INDE
Architecture bouddhique.
Tour de Bouddha Gaya. — Bengale (v* au n* siècle).
Ce monument, dont les larges portes voûtées sont attribuées par Fergusson à une restauration birmane, offre une grande analogie de forme et de structure avec les préasats khmers; il se rapproche surtout de celles qui n'ont pas d'entablement au haut de chaque étage (comme le grand gopoura de Ka-Kéo), et aussi d'autres tours en briques dont les entablements étages sont peu saillants et ne portent pas de dentelures (voy. Mibaume, p. 309).
Si, conformément à une hypothèse de Fergusson, les sanctuaires hindous dérivent de la tour en briques de Bouddha Gaya, ils auraient atteint leur plus beau développement dans l'architecture khmer en pierre, pour se rapprocher plus tard de leur forme primitive dans les préasats en briques du Cambodge et d'Ajuthia.
Pyramide à étages de Polianarua (Ceylan. — Antérieure à 1233, et datant peut-être du vm° siècle).
Cet édifice que Fergusson appelle « une des représentations les plus exactes des temples à sept gradins de l'Assyrie », offre une analogie presque complète avec les pyramides khmers les moins ornées (Ka- Kéo, Ba-Kong, etc.).
Grand temple de Datnboul (Ceylan). — La porte de cette antique construction est surmontée de dragons en ogive avec flammes, ou feuilles qui lui donnent une réelle ressemblance avec les encadrements des frontons khmers.
(India Muséum.)
Ajunta. — Cave n° 1 : tête de monstre analogue au Rhéou khmcr. Cave n° 21 et Cave n° 24 : riches rinceaux et rosaces de lotus. Ellora f. — Bas-reliefs disposés par bandes superposées, représentant des batailles. — Un grand lion.
1 Le Kaîlaca de Siva à Ellora nous offre des exemples de cloîtres soutenus par des piliers carrés ; des lions ; des éléphants isolés ou en cariatides... Dans les grottes on voit aussi des piédestaux en croix, etc.
Citons encore dans l'India Muséum: des stèles, sans date, cataloguées sous le titre de « Mémorial Hungul » et sur lesquelles on voit une adoration du Lingam, ainsi que des scènes diverses : danseuses, combats d'hommes et de singes, etc. La mêlée dans ces batailles est traitée de la même manière que dans les bas-reliefs khmers ; même vie, même mouvement; armes de même genre : arcs et flèches, boucliers, piques. Les personnages principaux sont plus grands que les autres, particularité'qui s'observe souvent dans les sculptures du Cambodge.
Sanchi. — Dans les ruines d'un vihara, nous remarquons un personnage encadré dans une niche ogivale surmontée de rinceaux; ainsi que deux chapiteaux ornés de la moulure simple du Cambodge et portant une sorte de voûte en encorbellement.
Eléphanta. — La porte orientale du grand temple est gardée par deux lions et deux dwarapalas ' : l'un de ces gardiens porte au bras un anneau fait d'un serpent deux fois enroulé. — Les portes de Préa- Khan, deBanone;les escaliers de Préa-Tomrey... , etc., sont aussi gardés par des Phi porte-massues et des lions; les Phi de Préa- Tcôl ont des bracelets en forme de serpents (voy. p. 75).
Style indo-arien (nord de l'Inde).
Les sanctuaires appartenant à ce style ont pour plan des carrés à quatre ouvertures, avec additions successives qui transforment ces plans en croix dentelées analogues aux plans des préasats khmers. Dans les tours indo -ariennes comme dans les préasats cambodgiennes, l'angle saillant du carré primitif se continue (plus accentué que les autres) de la base au sommet de l'édifice.
Le temple de Juganat, à Puri (1174), a 133 mètres de côté, il est rectangulaire avec quatre portes, deux enceintes successives et sanctuaire central.
Mêmes analogies de plan avec les temples indo-ariens du centre de l'Inde : l'ornementation de ces derniers consiste en grandes moulures et sculptures très variées.
Le pont indou de Cuttah, probablement antérieur au XIIIe siècle, est composé d'une suite d'arches voûtées en encorbellement comme les ponts khmers.
1 Gigantic door keepers.
Chalukian architecture (Inde occidentale).
Même analogie de plans cruciformes ; sanctuaires successifs.
Le temple de Somnatbpour (Mysore, 1843) est très riche, il a de grands soubassements dentelés ornés de profondes moulures. Il en est de même du Kait Iswara à Hullabeed.
