‹ Voyage archéologique dans la régence de TunisChapitre 94 sur 268 · CHAPITRE Ql'INZIÊME · texte numérisé non relu

CHAPITRE Ql'INZIÊME

Au sortir delà sehkha, nous cheminons sur un plateau où ne croissent (jue des broussailles et de l'alfa, espèce de carex avec lequel les Arabes fabriquent des cordes, des nattes et divers om rages de vannerie.

A onze heures, nous faisons halte pendant trente minutes dans un douar compose de quelques tentes. Ce douar avoisîne cinq ou six jardins bordés de cactus.

A midi, nous nous engageons dans une plaine immense, presque entièrement incuite, au milieu de laquelle font saillie çà et là quelques petits monticules.

A une heure trente minutes, nous faisons une nouvelle halte dans un endroit appelé Bir-Chcba. Pendant que nous commençons à nous reposer à l'ombre d'un vieil olivier, l'avant-garde de la petite armée qui est chargée de recueillir les impôts dans le sud-est de la Régence, arrive et dresse ses tentes sur un plateau voisin ; bientôt les autres troupes suivent, infanterie, cavalerie, artillerie, le tout se montant à huit mille hommes de soldats réguliers. Enfin Sidi-Bahram lui-même, général du camp, survient à la tête de son étatmajor, et va se placer sous la vaste tente qui lui a été préparée.

Mes hambas se rendent auprès de lui , s'inclinent profondément en sa présence et lui baisent le bras droit, conformément à la coutume militaire du pays , puis ils lui apprennent qu'un Français désire lui parler. Sidi-Bahram m'envoie bientôt un officier pour me faire savoir qu'il est prêt à me recevoir. Il m'accueille lui-même avec beaucoup de courtoisie et de politesse, et je lui expose, par l'intermédiaire de mon drogman Malaspina, le plan et l'étendue du voyage que j'ai l'intention d'accomplir d'abord dans les contrées les plus méridionales de la Régence, lui demandant les conseils qui pourront me guider dans nies explorations. Comme il connaît de longue date toutes les tribus que je dois parcourir et les chefs qui les commandent, il s'empresse de me fournir à

ce sujet les divers avis que lui suggère sa vieille expérience des hommes et de la contrée.

« Il y a plusieurs districts, ujoute-t-il , que je vous engage à ne traverser qu'avec une escorte plus considérable que la vôtre. Les pluies ayant manqué cette année presque totalement dans le sud de la Régence, les pâturages ont singulièrement souffert en beaucoup d'endroits, les blés et les orges ont à peine germé, et comme la misère est mauvaise conseillère, elle a multiplié les brigandages. Dans tous les cas, je vais donner l'ordre à l'un de mes spahis de confiance de vous accompagner jusqu'à Gabès , et je vous remettrai avant de partir un teskéré qui vous servira dans l'occasion. Pour aujourd'hui, laites-moi l'amitié d'accepter l'hospitalité dans mon camp ; on va vous dresser une tente près de la mienne. »

J'acceptai avec reconnaissance ces conseils et cette offre obligeante, et je remis mon départ au lendemain.

28 février.

L'aurore n'avait pas encore paru, que déjà le tambour matinal retentissait de toutes parts dans le camp , et tous les soldats s'empressaient de lever et de plier les tentes. Les bagages sont chargés sur le dos des chameaux et des mulets, et les troupes se tiennent prêtes à se mettre en marche à la première apparition du soleil. La tente du général est encore debout; son état-major se réunit alentour pour assister à une sorte de lit de justice que Sidi-Dahram avait l'habitude de tenir tous les matins avant de monter à cheval. Je me rends moi-même auprès de lui.

Afin de faire honneur au titre d'étranger et surtout de Français que je porte, il me prie de m'asscoir à ses côtés sur le même tapis, pendant qu'une vingtaine d'Arabes sont introduits en sa présence, les uns comme accusateurs, les autres comme accusés. Il les écoute tour à tour avec atten-

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