CHAPITRE PREMIER. J
dment les plaines célèbres que dominent les collines de Carthage; devant moi enfin, Tunis entière avec son enceinte, ses forts, ses mosquées, s'élevait en pente douce sur un plan légèrement incliné. L'épithète de blanche qu'elle portait dans l'antiquité, comme le montre un passage de Diodore de Sicile', lui convient encore parfaitement de nos jours, tant à cause de ses maisons et de ses monuments qui sont extérieurement blanchis à la chaux, qu'à cause de la nature du sol de l'emplacement où elle est située, sol composé de terres calcaires ou d'une argile blanchâtre. De loin et considérée dans son ensemble, cette ville se présente sous un aspect qui séduit et qui enchante, et elle mérite alors, en partie du moins, les éloges pompeux que les Arabes lui décernent. Cette Fleur de l'Occident , comme ils l'appellent, resplendissait sous un ciel pur et azuré, éclairée par un soleil éblouissant. Quant au lac que notre sandal continuait toujours à traverser lentement, sa surface miroitante étincelait sous les rayons de cet astre, qui semblait ne s'être refroidi et presque éclipsé pour l'Europe, qu'afin d'embraser l'Afrique d'un éclat plus ardent. J'avais laissé en France la neige et des brouillards, je retrouvais ici , au commencement de janvier, un soleil de juin dont je cherchais en vain, sur cette barque découverte, à éviter les feux brûlants. Si les eaux du lac eussent été plus limpides, j'aurais volontiers envié le sort de ces bandes de jolis phénicopteres au plumage argenté et nuancé de pourpre, que je voyais s'y ébattre avec un grand bruit d'ailes et y plonger sans cesse leur cou gracieux.
Plusieurs îlots s'élèvent au-dessus de ce vaste bassin; le plus considérable s'appelle Chekli. Il est entouré d'un môle qui tombe en ruine, et renferme un petit fort qui servait de lazaret et qui est actuellement abandonné.
A quatre heures de l'après-midi, je mis enfin le pied sur
» Diod. Sic, XX, 8,7.
le quai de la marine, et je me dirigeai vers Tunis par la grande avenue que j'ai déjà mentionnée : puis, franchissant la porte dite Bab-el-Bahnr (la porte de la mer), j'arrivai bientôt à un hôtel français tenu par M. et madame Toumier, dont l'oVIigcanee et les bons soins sont connus de tous les voyageurs qui y sont descendus.