‹ Voyage archéologique dans la régence de TunisChapitre 57 sur 268 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

L'exportation de ce produit atteint environ par an six millions de francs.

De véritables forêts d'oliviers avoisinent en effet la ville , et bien que la culture et l'entretien de ces arbres laissent beaucoup à désirer, néanmoins telle est la fertilité naturelle et inépuisable de l'antique Byzacène , que la moderne Sousa a hérité en partie de la richesse et de l'importance de l'ancien comptoir maritime auquel elle a succédé.

8 février.

A sept heures du matin, le jeune prince d'Aremberg, M. le baron de Verneaux et M. Léopold van Gaver abandonnent Sousa pour s'en retourner à Tunis. M. Espina et moi nous les reconduisons jusqu'aux portes de la ville, où ils échangent avec nous des adieux et d'amicales poignées de main , et ensuite nous entreprenons une étude nouvelle et plus attentive des débris de l'ancienne cité.

Aucune inscription trouvée sur place n'a jusqu'à présent prouvé péremptoirement que Sousa ait été jadis Hadrumetum. Néanmoins, malgré l'avis contraire de plusieurs voyageurs, qui, à l'exemple de Shaw, transportent à Herglah la capitale de la Byzacène, tout semble démontrer, et les distances données par les itinéraires et les passages relatifs à cette ville que l'on rencontre dans les auteurs, et l'importance non interrompue de Sousa , sans parler des restes antiques qui subsistent et sont épars au dedans comme au dehors de son enceinte , qu'elle occupe bien réellement l'emplacement de la cité qui est désignée par les anciens sous les dénominations de Hadrumetum , Adrumetum , Adrumettos , Adrametos, Adramytos, Adrymès et Adrymé, dénominations analogues ou plutôt identiques, à terminaisons soit latines, soit grecques, et dérivées évidemment d'un mot phénicien.

Hadrumetum , en effet, comme nous le savons par Salluste 1 , était une colonie phénicienne , ainsi que les autres places de commerce ou emporta établies sur la côte. Les voyageurs les plus récents et les plus sérieux , tels que Grenville Temple, Bartli, Pellissicr et d'autres encore, ayant réfuté victorieusement, à mon avis, l'opinion de Shaw, il me semble inutile de répéter après eux les raisons qui forcent en quelque sorte à placer à Sousa le comptoir le plus important de la Byzacène, c'est-à-dire Hadrumetum.

Cette ville souffrit beaucoup dans la campagne de César en Afrique, et comme elle était riche, elle fut condamnée par le vainqueur à une amende assez considérable. Sous Trajan, elle obtint le titre de colonie romaine, ainsi que nous l'apprend une inscription dont je me contenterai ici de citer le passage suivant 8 : « Coloni coloniae Concordiac Ulpiae Trajanae Augustae Fritgifernc Hadrumetinae. »

A l'époque chrétienne, elle devint le siège d'un évêché et compta plusieurs martyrs célèbres dans les annales de l'Église.

Elle nous est signalée par Procope a comme une ville grande et bien peuplée. Démantelée par les Vandales, Justinien releva ses murailles, et elle prit alors quelque temps le surnom de Justiniana, par reconnaissance et par flatterie envers son bienfaiteur. Lorsque les Arabes s'emparèrent de l'Afrique , elle tomba au pouvoir d'Abd-Allah-ibn-ez-Zobeïr.

L'an 212 de l'hégire (827 de notre ère) Ziadet-Allah-ben- Aghlab la fit fortifier. Ce fut sous le règne de ce prince qu'une flotte musulmane de cent navires et portant dix mille hommes de troupes quitta le port de Sousa pour aller envahir la Sicile.

En 1537, cette ville fut attaquée à son tour par une flotte

1 Sallust. B. Juif., c. xix.

* Grtiteri Intcript.j p. 3(>2.

3 Procop. De œdif. y VI, 0.

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