CHAPITRE TREIZIÈME
quelques ruines peu considérables auxquelles on donne le nom de Kasr-el-Mcdeni.
A neuf heures trente minutes, nous faisons halte a Inehilla. C'est un endroit actuellement inhabité. Il y a peu d'années encore, un petit village existait autour de la kotihbu de Sidi- Maklouf et de celles de deux autres santons musulmans. Aujourd'hui ce hameau est détruit et abandonné. Dans cette même localité florissait jadis une ville romaine d'une certaine importance, qui, si l'on en juge par les constructions ruinées éparses sur le sol , subsistait encore à l'époque byzantine et survécut même quelque temps à la conquête arabe. En effet, à une faible distance du marabout de Sidi-Maklouf s'élève sur un monticule une vieille mosquée musulmane. Aujourd'hui ouverte a tous les vents et commençant à tomber en mines, elle est flanquée extérieurement de demi-tours rondes dont la partie inférieure s'enfonce en talus dans le sol. Intérieurement, elle forme une grande salle carrée soutenue par seize colonnes sur quatre rangées. Ces colonnes sont d'un seul fût et de marbre blanc : les chapiteaux qui les surmontent sont élégamment sculptés. Ornés de feuilles d'acanthe, de têtes de bélier et de divers oiseaux, ils sont eux - mêmes couronnés par un abaque. Quatre autres colonnes, également de marbre blanc, décorent le mihrab, c'est-à-dire l'espèce d'abside qui indique aux musulmans la direction de la Mecque, la ville sainte, par excellence, de l'islamisme et vers laquelle, pour cette raison, ils doivent toujours se tourner en priant.
Cette mosquée était autrefois entourée d'un mur dont on ne distingue plus maintenant que les fondements; elle a trèsvraisemblablement succédé sur la même place à une église chrétienne; dans tous les cas, elle a hérité de ses colonnes, qui paraissent byzantines et qui ont pu être transportées d'un édifice voisin.
Près de là sont quelques citernes à moitié comblées. En
parcourant tout le terrain qui s'étend depuis cette mosquée jusqu'auprès de la nier, j'ai remarqué dans des champs cultivés des matériaux de toutes sortes qui jonchent le sol , une quantité innombrable de fragments de poterie et quelques débris de mosaïques.
C'est Shaw qui, le premier, je crois, a identifié cette localité avec l'Usilla de Ptolémée, l'Usilla municipium de la Carte de Peutinger, ITsula civitas de l'Itinéraire d'Àntonin, l'Usyla de l'Anonyme de Ravenne. Dans l'Itinéruire d'Antonin, cette ville est inarquée comme étant à XXXII milles de Thysdrus et à XXVIII de Thenae. Or, c ! est précisément la double distance qui sépare Inchilla d'un côté d'Kl-Djem (Thysdrus) et de l'autre de l'henchir Thiné, que je décrirai plus tard, et dont les ruines sont évidemment celles de l'ancienne Thenae.
La Notice épiscopale de la Byzacènc cite un episcopus Usulensis.
A onze heures, nous quittons Inchilla, afin de continuer à nous avancer vers Sfax. Un vent d'ouest d'une violence extrême s'élève bientôt et contrarie singulièrement la marche de nos montures. Assaillis par des rafales incessantes, nous traversons lentement et péniblement une plaine inculte où ne croissent que des herbes sauvages et des broussailles , et où, ça et là, je remarque des troupeaux de moutons à queue très-épaisse et traînant presque à terre.
Vers une heure, à ces steppes succède une longue suite de jardins assez bien cultivés.
A trois heures, nous franchissons le lit d'une sebkha desséchée. Il est recouvert d'un beau sel blanc d'une très-grande finesse, qui, de loin, donne à cette sebkha l'apparence d'une plaine blanchie par la neige.
A trois heures trente minutes, nous entrons dans les mure de Sfax. Le khalife Si-Aly-ben-Atouch me fait un accueil très-bienveillant et m'offre l'hospitalité à Dar-el-Bey.