CHAPITRE SEPTIÈME
espagnole et maltaise qu'avait envoyée Charles- Quint au secours de son allié Moulay-Hassan , et en 1770 elle fut bombardée par une flotte française.
Bien que Sousa ait conservé à travers les siècles un rang considérable, du moins relativement aux autres villes de la Tunisie, la cité ancienne qu'elle a remplacée avait une étendue et une splendeur qui dépassaient de beaucoup celle de la ville actuelle.
11 est assez difficile, il est vrai, de délimiter maintenant avec exactitude l'enceinte primitive; toutefois, il est certain qu'elle renfermait dans son périmètre le Cothon ou port artificiel signalé par Hirtius. Le port actuel de Sousa n'est qu'une rade dont le mouillage est peu sûr par les vents d'est et de nord-est; il s'étend en face de la ville. Le port antique, au contraire, était déterminé et protégé par deux môles situés plus au nord. Ils sont armés chacun d'une batterie h leur extrémité. Le plus septentrionul est appelé d'ordinaire par les Européens Môle de la Quarantaine, et le second Pointe du Môle. Un intervalle de 550 mètres les sépare. Quand la mer est calme, on distingue et l'on peut suivre avec une barque les restes d'un brise-lames faisant un angle ouvert avec le plus méridional de ces môles et couvrant le port, dont l'ouverture était rendue ainsi assez étroite, contre les vents d'est, les plus dangereux sur cette côte. Maintenant , l'espace compris entre ces deux môles est en grande partie ensablé, au point qu'on hésite d'abord à croire que là a jadis existé un port.
« Sousa, dit El-Bekri ', a huit portes, dont celle qui est à l'est du bâtiment nommé Dar-es-Sanâa (l'arsenal) est d'une grandeur énorme; c'est par là que les vaisseaux entrent et sortent du port. »
Ce renseignement du géographe arabe prouve que de son
' Descript. de V Afrique septentrionale, trad. de M. de Slanc, p. 83.
temps, c'est-à-dire vers 1068 de notre ère, il y avait un bassin intérieur renfermé dans l'enceinte de la ville. Ce bassin ne pouvait être autre que le Cotlion dont il est question dans le passage suivant d'Hirtius 1 :
« Reliquat naves liostium promontorium superarunt, atque Hadrumetum in Cotlionem se universœ contulerunt. »
Outre ce bassin intérieur, réservé probablement aux navires de guerre, il y en avait un autre extérieur où mouillaient les bâtiments marchands , et dont l'entrée était déterminée par l'ouverture laissée libre entre le môle septentrional et le brise-lames que j'ai mentionnés plus haut.
Aujourd'hui, ces deux bassins sont comblés et remplacés par une esplanade tics-sablonneuse.
A l'époque du même géographe arabe El-Bckri, on admirait, à l'ouest de Sousa, les ruines d'un grand amphithéâtre. * « Deux autres portes de la ville, dit-il*, sont du côté de l'occident et regardent le Melâb. Ce vaste édifice, de construction antique , est posé sur des voûtes très-larges et trèshautes, dont les cintres sont en pierre ponce, substance assez légère pour flotter sur l'eau et que l'on tire du volcan de la Sicile. Autour du Melâb se trouvent un grand nombre de voûtes communiquant les unes avec les autres. »
Ce monument, tel que El-Bekri le décrit ici, était trèscertainement un amphithéâtre. Il n'en reste plus aujourd'hui le moindre vestige. Était-il compris dans l'enceinte de la ville antique? nous l'ignorons; toujours est-il qu'il ne l'était pas dans l'enceinte arabe duc au prince aghlabite Ziadet- Allah.
« En dehors des remparts, poursuit El-Bckri, s'élève un temple colossal nommé El-Fintas par les marins; c'est le premier objet que les navigateurs découvrent en arrivant de la Sicile ou de tout autre pays. Ce monument a quatre esca-
* De Mlo Afric, c. lxii.
* El-Bckri, loco citaùt.