CHAPITRE QUINZIÈME. 1G
l'air et la lumière au fond de ces réservoirs. Des conduits souterrains, en partie obstrués, établissaient différentes communications avec une seconde feskia de forme ronde et ayant à peu près 25 pas de diamètre. Celle-ci est de même partagée en plusieurs galeries ou réservoirs que divisent des arcades en plein-cintre, bâties en belles pierres de taille.
3° Une grande porte triomphale. Jadis revêtue d'un appareil de grands blocs rectangulaires, elle ne présente plus que deux masses informes en blocage. L'inscription qu'elle devait porter a disparu avec les pierres de taille du revêtement.
Les débris de plusieurs autres constructions considérables attirent encore mes regards; mais ils sont tellement confus qu'on ne peut guère les décrire.
Des fragments de colonnes, un beau chapiteau corinthien en marbre, un piédestal également en marbre gisent sur l'emplacement d'un édifice presque complètement effacé du sol.
A midi, j'abandonne le terrain que parsèment ces mines et une quantité innombrable de matériaux de toutes sortes, sans y avoir découvert la moindre inscription.
Rouga, identifiée par Shaw avec la ville de Caraga, signalée par Ptolémée, doit l'être plutôt, comme l'ont pensé depuis plusieurs critiques, avec le Bararus municipium marqué dans la Table de Peutinger à VIIII milles au sud-est de Thysdrus, ce qui est précisément la distance qui sépare El-Djem de Rouga.
Dans la Notice épiscopale de la Byzacène, il est fait mention d'un episcopus Vararitanus. Comme le b et le v permutent sans cesse l'un pour l'autre, il est infiniment probable que la ville de Vararus, siège de cet évéque, doit être confondue avec le Bararus municipium de la Table de Peutinger.
De Rouga, nous nous remettons en marche pour El-Djem. A midi trente minutes, nous franchissons un oued assez
profondément encaissé, mais sans eau; on ne peut m'en apprendre le nom.
A une heure vingt-cinq minutes, nous rencontrons sur notre route quelques débris romains qui me sont désignés sous la dénomination de Henchir-Ghreis.
A trois heures, nous arrivons à Kl-Djem, après avoir parcouru un plateau onduleux et légèrement accidenté par quelques collines. Cultivé seulement en deux ou trois endroits, il est partout ailleurs entièrement stérile; mais en approchant d'El-Djem, on voit la culture et les plantations d'oliviers qui reparaissent et se suivent.
Le schcik de ce bourg nous offre l'hospitalité. Accompagné de M. François Mattci et de Malaspina, j'examine de nouveau jusqu'à la nuit les ruines de l'antique Thysdrus, et en particulier celles de l'admirable amphithéâtre que j'ai déjà décrit.
27 fôvricr.
Avant de quitter El-Djem, nous allons visiter une fabrique de poudre qui avoisine la maison du scheik. Les terres de cette localité renferment en effet beaucoup de salpêtre; les habitants en retirent, dit-on, près de huit kilos par quintal, et ils en font de la poudre à canon, mais d'une qualité médiocre.
A huit heures trente minutes, nous nous remettons en marche, en suivant, pour retourner à Sfax, une route différente de celle par laquelle nous étions venus.
Après avoir dépassé la zone des jardins qui environnent El-Djem, nous entrons sur un territoire très-peu cultivé.
A dix heures quinze minutes, nous traversons une sebkha appelée Sebkha-el-Melah (le lac salé), ou encore Sebkham'ta-el-Djem (le lac d'El-Djem). Le lit desséché de cette sebkha est recouvert d'une croûte épaisse d'un sel extrêmement blanc.