II
VOVAliE AU CAMBODGE. Î89
les quatre portes principales sont annoncées par des (errasses
Plan du temple de Mêlé*.
a. Tour centrale.
6466. IH galerie.
CMC. î« galerie.
dddd. 3« galerie.
"**. Tours supposées.
xx. Galeries mirant les ai
u. Galeries accessoires.
ee. ftdicules placés dans les cours intérieures.
ch. Petites chaussées intérieures supportées par des col on nettes.
TT. Terrasses supportées par des colonne! tes.
CA. Grandes chaussées traversant le parc.
diversement disposées, autour desquelles s'allongent des reptiles
chimériques, et dont toutes les entrées sont gardées par des lions ou des statues *.
Ce vaste ensemble, qui est le temple proprement dit, occupe, on s'en souvient, le milieu d'un parc qui renfermait jadis les résidences ou palais des princes et des fonctionnaires, ainsi que les monastères9, et où Ton ne retrouve plus aujourd'hui que des sras et des édicules agencés avec symétrie, et, plus rarement, des constructions secondaires, telles que cellules pour les moines, tourelles ou pyramides, et stèles monumentales de formes variées.
Ce parc est enclos lui-même dans une enceinte rectangulaire (Pontéay, citadelle), et traversé d'allées ou de chaussées qui prolongent les axes de l'édifice central et aboutissent à quatre portes triomphales surmontées détours. Un large fossé règne en dehors de
1 Le temple, complet ou réduit, était souvent aussi une citadelle. Lorsqu'il était construit en plaine, il était d'ordinaire environné d'un fossé (comme à Préasat Kouk, à Prey, à Ekdey, etc.). Au dehors du fossé se trouvait fréquemment une muraille forte, appelée le Gompeng Kéo, mur aux Joyaux (comme à Basset, à Ekdey, àTa-Prohm, etc.). Cette muraille était elle-même précédée d'une douve limitant cette forteresse nouvelle qui occupait le centre de la grande Pontéay. — Voyez un exemple de cette disposition dans le plan de Ta-Prohm, page 295.
A Ta-Prohm, le Gompeng-Kéo était intérieurement garni sur tout son pourtour de cellules isolées les unes des autres. (Voy. môme plan.) — Cet entourage de petits réduits en maçonnerie diversement disposés semble avoir existé dans d'autres temples (Ka-Kéo, Phnom-Boc, etc.).
9 La partie de cet immense espace, qui n'était pas occupée par le temple, le palais et leurs dépendances, était vraisemblablement divisée, par des rues parallèles aux axes, en quartiers habités. 11 est aujourd'hui difficile de s'en assurer, puisque les maisons tout en bois ont disparu sans laisser de traces ; mais c'est ainsi qu'étaient agencées les anciennes capitales de la Birmanie. Or, la disposition de ces places fortes présentait de grandes analogies avec celle des pontéays khmers. Les villes birmanes étaient en effet de forme rectangulaire avec palais central et temples aux angles (Voy. Symes, — 1795) — ; à chacun des coins d'Angkor-Thôm se voit aussi une préasat sacrée enfermée dans une petite enceinte. — Enfin, pour compléter la ressemblance, les anciens Birmans, comme les anciens Khmers, accompagnaient de sacrifices humains la fondation de leurs villes. (Voy. Bastian : — « Pour rendre Ta-Thun imprenable, on immola de nombreuses victimes ».)
la pontéay. On accède à chacune des portes par un de ces ponts dont j'ai ci-dessus décrit les principaux types. En dehors du fossé s'étend un large boulevard garni autrefois d'habitations et de boutiques de marchands ; à l'entrée du pont oriental se trouve une nouvelle terrasse, de laquelle part une allée terminée par une autre esplanade et aboutissant à une immense pièce d'eau rectan-
Vichnou s quatre bru. — Stèle de Préa-Kliui.
(Muiée KJimer.)
gulaire, véritable lac artificiel, d'une dimension à peu près égale à celle de la pontéay, dont il fait comme le pendant On accédait par un bel embarcadère à ce sra, au milieu duquel s'élevait parfois un ilôt portant un sanctuaire. (Voy. la fig. p. suivante.) Autour de ce lac venaient encore se grouper des constructions sacrées de moindre importance. A Méléa c'étaient la pyramide de Krush et le temple de Préasat-Kong-Pblouc précédé, comme le
grand ensemble, d'une allée bordée de stèles aboutissant à une terrasse et au lac aujourd'hui desséché ; à Préa-Khan, il y avait la pyramide de Préa-Tomrey, la tour Préa-Tcôl, le temple à colonnades dont il a été question. (Voy. p. 105.) Le lac de Ka-Kéo était environné d'édifices plus nombreux encore '.
