CHAPITRE ONZIÈME. lil
redoutable, et qui était comme la clef de lu défense de la place, mais actuellement si impuissante à lu protéger, je fais le tour complet des murs d'enceinte.
Du côté du sud, je rencontre un bussin demi-circulaire; il était autrefois fortifié et défendu par deux bastions. Au pied de l'un de ces bastions, en plongeant son regurd verticalement dans la mer, on distingue les traces d'un long quai construit en (jros blocs rectangulaires et qui certainement remonte a une époque bien antérieure à celle des Sarrasins.
Plus loin , passant devant la kusbuh et traversant un cimetière musulman dont les tombes sont très-mal entretenues, j'arrive au port qui est mentionné dans les auteurs arabes et dans Marmol. C'est un bassin creusé par l'homme. Sa forme est celle d'un rectangle. Il a 150 pas de long sur 82 de large. Son embouchure dans la mer ne dépasse guère 22 pas d'ouverture. Elle était défendue par deux tours, aujourd'hui rasées, entre lesquelles on tendait une chaîne. Ce port, entièrement factice et intérieur, est donc un véritable cothon , mais qui, à la différence de ceux dTtique et de Cartilage, affectait lu forme d'un rectangle et non celle d'un cercle. Fort peu étendu, comme on le voit, il pouvait suffire néanmoins à renfermer un certain nombre de ces petits navires dont on se servait dans l'antiquité et au moyen âge.
Tout porte à croire que c'est là un travail phénicien ; seulement les quais qui environnaient ce bassin et les vestiges des tours qui en protégeaient l'entrée attestent une époque plus récente. Presque à sec actuellement et en partie comblé, il pourrait être facilement déblayé, et plusieurs ingénieurs européens ont déjà proposé au gouvernement tunisien de le rendre, moyennant peu de frais, à la navigation; mais jusqu'à présent rien n'a été entrepris dans ce but.
Au delà de ce port est une petite anse; puis, suivant toujours la ligne des remparts plus ou moins démolis, j'atteins la pointe de lu presqu'île. Lù, j'aperçois un grand nombre
d'excavations rectangulaires généralement fort étroites, les unes ayant deux mètres de long, les autres un mètre seulement, d'autres moins encore. Ce sont d'anciens sarcophages creusés dans le roc, tombeaux d'hommes ou d'enfants. La plupart ont été fouillés et ont perdu, avec leurs couvercles, les corps (ju'ils renfermaient.
Cette nécropole n'est évidemment pas musulmane, et, pour mon compte, j'incline volontiers à la considérer comme très-ancienne, peut-être même comme phénicienne, nouvelle preuve, avec le port que je viens de décrire, qu'Obeid-Allahcl-Mahdi a construit sa ville sur l'emplacement d'une cité antique et de l'un des emporia ou comptoirs fondés par les Phéniciens sur cette côte.
De cette pointe extrême de la péninsule je me dirige vers un monticule où s'élève un marabout consacré à Sidi-Djaber. Ce monticule est environné et couvert d'un cimetière musulman; il était jadis habité, car il est parsemé de citernes antiques creusées dans le roc. Parmi ces citernes, il en est une surtout qui mérite d'être signalée ici. Éclairée par plusieurs regards, elle permet à l'oeil d'en apprécier l'étendue et d'en sonder les mystérieuses profondeurs. Deux étages d'arcades superposées en soutiennent les voûtes.
A quelque distance de là, on m'a montré l'ouverture d'un souterrain, aujourd'hui en grande partie comblé, et que les habitants prétendent être d'un développement immense. A les en croire même, ce serait l'issue du fumeux souterrain d'El-Djcin, et ce serait par là que la célèbre Cahena enfermée dans l'amphithéâtre de cette ville aurait communiqué avec la mer, afin de se procurer des secours et des vivres. D'après Kl-Bekri, ainsi que je l'ai déjà rapporté, ce souterrain, dont l'existence est très- contestable, au lieu de s'étendre depuis El-Djem jusqu'à Mahédia, se serait dirigé vers Selekta.
Je longe ensuite toute la partie septentrionale des rem-