CHAPITRE QUATORZIÈME. I.V
A la demande des parents, elles ont également consenti h se charger de l'enseignement d'une douzaine de petits garçons. Deux ou trois frères de la Doctrine chrétienne sont depuis longtemps désirés par la plupart des familles, dont les enfants végètent dans la plus complète ignorance ou s'adonnent de honne heure au vagabondage.
La ville franque avoisine le port; tout le commerce par conséquent y afflue. La rade est sure, mais peu profonde, et les gros bâtiments sont contraints de mouiller fort au large. Elle est protégée par deux batteries, dont la plus importante est appelée Batterie de la Quarantaine.
Le flux et le reflux sont très-sensibles sur ces parages, et la différence entre les hantes et les basses eaux est d'environ un mètre cinquante centimètres. A l'époque des équinoxes, cette différence est beaucoup plus considérable encore; elle est, m'a-t-on dit, de deux mètres soixante centimètres. Ce phénomène, assez rare dans la Méditerranée, est ici trèsremarquable et aussi réglé, mais moins fort que dans l'Océan. Faute de le connaître, les navigateurs pourraient se trouver dans le plus grand embarras sur cette côte, semée d'ailleurs de bas-fonds 1 , et qui depuis le Ras-Capnudiah fait partie de la petite S y rte tant redoutée des anciens.
Sfax manque de fontaines; l'eau qui alimente la ville provient des citernes particulières que chaque maison et chaque édifice public possèdent. Il y a en outre en dehors des remparts deux immenses réservoirs appelés Feskias, situés à dix minutes au nord; et plus près des murs, une vaste enceinte murée, désignée sous le nom de Nast'iah (le secours), contient plusieurs centaines de citernes distinctes, fondées et entretenues par des legs pieux. A en croire le gardien qui me les montrait, elles égalent en nombre celui des jours de l'année.
' J'emploie ici le terme de Itas-fonds d;ms le *en$ vuljjairc; en manne, pour exprimer la même chose, on emploie, au contraire, le mot hauts-fond*.
Les jardins qui avoisinent la ville l'environnent d'une ceinture verdoyante, laissant toutefois entre eux et le mur d'enceinte une zone sablonneuse assez large. Ils consistent en uue infinité d'enclos séparés les uns des autres pur des haies de cactus, et où croissent admirablement sur un terrain sablonneux lui aussi, mais qui, uu moyen d'irrigations, devient excellemment propre à la culture, des arbres fruitiers et des céréales.
Un bordj, ou habitation en forme de tour carrée, s'élève au centre de chacun de ces jardins , et auprès est creusé un puits dont les eaux plus ou moins abondantes rendent plus ou moins fertile le sol qu'elles arrosent. On estime le nombre de ces enclos ù plusieurs mille, car il est peu d'habitants qui n'en possèdent un ou deux. C'est là que chaque famille a l'habitude d'aller s'installer pendant l'été, ou du moins d'aller passer plusieurs heures pur jour.
Les arbres qui y dominent sont les oliviers ; l'huile qu'on en extrait est assez bonne en elle-même; mais, faute d'une préparation suffisante, elle est beaucoup plus ainère que les huiles raffinées de la Provence ou de l'Italie. Ainsi en est-il, du reste, de lu plupart des huiles que l'on récolte dans toute l'étendue de la Régence. Aussi celles qui sont exportées soit à Marseille, soit ailleurs, ne sont-elles d'ordinaire destinées qu a la fabrique et à l'éclairage.
Après l'olivier, l'arbre qui abonde le plus dans les vergers de Sfax est l'amandier. Ils renferment également un grand nombre de pistachiers, dont le fruit est excellent. Les figuiers y prospèrent de même fort bien. Ces différents arbres et d'autres encore sont ça et là dominés par d'élégants palmiers, qui commencent à devenir plus communs à mesure que l'on avance vers le sud de la Régence; les dattes qu'ils produisent néanmoins sont d'une qualité médiocre.
Parmi les légumes que l'on y cultive, je ne dois point oublier de signaler les concombres; on prétend même que