CHAPITRE ONZIÈME
aujourd'hui bien déchue de sa puissance et de sa splendeur. De belles et épuisses murailles percées de nombreuses brèches, des tours découronnées de leurs créneaux ou même fendues jusqu'à leur base, beaucoup de maisons détruites ou très-délabrées, plusieurs mosquées démolies, d'autres tombant de vétusté, partout l'image de la désolation et de la mort, tel est le spectacle qu'offre actuellement Mahcdia. Depuis le jour où elle a été démantelée par les ordres de Charles-Quint, elle ne s'est jamais relevée de sa décadence et de ses ruines, et elle n'a plus joué aucun rôle dans l'histoire : mais en remontant plus haut, nous voyons que si en 1551, après des assauts sanglants et plusieurs fois renouvelés, elle finit par tomber au pouvoir des Espagnols, qui en réparèrent I<rs fortifications pour les démolir bientôt après, avant de l'évacuer, elle avait, en 1510, résisté victorieusement à Pierre de Navarre. En 1390, le duc de Bourbon l'avait de même vainement assiégée avec une flotte composée de Génois et de Français. En 1160, les musulmans l'avaient reconquise sur les Siciliens, lesquels s'en étaient emparés en 1147.
Quant à l'époque de sa plus grande prospérité, elle date de sa fondation même, c'est-à-dire de l'an 300 de l'hégire (912 de l'ère chrétienne). Dans cette année, en effet, elle fut fondée par Obeid-Àllah, surnommé El-Mahdi, qui lui communiqua son surnom.
• La ville d'El-Mehdiya , dit El-Bekri ', est environnée par la mer, excepte du côté occidental, où se trouve l'entrée de In place. Elle possède un grand faubourg appelé Zouïla, qui renferme les bazars, les bains et les logements des habitants de la ville. Ce faubourg, qu'El-Moëzz-ibn-Badis entoura d'une muraille, a maintenant environ 2 milles de longueur — Toutes les maisons de Zouïla sont construites en pierre. La
• Detcript. de t Afrique septentrionale, p. 73 et suiv.
lîii VOYAGE EN TUNISIE.
ville d'El-Mehdïya a deux portes de fer, dans lesquelles on n'a pas fuit entrer le moindre morceau de bois; chaque porte pèse mille quintaux et a trente empans de hauteur : chacun des clous dont elles sont garnies pèse six livres. Sur ces portes, on a représente plusieurs animaux. El-Mehdïya renferme trois cent soixante grandes citernes, sans compter les eaux qui arrivent par des conduits et qui se répandent dans la ville. Ce fut Obeid-Allah qui les fit venir d'un village des environs nommé Menanech.... Cette ville est fréquentée par les navires d'Alexandrie, de Syrie, de la Sicile, de l'Espagne et d'autres pays. Son port, creusé dans le roc, est assez vaste pour contenir trente bâtiments; il se ferme au moyen d'une chaîne de fer que l'on tend entre deux tours situées une à chaque côté de l'entrée du bassin.... Obeid-Allah, voulant augmenter l'étendue de la ville, gagna sur la mer un terrain qui, mesuré du sud au nord, a la largeur dune portée de flèche. El-Mehdïya est défendue par seize tours, dont huit font partie de l'ancienne enceinte; les autres s'élèvent sur le terrain ajouté à la ville.
Le djamê, la cour des comptes et plusieurs autres édifices ont été construits sur le terrain que l'on gagna sur la mer.
Le djaraè, composé de sept nefs, est très-beau et solidement bâti. Le palais d'Obeid- Allah est très-grand et se distingue par la magnificence de ses corps de logis. La porte de cet édifice regarde l'occident. Vis-à-vis, sur l'autre côté d'une grande place, s'élève le palais d'Abou-'l-Cacem , fils d'Obeid-Allah. La porte de ce palais est tournée vers l'orient. L'arsenal, situé à Test du palais d'Obeid-Allah, peut contenir plus de deux cents navires et possède deux galeries voûtées, vastes et longues, qui servent à garantir les agrès et les approvisionnements de Ja marine contre les atteintes du soleil et de la pluie. Obeid-Allah s'était décidé à construire la ville d'El-Mehdïya, à cause de la révolte d'Abou-Abd-Allah-ech- Chiaï, qui, secondé par une partie des Ketama, avait cherché