portes donnent entrée dans l'enceinte, ce sont : Bab-el-Gharbi (porte de l'occident), vers le milieu de la branche occidentale de la muraille; Bab-el-Bahr (porte de la mer), au nord-ouest. Près de cette porte, un château flanque l'angle nord de la branche orientale et nord-est de la branche septentrionale. Ce bastion est de date assez récente, avant été construit il y a une cinquantaine d'années. La troisième porte, Bab-el-Djedid (la porte neuve), avoisine Kasr-el-Bahr (le château de la mer); elle est ornée de pierres alternativement rouges et jaunes tirées des carrières de Zembra. Une batterie à barbette la défend.
Dans l'intérieur de la ville, la partie haute est presque exclusivement réservée aux musulmans; dans la partie basse habitent à la fois les musulmans, les juifs et les chrétiens. La population totale se monte au plus à 7,600 habitants, dont G, 000 musulmans, 1,000 juifs et 600 chrétiens; parmi ces chrétiens on compte 60 Français ; les autres sont Italiens ou Maltais.
Les musulmans possèdent une douzaine de mosquées; les juifs n'ont qu'une synagogue, et les chrétiens, comme je l'ai dit, sont encore réduits pour le moment à une humble chapelle cachée en quelque sorte au fond de la cour d'une maison particulière.
Les bazars sont assez bien approvisionnes.
Le commerce principal consiste en huiles non raffinées que l'on exporte en Europe pour le savon; il est presque entièrement concentré entre les mains des chrétiens et des juifs. Plusieurs Européens se sont fait construire de grands magasins voûtés renfermant de profondes et nombreuses citernes capables de contenir une énorme quantité d'huile.