Style dravidien (Inde méridionale).
La pyramide à étages de Badami (époque ancienne) est sans analogie avec les édifices khmers ; tandis que les tourelles de Madura (dix-huitième siècle) offrent une certaine ressemblance d'aspect avec les tourelles cambodgiennes en briques (M1 Bakeng, etc.).
A Seringam, on remarque les frontons en ogive avec encadrement enlouré de flammes *, les crêtes formées d'une suite de pointes tournées et les créneaux ogivaux de la muraille d'enceinte.
A Madura, on trouve, de plus, des moulures ornées de lotus superposés (portant une plate-bande couverte de fleurs à quatre pétales placées en losange, disposition qui reproduit à très peu près celle des moulures khmers.
Un temple en ruines voisin de la rivière de Tarpulry est orné de rinceaux analogues aux rinceaux cambodgiens.
Par la profusion et la richesse de ses sculptures, le style dravidien peut être comparé à celui du Cambodge.
Bas-reliefs de Mahavellipore, près Madras (India Muséum).
Ces bas reliefs représentent des combats : on y remarque un personnage armé de l'arc monté sur un lion, et un autre personnage entouré des têtes d'un naga polycéphale. Diverses coiffures, armes, bijoux et autres détails rappellent les sculptures analogues du Cambodge.
Architecture djaïne. — Cette architecture apparaît toute formée au VIIe siècle.
1 L'analogie que les voûtes khmers présentent avec celles de rtnde avait induit Fergusson à surmonter aussi les galeries cambodgiennes d'une crête terminée en pointe (voy. la coupe d'une galerie d'Angkor-Vaht dans YHistory of architecture in ail coun'ries détail qui pourtant n'avait encore été signalé par aucun voyageur.
Cette hypothèse était parraïtement exacte. Toutefois, les croies khmers sont plus allongées que les crôtes indoues, et n'ont pas de renflement à la base.
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Les sanctuaires djains ont, comme les sanctuaires indo-aryens, un plan carré ; la cella est étroite et ne reçoit la lumière que par la porte ; enfin, elle est toujours surmontée d'une tour au profil curviligne. De plus l'architecture djaïne présente des porches avec dôme soutenu par des piliers disposés en croix dentelée. Il y a donc là aussi des analogies de plan avec le Cambodge.
Ajoutons encore que certains temples djaïns sont entourés de niches ou sanctuaires secondaires disposés comme les cellules de Ta Prohm (voy. le plan de ce temple p. 294-295), ou comme les réduits qui formaient une sorte de double enceinte à la base du monument qui couronne la colline de Bakeng (voy. p. 307).
Parmi les temples djaïns, dont la disposition a le plus d'analogie avec celle des temples khmers, nous citerons ceux de Néminatha Girnar (antérieur à 1278); — de Teypala et de Vastupala (H77)!; un autre temple de même genre (mentionné par Fergusson et datant peutêtre du IXe siècle) ; enfin le temple Ghaonsat Jogini Khajurao dont les soixante-quatre niches en forme de petites préasats sont terminées par des cercles décroissants cannelés semblables aux couronnes de lotus des sommets khmers.
D'après Ram-Raz, la feuille de lotus est la base des moulures de Tlnde. — Nous avons dit qu'il en était de même au Cambodge. — Les autres éléments qui entrent dans la composition des moulures hindoues se retrouvent aussi dans les moulures khmers, sauf YaUngay là prativêgina et la capota ou «tête de pigeon ». Cette dernière règne en haut des entablements au-dessus desquels elle forme une saillie très accusée ; cette saillie convexe donne aux tours étagées de l'Inde un caractère spécial qui les différencie des préasats khmers bien que les unesetles autres présentent àpeuprèslesmêmessuperpositionsd'étages avec fausses portes encadrées d'ogives surbaissées et de flammes.
Dans les soubassements et les piédestaux où la capota n'est que rarement employée, les moulures sont faites d'une feuille de lotus jointe à une plate-bande, et leur aspect ne diffère guère de celui des moulures khmers simples (voy. p. 129 les perrons étages de Pimanacas, p. 27 le piédestal de la statue, etc.).
La colonnette à base rectangulaire (avec petit encadrement rectiligne ou ogival enfermant un personnage) et fût octogonal régulièrement
strié se rencontre à la fois, aussi, dans l'Inde et au Cambodge ; mais là elle a revêtu une forme classique dont elle ne s'écarte que par des modifications de détail, tandis que dans l'Inde, elle se prête à des arrangements très variés.