Il semble enfin qu'une immense enceinte rectangulaire en terre levée, garnie de corps de garde, renfermait les agglomérations urbaines et les temples secondaires groupés autour de la citadelle et du lac, et embrassait même d'une circonvallation gigantesque et unique toutes les vastes pontéays, rassemblées les unes près des autres dans la plaine d'Angkor autour de la capitale du royaume. Ces dispositions caractéristiques se retrouvaient plus ou moins complètement dans l'entourage de tous les grands édifices sacrés, et c'est ainsi que ceux-ci arrivaient à couvrir des surfaces de plusieurs kilomètres carrés.
A cette première catégorie, celle des temples plans, appartiennent, comme on l'a vu par nos descriptions antérieures, d'abord les constructions isolées de Préa-Tcôl, de Préasat-Pram, elc... ; puis Ekdey ; enfin, les édifices de premier ordre de Préa-Khan (Compong-Soai), de Ta-Prohin,deMéléa, de Préa-Khan (d'Angkor).
Les grands ensembles que nous venons de décrire sont ordinairement construits en plaine. La configuration du sol, présentant un léger abaissement de niveau, devait déterminer le choix de l'emplacement du lac. Il suffisait de l'entourer d'une bordure ou chaussée de terre, et il se remplissait à l'arrivée de la saison pluvieuse. Partout où Ton a creusé, la terre enlevée se retrouve utilisée ailleurs : celle des fossés, rejetée en partie sur la rive ou transportée autour du lac, servait à construire les levées ou boulevards
1 De ce qui précède; il résulte que l'explorateur d'un monument khmer devra, lorsqu'il aura parcouru le temple et la Pontéay, se diriger suivant Taxe vers l'ouest, et, s'il retrouve le lac, en visiter soigneusement les bords et suivre les restes de chaussées ou d'allées qu'il rencontrerait sur son trajet. — Ces lacs n'ont été jusqu'ici explorés qu'imparfaitement.
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bien, dans les monuments pyramidaux dont nous parlerons toul à
Gomme types de petites pyramides J'ai décrit plus haut celles de Préa Tomrey et de Krush. Je citerai encore Ba-Kong dont la base était environnée de dix préasats, et les cinq terrasses ornées de quarante lions et de vingt éléphants décroissants étages aux angles1 ; Pimanacas; Ta-Kéo; Préa Roup ; Baphoum enfin, qui a cent vingt mètres de côté à la base et ne le cède en grandeur qu'aux deux premières pyramides d'Egypte.
Mi-Baume est plus considérable encore : cent-trente mètres de côté à la base. Ses terrasses ont pour plan de simples carrés,
Pyramide de Krush à gradins simples et précédée de terrasses.
largement développés et chargés de constructions multiples. (Voy. page 305 le plan de ce temple.)
D'abord, et sans parler des escaliers gardés à chaque étage par des lions d'un caractère légèrement chinois, il y a, sur la première terrasse, à cinq mètres en deçà du bord, une petite enceinte avec porches rentrants enclavant une série d'édicules contigus; sur le pourtour de la seconde terrasse, des éléphants aux têtes couronnées, des monstres rampants faisant l'office de gargouilles; puis, en dedans, une enceinte avec de hauts porches renfermant huit tourelles placées deux à deux sur les côtés des axes et huit édicules dans les angles ; au-dessus, quatre grandes préasats, et, enfin, le sanctuaire.
Ici, l'effet général parait dû bien moins au massif qu'à la gradation des flèches des tours. La terrasse supérieure ne s'élève pas
1 Sur la plate-forme supérieure se trouvait un trône ou socle, jadis surmonté, d'après la légende, de la statue du Bœuf sacré.
