CHAPITRE ONZlfcilE
d'abord liasse et obscure, mais qui s'élève ensuite et est éclairée à son centre par un puisard creusé dans le roc.
Àu pied de cette colline, dans un champ planté de magnifiques oliviers, on admire les ruines d'un sanctuaire musulman d'une grande élégance de forme, connu sous le nom de Bordj-Àrif. Ce sanctuaire est regardé par M. Pellissier comme étant le mausolée de l'imam El-Mahdi lui-même. Mais cette assertion ne repose que sur une simple conjecture que rien jusqu'ici n'a confirmée. En effet, m'étant adressé à l'un des Maures les plus instruits de Mahédia, il m'affirma que ce monument n'avait jamais été un mausolée, et qu'il avait été fondé par un certain Arif, qui lui avait donné son nom. Quoi qu'il en soit, voici en peu de mots la description de ce charmant édifice, qui malheureusement est à moitié détruit.
Qu'on se figure un petit monument carré de neuf mètres sur chaque face. Il est flanqué aux quatre angles de tourelles engagées dans la construction. La courtine qui les sépare a six mètres de longueur. Au-dessus de ces tourelles et de cette courtine règne une frise revêtue d'une inscription en caractères neskhi. Cette inscription est très-mutilée, la frise ayant elle-même beaucoup souffert. Celle-ci , que borde un cordon élégamment sculpté, est surmontée aux angles du monument de quatre tourelles un peu plus petites que celles qui leur correspondent au-dessous. Ces tourelles, au lieu d'être unies extérieurement, sont divisées en plusieurs compartiments par des arcades très- élancées dont la forme est seulement iudiquée. Sur les courtines on observe de même des arcades que figurent des espèces de sillons peu profonds. De cette manière, le nu des murs était dissimulé, sans que le monument fût découpé à jour. Ces deux étages de tourelles étaient couronnés par une coupole qui s'est écroulée. La chambre intérieure est carrée et n'a guère plus de six mètres sur chaque face. On pourrait d'abord croire avec M. Pellissier qu'elle a renfermé un caveau sépulcral , à cause d'une exca-
vation assez profonde qu'on v remarque ; mais cette excavation, d'après les renseignements qui m'ont été fournis, au lieu d'être due à l'existence antérieure d'un caveau sépulcral, proviendrait de fouilles pratiquées en cet endroit par des Arabes, dans l'espérance d'y trouver un trésor.
La position de ce sanctuaire est des plus agréables : entouré d'oliviers séculaires, il emprunte à la solitude et aux vieux ombrages qui l'environnent une sorte de charme mystérieux qui contribue à rehausser la grâce et la délicatesse de son architecture.
De retour à Mahédia vers midi, j'emploie le reste de la journée et celle du lendemain, 17 février, à parcourir en tout sens cette ville.
Mahédia forme dans la presqu'île où elle s'élève un grand ovale dont j'ai déjà évalué le pourtour il quatre kilomètres environ. Une enceinte de remparts très-épais, d'une hauteur assez considérable et flanquée de tours de distance en distance, l'enfermait tout entière, en suivant tous les contours du rivage. Ces remparts étaient revêtus extérieurement de pierres d'une dimension moyenne, mais très-régulièrement taillées. Démantelés depuis longtemps, ils sont complètement détruits en certains endroits; quelques parties sont encore intactes, d'autres dressent dans les airs ou inclinent vers le sol leur masse gigantesque, à demi démolie par l'homme. La porte d'entrée, du coté de l'isthme, était défendue par deux grandes tours, lesquelles appartiennent à un fort qui est aujourd'hui dans un état déplorable. Une longue galerie voûtée règne sous ce bordj. Sur ses plates-formes gisent étendus ça et là plusieurs mauvais canons rouilles qui ne pourraient être nuisibles qu'à ceux qui seraient chargés de les tirer; d'autres reposent sur des affûts tellement rongés de vétusté, qu'ils tomberaient en pièces si l'on essayait de les remuer.
Après avoir jeté un coup d'œil sur cette citadelle jadis si