CHAPITRE VIII
Retour k Saigon. — Transport des pièces archéologiques. — Histoire sommaire de la formation du nouveau musée. — Ce qu'il reste à Taire au Cambodge.
De la Pagode royale, nous nous rendons à Siem-Réep. Chemin faisant, notre œil est attristé par la vue de gibets dressés aux carrefours et d'où pendent des têles ensanglantées, suite funeste d'une récente rébellion. En arrivant sur la grande place nous assistons à un autre supplice. Un malheureux allongé sur le sol, les mains liées, le cou pris entre deux bambous, râle sous le rolin , pendant qu'un scribe note les aveux que la torture lui arrache.
Nous hâtons le pas et nous atteignons bientôt de grandes cases délabrées, salas d'occasion construites sur le bord de la rivière. A peine y sommes-nous installés que l'on nous signale l'arrivée d'une barque montée par des Européens, et quelques minutes plus tard nous accueillons sur la rive un second renfort, envoyé
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de Phnom-Pênh par M. Moura, sous les ordres de M. Aymonter;
mais presque en même temps une dépêche du gouvernement me
La supplice du rotin.
rappelait au plus tôt à Saigon, où je devais me tenir prêt à partir pour le Tong-king *.
Obligé de rallier précipitamment la Javeline, je ne pus rapporter à bord de la canonnière qu'une partie des antiquités que notre mission avait recueillies; d'autres suivaient à la remorque dans des barques ; une de celles-ci, malheureusement, sombra d'un coup de vent à la traversée des lacs, et son chargement fut
1 La mission que je dirigeais devait, après avoir achevé ses opérations au Cambodge, prendre la route du Tong-king pour v explorer le bassin du Song-Koi, artère principale de la navigation dans cette contrée. Ce fleuve, on le sait, avait été signalé, pour la première fois, par le commandant de Lagrée, cher de la mission du Mékong, et quelques années plus tard par notre compatriote, M. Dupuis, qui en avait descendu le cours, comme pouvant fournir une voie nouvelle pour pénétrer au coeur de la Chine.
Une fois à Saigon, je trouvai un changement de scène inattendu , de graves événements venaient de se passer au Tong-king; le jour même de notre arrivée, une mission militaire parlait pour ce pays, où les troubles politiques rendaient momentanément impossible l'exploration toute pacifique que j'étais chargé d'y accomplir. Atteint d'ailleurs des fièvres paludéennes, plus gravement que je ne lavais cru tant qu'avait duré la période active du voyage, je dus me conformer à la décision du Conseil de santé et regagner immédiatement la France pour ; rétablir mes forces et y attendre un temps plus propice à l'exécution de mes projets.