Sud- Nord
;D'iprèï le miné de H. Ritle.) n toUle du plu de l'cil ■ I'oiimI le fo»é non compris) : i 1 1 mètni. dp «t «iliMrte d'un folié plein ifcui (repréwnlé pur lc< niei pirtllM»), qui esl Inttnonpu
à plus de dix mètres, hauteur très-faible relativement à l'extension considérable de la base. Le massif, presque entièrement masqué par les édifices qu'il supporte, a seulement pour but de renforcer l'ensemble en surélevant surtout le groupe des cinq priajars principales. Celles-ci se détachent vigoureusement au-dessus d'un entourage accidenté de flèches, de clochetons jaillissant des
La pyramide de Ba-Pboum restituée.
tourelles et des gopouras, de frontons et de crêtes appliqués sur les édicules, et toutes ces constructions semblent reposer sur un simple soubassement formé par le premier gradin de la pyramide, le seul visible du dehors. ( Voy. p. 309 l'élévation de Mi- Baume.) Remarquons en passant dans ce sanctuaire de Mi-Baume une infinité de petits trous cylindriques qui servaient, s'il faut en croire les indigènes, à fixer un revêtement en métal doré, où s'achevaient les ornements définitifs ébauchés seulement sur la brique.
30i L'ARCHITECTURE KHMER.
A côté de ces temples situés dans de vastes plaines et construits entièrement de main d'homme, il en existe d'autres, — toujours de la même catégorie, — dans lesquels le massif principal est l'œuvre de la nature : je veux parler des collines rocheuses transformées par les architectes du Cambodge en pyramides à étages.
Tel est le temple de Ba-Keng. On y arrive par une chaussée bordée de stèles. Trente-deux édicules et une double muraille d'enceinte ont été disposés autour d'un bloc rocheux taillé en carré. Soixante petites préasats, d'un dessin gracieux et fort soignées d'exécution, s'étagent sur les cinq degrés de cette pyramide, ornée de quarante lions. Du milieu de cette forêt de clochetons, s'élançaient jadis trois hautes tours qui constituaient peut-être à elles seules le temple primitif, car elles ne forment aujourd'hui qu'un amas de ruines, tandis que les tourelles en briques présentent encore un remarquable état de conservation1.
Telle est aussi la colline de Banone, façonnée en un massif à larges terrasses, pour servir de piédestal au temple érigé à son sommet. — Yaht Phou (la Pagode de la Montagne), près de la ville actuellement laotienne de Bassac, est aussi en partie découpé dans le rocher; mais, au lieu de couronner un mamelon isolé, il s'accote au pied d'une haute montagne, et ne comporte, par conséquent, qu'une section de pyramide. L'escalier à pic qui conduit au sanctuaire, tout à côté d'une petite source sacrée, est précédé, dans la plaine, d'une chaussée bordée de stèles et d'un lac artificiel. — C'est là aussi la disposition générale de la colline qui porte le temple de Phnom Chiso* et peut-être aussi de Pontéay Néang.
1 D'après le Satra de Préa Ket Méaléa (traduct. Aymonier), ce monument aurait été aussi élevé en l'honneur du bœuf sacré.
* Toutefois, ces édifices, qui se rattachent à la pyramide par leurs gradins et leurs terrasses, tiennent au monument plan par leur disposition.
{D'aprà le relert de M. Faraut.] Dimension totale du plan, de l'est à l'ouest : 114 mi
- La teintp gris foncé correspond lu premier étage.
— gris clair — nu second étage.
— blanche — au troisième cl au quatrième Mage. Les cercles concentriques représentent des loun eu tourelles.
Le troisième type des édifices sacrés est, je l'ai dit, celui des monuments mixtes, à la fois plans et pyramidaux. Les plus importants de ces temples sont Angkor-Vaht et Baion, chefsd'œuvre de l'art khmer dans lesquels les deux systèmes d'architecture se trouvent intimement unis. Ces édifices se composent d'une vaste galerie à colonnes enserrant un massif pyramidal sur les degrés duquel s'étagent des galeries décroissantes, et dont le sommet est surmonté d'un sanctuaire. Les éléments du monument plan ainsi placés se trouvent exhaussés et mis en vue par les gradins de la pyramide, et l'ensemble donne le maximum d'effet décoratif qu'il était possible d'en attendre.
