‹ Voyage archéologique dans la régence de TunisChapitre 65 sur 268 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

consul Espina, qui m'avait comblé de prévenances et d'attentions, et dont je ne me sépare pas sans regret. Je côtoie avec ma petite escorte le bord de la mer dans la direction du sud-est.

A une heure dix minutes, nous laissons à notre droite la zaouïa de Sidi-bou-Hamida. Quelques jardins environnent la koubba ou coupole blanche sous laquelle reposent les restes du santon.

A deux heures, nous franchissons l'oued Hamdoun. A son embouchure dans la mer, des dunes de sable ont recouvert son lit, et c'est là que nos chevaux le traversent h pied sec.

A deux heures quinze minutes, nous rencontrons un second bras du même oued.

De trois heures à trois heures trente-cinq minutes, nous suivons une longue chaussée cailloutée et bordée d'un petit mur. Elle a été récemment construite à travers une grande sebkha dont le passage était auparavant fort dangereux en hiver, et qui s'appelle Sebkha-el-Melah-m'ta- Monastir.

Puis , tournant à l'est , nous entrons dans une région trèsfertile, plantée de magnifiques oliviers. A droite et à gauche de la route, de beaux jardins, séparés et protégés par des ceintures de cactus, étalent une végétation luxuriante et témoignent de la richesse naturelle du sol. Ça et là de jolis palmiers dressent dans les airs, au-dessus des autres arbres qui les entourent, leur tige élancée et leur tête gracieuse; de tous cotés nous apercevons des Arabes occupés à faire la récolte des olives.

A quatre heures quinze minutes, nous entrons à Monastir par la porte*dite Bab-el-Gharbi (porte de l'occident); le khalife nous offre l'hospitalité à Dar-el-Bey.

Monastir, que les Arabes, par abréviation, prononcent quelquefois Mistir, passe pour avoir succédé à l'antique Rus-

pina, dont il est plusieurs fois question dans Hirtius ', et qui devint la principale base des opérations militaires de César en Afrique.

Pline * la cite parmi les villes libres. Mentionnée dans la Table de Peutinger, elle est omise dans l'Itinéraire d'Antonin.

A l'époque de l'invasion arabe, elle n'avait qu'une importance fort secondaire et renfermait probablement alors un monastère chrétien, d'où sera dérivée la dénomination de la cité musulmane qui existe encore aujourd'hui.

Cette ville s'élève sur une presqu'île, non loin d'un promontoire auquel elle a donné son nom, et qui, dans l'antiquité, comme nous l'apprend le Stadias'mus maris, était couronné par un sanctuaire contenant un trophée de Dionysos.

Monastir est entourée d'un mur crénelé et flanqué de tours de distance en distance : cinq portes donnent entrée dans son enceinte. Ses rues sont mieux percées, plus larges et moins irrégulières que celles de la plupart des autres villes de la Tunisie. Ses mosquées, au nombre d'une douzaine, n'offrent, extérieurement du moins, rien qui mérite d'arrêter l'attention. Sa population atteint le chiffre de sept à huit mille habitants, parmi lesquels on ne compte que fort peu d'Européens : aussi la religion chrétienne n'y est-elle point pratiquée publiquement; aucune chapelle, aucun ministre du culte ne la représentent. Toutefois , comme cette ville est environnée d'un territoire fertilç, que le commerce des huiles y est d'une certaine importance et qu'elle possède un assez bon mouillage ù deux kilomètres environ , vers le sud , la France y entretient un agent consulaire, qui est en même temps celui de plusieurs autres puissances chrétiennes.

• Bello Afric, passiin.

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