CHAPITRE HUITIÈME
13 février.
Je poursuis l'examen de la ville. La kasbah, située à l'angle nord-est, est défendue par une double enceinte et armée d'une trentaine de bouches à feu. Elle est dominée par une tour fort élevée, appelée El-Nadour. Ce vieux château est celui dont parle El-Bekri ', et qui fut bâti l'an 180 de l'hégire (796-7 de l'ère chrétienne) par Herthéma - ibn - Aïen .
« C'est, ajoute cet historien géographe, une forteresse solidement construite. Au premier étage au-dessus du sol est une mosquée où se tient continuellement un scheik rempli de vertus et de mérite, sur lequel roule la direction de la communauté. Cet édifice sert de logement à une compagnie d'hommes saints et de marabouts qui ont quitté parents et amis pour s'y enfermer et y vivre loin du monde. »
Je ne serais pas éloigné de penser que ce ribat musulman , à la fois forteresse et monastère, du moins à l'époque d'El-Bekri, a remplacé le monastère chrétien que j'ai supposé avoir existé jadis à Monastir et avoir communique à cette ville le nom sous lequel elle est connue depuis l'invasion arabe.
Monastir possède en outre deux châteaux extérieurs : Bordj-el-Kebir, qui protège le mouillage, et Bordj-Sidi-Mansour, qui s'élève entre le mouillage et la ville.
Après avoir achevé le tour extérieur des remparts et des cimetières qui les avoisinent au nord, je descends vers la plage , «et là , près de plusieurs tronçons gigantesques de colonnes de granit gris et rouge, à moitié ensevelis dans le sable, et qui, m'a-t-on dit, proviennent de Ben-Ghazi, d'où ils ont été apportés pour servir dans des pressoirs à écraser
1 Deteript. de V Afrique septentrionale, p. 88.
les olives, je monte dans une barque, afin d'aller visiter trois petites îles peu éloignées du rivage. La plus septentrionale, appelée Djeziret-el-Hamam , doit ce nom aux pigeons et aux colombes qui y ont établi leur séjour et qui y nichent par centaines dans les trous des rochers. C'est un îlot qui peut avoir quatre cents mètres de circonférence au plus.
Au sud-est de cet îlot est une autre île plus considérable. Les Européens la désignent sous la dénomination de la Tonnara, parce qu'il y existait, il y a peu d'années encore, un établissement de pêche pour le thon. Sa circonférence est d'environ deux kilomètres. On y remarque les coupoles de deux santons, et, entre autres, celle de Sidi-Abou-el-Fadel-el- Ghedamsi. Le nom de ce marabout est celui que les indigènes donnent d'ordinaire à cette même île. En la parcourant, j'y rencontre une quinzaine de citernes creusées dans le roc et qui paraissent antiques. Au nord-est, du côté de la pleine mer, est un petit bassin pratiqué également dans le roc et qui est connu des Arabes sous la désignation poétique de Hammum-Bent-cs-Sultan (le bain de la fille du sultan). C'est une salle de bain découverte et rectangulaire, mesurant environ 8 mètres sur chaque côté; elle est environnée d'un banc ménagé dans le rocher. L'eau y pénètre au moyen de deux petits canaux qui communiquent avec la mer. A l'extrémité opposée est un enfoncement demi-circulaire et voûté, entouré également d'un banc, et qui était une sorte d'apodyterium .
De cette île je passe dans la troisième, appelée par les indigènes Djezirct-cl-Oustany (ile du milieu), et par les Européens ile de la Quarantaine.
Moitié plus petite que la précédente, elle est percée d'une cinquantaine de grottes artificielles qui consistent en chambres carrées hautes de 2 mètres et mesurant pour la plupart 2 mètres 50 centimètres sur chaque côté. Le plafond en est soit plat , soit légèrement concave. Le long des parois laté-