Pour terminer, il nous reste à caractériser encore trois grands édifices résultant aussi de combinaisons diverses de la pyramide et du temple plan. Ce sont : Pontéay-Chma, temple plan de premier ordre, qui/ plus allongé qu'à l'ordinaire, dans le sens de l'ouest à l'est, comporte, dans une enceinte spéciale, un sanctuaire élevé sur une petite pyramide à trois gradins ; — Ra-Réo, où l'on trouve successivement un temple plan avec murs d'enceinte et fossé, ainsi qu'une pyramide et un monticule artificiel faisant partie du même ensemble, mais séparés et assez distants l'un de l'autre ; Leley enfin, composé d'un massif bas à trois gradins, couronné de tours et dont la base semble entourée d'une double galerie.
308 L'ARCHITECTURE KHHER,
Nous avons dit qu'il y avait des monuments revêtus de métal doré — (probablement ces tours en brique dont les sculptures faites sur des pierres de grès, encastrées dans la masse, sont d'un fini merveilleux, tandis que l'ensemble est simplement ébauché (comme à Mi-Baume) ; — nous avons mentionné aussi les tours entièrement en cuivre. L'or, l'argent, les pierres transparentes, les miroirs, les cristaux, etc., étaient vraisemblablement aussi employés dans l'ornementation de ces derniers édifices, de même que dans celle des monuments de pierre, déjà si merveilleusement fouillés.
Quelques passages du Satra de Préa-Ket-Méaléa, confirmés par l'existence de dorures sur divers chapiteaux et moulures d'Angkor- Vaht, et aussi par le mode d'ornementation des pagodes des villes ruinées de l'Indo-Chine et même des temples modernes de Bangkok, indiquent que l'on argentait et surtout que Ton dorait « (Tor clair et vermeil » les ornements et attributs des personnages incrustés sur les murailles, les statues et les lions gardiens des entrées et, d'une manière générale, les parties saillantes de beaucoup de sculptures. Dans les creux, on introduisait des fragments de glaces ou d'émaux ; sur les flèches des sommets brillaient des miroirs et des pierres précieuses1.
1 « Les angles (des toits) sont incrustés de fleurs d'or et d'argent »
« Les fleurs d'or entrelacées abondent aux angles des colonnes. — Leurs
« intervalles sont incrustés de glaces ainsi que les entablements couverts de
« belles mosaïques d'or clair et vermeil »
« Le sommet des tours est orné de pierres précieuses innombrables de
« toutes variétés : il se profile effilé, orné de miroirs étincelants qui, brillant
« au milieu des airs, jettent au loin des reflets de lumière »
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Il n'est pas fait mention de peintures extérieures, bien que quel* ques pyramides modernes soient badigeonnées de couleurs variées ; mais, à l'intérieur, les murs étaient revêtus de grandes fresques dont les traces subsistantes en maint endroit sont surtout visibles sur les frises élevées d'une des galeries hautes d'Angkor- Vaht. Ces peintures murales alternaient avec des lambris de bois précieux fouillés, incrustés de nacre et d'ivoire, et avec les basreliefs qui présentent aussi des traces de couleurs et d'or.
C'était aux époques des fêtes que les riches dévots enrichissaient les temples de ces divers ornements; aujourd'hui encore les fidèles viennent à ces mêmes occasions plaquer de petites feuilles d'or sur les statues et sur certaines figures des grandes représentations murales d'Angkor-Vaht.
A côté de ces vastes temples en matériaux solides, que les siècles n'ont pu entamer qu'en partie, il y avait d'autres édifices entièrement disparus, mais dont l'existence nous est révélée par les sculptures des bas-reliefs sur lesquels on a souvent représenté les Vimanas ou demeures aériennes des dieux et les palais des rois, et aussi parles édifices modernes analogues. Les règles qui présidaient à leur construction semblent s'être transmises d'âge en âge ; on les observe encore de nos jours, même dans la façon de bâtir les moindres maisons d'habitation, dont la forme ne paraît pas s'être sensiblement modifiée depuis une haute antiquité. C'est ainsi que
« Partout l'œil est frappé par les vives sculptures, figures serrées, couvertes « de brillants ornements »
« A toutes les portes sont disposés, comme gardiens, de beaux et resplen-
*« dissants quadrupèdes d'or »
(Satra de Préa-Ket-Méaléa. — Traduction de M. Aymonier.)
les monastères, les palais, les pavillons de plaisance, les salles de justice, les temples ruinés de Vien-Chan, au Laos, ceux d'Ajutia, l'ancienne capitale du royaume de Siam (située dans le voisinage de ruines khmers), les édifices modernes de Bangkok, et bien d'autres, nous offrent des spécimens probablement assez semblables à ces constructions de bois, quoique moins riches et moins parfaits.
