‹ Voyage archéologique dans la régence de TunisChapitre 76 sur 268 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

à le détrôner, et dont les partisans furent massacrés par les habitants deCaïrouan. En l'an 300 (912-913), il commença par examiner remplacement de la nouvelle ville; cinq années plus tard, il avait achevé les fortifications, et dans le mois de choual 308 (février-mars 921) il alla s'y installer.... El-Mehdïya possédait plusieurs faubourgs, tous florissants et bien peuplés. Cette ville continua d'être le siège de l'empire fatémide jusqu'à l'an 334 (945-9 4f>), quand Ismaïlel-Mansour, fils d'EI-Caïm, étant monté sur le trône, se rendit à Caïrouan pour combattre Abou-Yezid. Il prit alors pour résidence la ville de Sabra, et après sa mort son fils El-Maad y demeura aussi. Dès lors, la plupart des faubourgs d'El-Mehih'ya perdirent leurs habitants et tombèrent en ruines. »

Le géographe Edrisi, qui vivait un siècle environ après El-Bekri, nous transmet quelques détails analogues sur cette ville.

« A l'époque présente, dit-il ', le commerce a diminué à Mahdia; cette ville était le port et l'entrepôt de Caïrouan. Elle fut fondée par El-Mahdi-Obeid-Allah , qui lui donna son nom. Elle était autrefois extrêmement fréquentée, et le commerce y était très-florissant. Les constructions en étaient belles, les lieux d'habitation ou de promenade agréables, les bains magnifiques, les caravansérails nombreux ; enfin Mnhdia offrait un coup d'œil d'autant plus ravissant, que ses habitants étaient généralement beaux et proprement vêtus. On y fabriquait des tissus très-fins. »

Ce géographe ajoute un fait curieux, c'est que Mahdia n'avait pas de cimetière de son temps et que les habitants allaient par mer ensevelir leurs morts à Monastir.

« De nos jours, continue-t-il, Mahdia se compose de deux villes, savoir : El-Mahdia proprement dite et Zouïla. La pre-

1 Géographie d'EJt isi, trad. par M. Jaubcrt, t. I rr , p. J57 et suiv.

mière sert de résidence au sultan et à ses troupes; elle est dominée par un château construit de la manière la plus solide et dans lequel on voyait, avant la complète de cette ville par le grand Roger, 543 de l'hégire (1147-11-48), le réservoir dit des Voûtes d'or, dont les princes du pays tiraient vanité. Zouïla est remarquable par la beauté de ses bazars et «le ses édifices, ainsi que par la largeur de ses rues et de ses carrefours. »

Ce passage nous montre que ce faubourg, jadis si populeux, mais qui déjà à l'époque d'EI-Bekri avait été en partie abandonné, s'était de nouveau repeuplé, quand la ville avait repris de l'importance en redevenant capitale sous la dynastie des Zéirites.

« La ville, poursuit Edrisi, est entourée tant du côté de la terre que de celui de la mer de murailles en pierre, et le long du premier de ces cotés règne un grand fossé qui se remplit au moyen des eaux pluviales. »

Le grand fossé dont parle ici Edrisi est celui que j'ai déjà mentionné et qui, d'après la conjecture de M. Portelli, était jadis un véritable canal navigable rejoignant les deux rades que sépare la presqu'île de Maliédia.

Marmol, Espagnol originaire de Grenade, qui suivit Charles-Quint au siège de Tunis, et qui depuis, après avoir parcouru une grande partie de la Barbarie, soit comme homme libre, soit comme esclave, décrivit avec soin les villes et les contrées qu'il avait visitées, n'oublie pas dans son ouvrage de nous parler d'Africa : c'est ainsi qu'il appelle El-Mahédia, dénomination «pie cette place a gardée longtemps parmi les Francs, et qui témoigne à elle seule de son ancienne importance; car ce nom d'Africa indiquait que la ville fondée par El-Mahdi fut quelque temps la capitale des possessions des Arabes dans le nord de l'Afrique : elle résumait ainsi en quelque sorte, par cette appellation générale, toutes leurs conquêtes dans cette partie du Maghreb.

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