CHAPITRE DIXIEME
le second de mes bombas, et un guide de la localité, je tourne mes pas vers le cap Dimas, jadis cap Thapsus.
A sept heures trente minutes, nous passons au pied d'une colline sur laquelle s'élève la coupole d'un marabout consacré a Sidi-Fodéili. Cette colline a dû être jadis fortifiée; elle commande tous les environs.
Nous nous rapprochons ensuite du rivage, que nous côtoyons vers l'est, ayant à notre gauche la plage et à notre droite une suite de collines dont l'une est couronnée par la coupole d'un marabout qui m'est désigné sous le nom de Sidi-Abdullah-ez-Zébéili.
Devant nous, à une faible distance du rivage, s'étend une île oblongue; elle est sablonneuse et inhabitée.
Nous parvenons enfin au cap Dimas, près duquel on admire encore maintenant les restes d'une belle jetée qui protégeait contre les vents et les vagues du large le port de l'antique Thapsus. Cette digue se prolongeait jadis beaucoup plus avant dans la mer. Dans son état actuel, elle mesure cent soixante pas de long sur onze de large. Formée de béton , elle est pavée de petites pierres régulièrement taillées et agencées entre elles.
La ville de Thapsus, si célèbre par la grande victoire que César remporta sous ses murs sur Scipion et le roi Juba, est aujourd'hui complètement ruinée. Le terrain qu'elle occupait a été livré u la culture , en sorte que non-seulement les traces de ses maisons ont dispuru, mais que même lu plupart de ses monuments publics ont été comme efiàcés du sol jusque dans leurs fondements. Chaque année, en effet, les paysans arabes qui exploitent l'emplacement qu'elle comprenait dans son enceinte, débarrassent les champs qu'ils cultivent des pierres dont ils sont jonchés et amoncellent celles-ci en tas, ou bien s'en servent pour délimiter leurs propriétés au moyen de petits murs de séparation grossièrement construits avec des matériaux de toutes sortes.
Néanmoins, je puis signaler comme encore parfaitement recotinaissables et d'une importance relative assez grande les ruines d'un kasr ou château. Il était assis sur un point élevé d'où l'on pouvait au loin dominer la ville, la mer et les campagnes voisines.
Plus au sud sont les débris d'un amphithéâtre. Il a quatre cent soixante pas de tour. L'arène mesurait soixante-deux pas de long sur quarante-quatre de large; elle est cultivée; les gradins n'existent plus.
À quelque distance de là , un immense rectangle renferme dans son périmètre vingt-cinq citernes, parallèles entre elles, dont chacune a quatre-vingt-deux pas de long sur quatre et demi de large. L'eau était amenée à ce vaste réservoir par un aqueduc dont j'ai pu suivre les vestiges pendant plusieurs centaines de pas.
Au sud de cet aqueduc s'étend une sebkha qui est probablement le lac salé dont parle Hirtius '.
« Krat staguum saliuarum, in ter quod et mare angustia* quaulam non amplius mille et quingentos passus intererant; (puis Scipio intrare et Thapsitanis auxilium ferre conabatur. »
Le long de cette sebkha, vers l'ouest, s'élèvent une suite de monticules qui la commandent et dont plusieurs sont couverts de ruines; j'y remarque une dizaine de belles citernes parfaitement conservées et qui devaient se trouver jadis au-dessous de villas romaines.
Thapsus (fc)atyoç) est une ville d'origine fort ancienne. C'était l'un des comptoirs maritimes des Carthaginois. Nous la voyons signalée dans le Périple de Scylax. A l'époque des guerres de César en Afrique, elle est mentionnée comme place forte par Hirtius, et même après la défaite de Scipion et de Juba, elle osa encore résister au vainqueur, auquel elle
> Jhll. Afric., c. lxii.