Les maisons d'habitation se composaient de compartiments tout à fait distincts ; les plus retirés servaient de logement aux femmes ; d'autres, contigus et plus simples, étaient habités par les serviteurs et par les esclaves. Toutes ces demeures n'avaient qu'un étage, dont le plancher, exhaussé de près de deux mètres au-dessus du sol, se prolongeait au dehors pour former une terrasse commune. Leurs toits aigus, ornés de découpures aux arêtes, et de flammes aux extrémités du faîte, reposaient sur des colonnes disposées avec symétrie et dont les intervalles étaient remplis f>ar des nattes volantes et des boiseries sculptées avec des fenêtres à barreaux. Les résidences des fonctionnaires, les palais, les édifices publics contenaient de vastes salles de réception décorées, au dehors, de frises et de frontons ouvragés, et à l'intérieur de dorures d'incrustations et de peintures.
Quelques parties du palais des rois avaient leur toiture revêtue de lames de plomb, tandis que les habitations des princes et les maisons privées étaient couvertes en chaume. Les édifices religieux avaient seuls le privilège des couvertures en tuiles. Ces temples, que nous désignons aujourd'hui sous le nom de pagodes, étaient souvent situés, ainsi que les monastères, dans les parcs des grandes constructions en pierre. Pendant que les pèlerins gravissaient les degrés des pyramides pour aller implorer le Dieu du sanctuaire, ou s'agenouillaient successivement devant les mille scènes hiératiques des grands bas-reliefs, c'était, au contraire, dans les pagodes, vastes salles aménagées comme nos églises
pour recevoir une affluence nombreuse de fidèles, que s'accomplissaient les rites habituels du culte.
La pagode se composait d'une pièce unique, de forme rectangulaire, entourée de boiseries sculptées ou de murailles en briques
minces, avec un revêtement enduit de chaux et couvert de fresques.
D'après le témoignage des bas-reliefs qui nous montrent non seulement des habitations, mais aussi mille ustensiles finement fouillés tels que selles d'éléphant, chars, palanquins, etc..., la sculpture sur bois était d'un usage extrêmement fréquent. Elle a survécu à l'art de ciseler la pierre. Les constructions, relativement modernes, de Vien-Chan au Laos, une pagode de Luang- Prabang, et une autre de Xieng-Hong, nous en fournissent des spécimens intéressants. Toutefois, les plus remarquables se trouvent dans un temple cambodgien de Boriboun, village situé dans la province de Pursat, au sud du grand lac. Par le choix des sujets, en même temps que par la facture, elles rappellent, parait-il, les bas-reliefs d'Àngkor-Vaht i.
Quant aux peintures, nous ne pouvons aujourd'hui nous les représenter que très imparfaitement d'après les œuvres modernes des artistes indigènes qui vont compléter leur instruction et puiser leurs inspirations à Bangkok, ville devenue de «os jours le centre intellectuel et artistique de l'Indo-Chine méridionale. Comme nous l'avons déjà vu en effet, les fresques des temples de pierre sont effacées; celles d'une des galeries supérieures d'Angkor-Vaht présentent seules des restes un peu apparents. Bastian y a distingué, dans des sites romantiques, des anges et des divinités entourés d'animaux de la forêt.
En dehors de celles-là, il ne reste, pour s'en faire une idée, que des fresques plus modernes, comme celles des pagodes de Bangkok et celles de PénomJ au Laos qui passent pour avoir été copiées sur des modèles plus anciens.
Autant que je puis m'en souvenir, elles sont peintes sur un fond uni d'un ton neutre; les couleurs en sont assez vives, le
1 Voyez à l'appendice la description des sculptures de ce temple et celle des peintures d'une pagode de Battambang.
dessin naïf; il y a de la verve et du mouvement dans les mille petites scènes sacrées que le pinceau y a figurées ; mais la conception d'ensemble y fait défaut, et l'on n'y trouve pas non plus cette habileté d'arrangement qui frappe dans les basreliefs.
Il n'en paraît pas moins hors de doute que, dans l'antiquité, la grande peinture murale a dû exister au Cambodge parallèment à la grande sculpture.
