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CHAPITRE QUATORZIÈME

Description de Sfax, regardée généralement comme l'ancienne Taphrara.

22 février.

J'avais jeté la veille, avant le coucher du soleil, un rapide coup d'œil sur Sfax; aujourd'hui j'examine plus attentivement cette ville, l'une des plus importantes de la Régence, accompagné de M. Jean Mattei , vice-consul de France dans cette échelle et l'un des fils de M. Thomas Mattei, dont j'avais fait la connaissance à Djeheliana.

Sfax, chef-lieu de l'outhan ou district de ce nom, se divise en deux villes, délimitées par une enceinte spéciale. La ville haute, ou la ville proprement dite, est réservée aux musulmans. Elle contient sept mille habitants. Environnée d'un mur crénelé, elle est en outre, comme Sousa, flanquée de tours, les unes rondes, les autres carrées. Elle n'a que deux portes, l'une au nord, ouvrant sur la campagne; la seconde au sud, par laquelle elle communique avec le faubourg ou la ville franque.

Elle compte cinq mosquées, plusieurs zaouïas et trois médrecés. Ses bazars sont bien fournis. La kasbah ou citadelle est dans un état d'entretien satisfaisant, du moins comparativement à celles que j'ai pu visiter dans la Régence. Les canons dont elle est pourvue sont fort anciens , mais pas encore hors de service. Elle ne tiendrait sans doute pas à la moindre attaque sérieuse; toutefois, contre des Arabes, elle pourrait résister assez longtemps. Les murailles en sont trèsépaisses, et j'y observe de nombreux matériaux qui ont dû être enlevés à des monuments antiques. J'avais fait la même remarque au sujet de plusieurs mosquées dont je n'avais pu , du reste, examiner que l'extérieur.

Une haute tour appelée El-Nadour ( l'observatoire) s'élève

au-dessus de lu ville entière; de lu pinte-forme supérieure qui lu couronne, le regard embrasse, d'un roté, avec la ville, In vaste zone des nombreux jurdins qui l'entourent, et de l'autre, le faubourg et la mer jusqu'aux îles Kerkennah, qui bornent ù l'est l'horizon. La foudre étant tombée; il y a quelques années sur celte tour, elle est lézardée en plusieurs endroits, et il est assez dnngereux d'y monter.

De la ville musulmnnc, on descend par une pente assez douce dans la ville busse ou le faubourg, où habitent les juifs et les chrétiens, nu nombre d'environ deux mille. Cette ville, complètement distincte de lu première, s'étend le long de lu rude. Vue simple muraille l'enferme; elle communique uu moyen de trois portes avec le dehors. Le quartier plus spécialement occupé par les juifs est, lorsqu'il pleut, d'une extrême saleté. Ceux-ci y possèdent une synagogue; ils se montent ù treize cents individus au moins.

Les chrétiens, au nombre de sept cents, se composent en grunde partie de Maltais, d'Italiens et de quelques Français attirés en ce lieu par le commerce des huiles et surtout par celui des éponges.

La paroisse catholique est administrée pur le R. P. Augustin de Lueques, religieux fort zélé et qui entretient son église avec beuucoup de soin.

Près de son presbytère est l'établissement des sœurs de Suint-Joseph. Ces bonnes religieuses, réduites ù trois seulement, fuutc de ressources et d'un local suffisant, ont pour supérieure lu sœur Scolustique, que je suis très-heureux de revoir, uprès l'avoir connue en Palestine. Vouées au soulagement des malades et à l'éducation des enfants, elles rendraient à Sfax des services beaucoup plus grands si leur maison, moins exiguë, leur permettait de recevoir dans une salle particulière tous ceux qui viennent réclnmer leurs soins ou leurs conseils, et d'ndmeltre dans leur dusse, pour les instruire, un nombre plus considérable de petites filles.

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