Ceintes d'une colonnade extérieure, parfois double sur les petits côtés, les pagodes offraient la même disposition générale que les temples grecs périptères ou pseudo-diptères. Leurs] colonnes, rondes ou carrées, étaient en briques et en pièces de bois d'assemblage, ou bien faites d'un seul tronc d'arbre reposant sur un dé de pierre. Les chapiteaux, en forme de calice, étaient ornés de lotus ou de feuilles de bananier. Parfois, une frise en bois découpé régnait tout alentour, à la hauteur des chapiteaux ; et les frontons, encadrés de nagas polycéphales surmontés de flammes, étaient aussi chargés de sculptures au centre desquelles trônait quelque divinité brahmanique.
Les toitures, habilement agencées sans le secours d'une seule pointe de métal, avaient des angles très aigus, afin de mieux résister à la violence des pluies équatoriales ; elles formaient deux étages, l'un couvrant le temple, l'autre le péristyle, disposition qui, jointe à des crêtes à jour, à des flèches, à des appendices aigus et recourbés aux extrémités des faites, donnait à la partie supérieure de l'édifice un caractère quelque peu chinois. En revanche, le plan, les proportions générales, certains détails d'ornementation, tels quelles plafonds à caissons décorés de rosaces, présentaient avec les temples classiques une analogie qui mérite certainement d'être signalée.
Quelquefois, le vaisseau était, comme dans les basiliques, par-
tagé en trois ou cinq nefs par des colonnades, avec étages corrélatifs dans la toiture ; ou bien le plan de la pagode offrait à chaque extrémité un ou deux retraits symétriques, et l'édifice se couronnait d'une série de toits étages d'un effet pareil à celui des galeries en pierre; tantôt enfin le plan affectait la forme de la croix latine, ou celle de la croix grecque, avec retraits aux extrémités des bras, et parfois une tour s'élevait au centre de la croix. Il existe à Bangkok une pagode moderne de ce genre ' : l'entrée principale en est gardée par deux divinités monstrueuses, armées de massues, et précédées d'animaux fantastiques qui ne sont autre chose que les géants et les lions khmers grossièrement transformés par d'inhabiles ouvriers siamois et chinois.
Tous ces temples avaient pour assises des soubassements peu élevés en terre et en briques, dont il subsiste des restes en une foule d'endroits ; peut-être beaucoup d'entre eux renfermaient-ils des représentations de divinités brahmaniques. On dresse dans les cellas des pagodes modernes des autels sur lesquels on édifie, à chaux et à briques, de gigantesques statues de Çakya-Mouni ; on en retrouve de semblables dans plusieurs ruines antiques de Tlndo-Chine et surtout dans celles qui sont postérieures à la belle période khmer*.
Pour terminer, il faut citer encore les palais funéraires, vastes constructions en charpente composées d'une sorte de tour ou pyramide centrale environnée de clochetons, avec superpositions d'étages, de frontons et de dentelures, copiées sur celles des temples en pierre, et pyramidant autour de la flèche terminale, comme
1 Voy. aussi p. 135.
1 L'auteur du Tchin-La-Foung-Thou-Ki nous apprend aussi que dans certains temples (ceux des Pa-sse, prêtres de Tao-sse ?) il n'y avait point de représentations particulières, mais seulement un amas de pierres comme celui qui sert à la Chine pour les sacrifices au ciel et à la terre. (Traduct. Abel- Rémusat.)
les préasats d'Angkor-Vaht ou de Ba-Phoum (p. 303) autour du sanctuaire *.
' Vo;., p. 13S, le dessin d'un monument funéraire récemment élevé pour la crémation d'un mandarin de Batlambang. Cet édifice ne peut donner d'ailleurs qu'une faible idée de la magnificence déployée de nos jours même dans la construction des palais funéraires des princes et des rois de l'Inde- - Chine méridionale. Quelques passages de la Chronique royale {dont il sera question à l'appendice, dans la note historique) nous montrent qu'il en était de même dans l'antiquité.
Dans les palais funéraires se retrouve encore cette disposition coniquequi caractérise les édifices khmers de tout genre. — En effet, les temples plans eux-mêmes, pris dans leur ensemble, affectent la forme de pyramides à base très étendue, dont la flèche du sanctuaire est le sommet. Les pointes des préasats accessoires offrent à l'œil un entourage de cimes décroissantes qui s'abaissent régulièrement à mesure qu'elles s'éloignent, et la pente continuée de tous côtés par les toits étages des portiques d'angle et des porches saillantsest achevée par les terrasses et les perrons avancés.