TOME NL, I
tout dépeint le Bas-Canada. Les deux voyageurs ont quelquefois vu les mêmes lieux ; il sera piquant de comparer la manière différente dont chacun les représente, et de noter les points sur lesquels ils se rapprochent.
M. Duncan, parti de Londres le 2 février 1818, débarqua le 31 mars à New-York; il alla d’abord à New-Haven, dans le Connecticut, puis à Princeton , dans le New-Jersey, ensuite à Philadelphie et à Baltimore. Washington, ville capitale de l'Union Américaine, Mount-Vernon, maison champêtre où à demeuré Washington , et où repose la cendre de cet homme immortel, attirèrent successivement l'attention de M. Duncan.
Revenu par mer à New-York, le voyageur remonta sur un bateau à vapeur, le Hudson- River, jusque dans l'enceinte d’Albany, ville qui est aujourd'hui la capitale de l'État de New- York. Il alla ensuite en voiture à Buffalo, petite ville située sur la rive méridionale du lac Erié, près du point où ses eaux en sortent par la rivière de Niagara; il vit la célèbre chute dont on
a lu la description dans la relation de M. Talbot, |
Après avoir contemplé cet admirable spectacle,
ne CUS
nid.
Late.
nus in
Brant
eurs sera dont
oints
818, d’apuis \ Phile carnON , uton , mOoTr-
n de
ageur Isonville \e\Y -
elite
Erié,
a ri-
ton
acle,
Ibot. |
il suivit les bords de la rivière jusqu’au fort George, qui est sur la rive Canadienne, vis-àvis du fort Niagara, sur la rive Américaine. Le fort George est contigu à la ville de Niagara.
Cette petite ville, dit M. Duncan, est sur la rive Britannique de la rivière, à son entrée dans le lac Ontario. Les faiseurs de cartes et les voyageurs persistent à l’appeler Newark ; mais les habitans ne reconnaissent pas ce nom. La position est très avantageuse pour le commerce.
Cette ville a un palais de justice et une prison, qui sont compris dans le même bâtiment.
La prison est au rez-de-chaussée. Les loges destinées aux criminels et aux débiteurs donnent et s’ouvrent sur le grand vestibule qui conduit à la salle d’audience. Les cloisons et les portes sont en fortes pièces de chêne, jointes ensemble par des crampons en fer : les portes ont à peu près neuf pouces d’épaisseur. Les débiteurs onit quél-' quefois une petite fenêtre qui reçoit le jour du dehors; les criminels n’ont qu’une petite ouverture semi-circulaire à leur porte. Les débiteurs ont des cheminées, les criminels ont simplement la vue d’un poële qui est au milieu du vestibule,
et d’où Ja chaleur ne peut attemidre à leurs tristes cellules. Ce doit être un terrible tourment de passer un hiver dans une telle demeure, au Canada ! Quelle différence de cette prison avec celles des États-Unis!
La Frontenac, grand navire à trois mats, fait la navigation du lac Ontario; mais son départ n'ayant pas lieu à une époque qui convient à mes arrangemens, je m’embarquai au mois d'octobre 1819 sur une goëlette qui me transporta sur le rivage de l'Ontario à York, ville capitale du Haut-Canada , éloignée de 38 milles de Niasara , et ensuite à Kingston, qui est 120 milles plus loin. Quoique ce soit un lac d’eau douce, sa navigation exige presque les mêmes précautious que celle de l'Océan. Le tinonier dirige sa marche d’après la boussole, et dans les bâtimens du roi, on jette régulièrement la ligne de loch pour mesurer la distance parcourue.
Quoique j'aie eu le bonheur de n’éprouver aucune de ces tempêtes violentes et subites auxquelles l'Ontario est sujet , toutefois la houle y fut très forte, et je fus pris du mal de mer aussi complétement que sur lAtlantique. Pendant plus de vingt heures, nous perdimes la terre
LES FONTAINE ARS pans ea
© ART ad Mc
de vue, et pourtant nous filions sept nœuds.
J'avais l’intention de passer un ou deux jours à York, mais cette ville était tellement remplie de gens attachés au service des deux compagnies qui font l traite des pelleteries dans les régions désertes à l’ouest du Canada, que je ne pus trouver à me loger. Probablement je n’y perdis pas beaucoup ; car dans une promenade d’une heure, je crois que je vis tout ce qu'il y a dans la ville, à l'exception du logement de la garnison. York ne consiste qu’en une seule rue parallèle au lac, et trois autres qui ne sont que commencées, et coupent celle-là à angles droits. Je n’aperçus qu’une église qui avait été en très mauvais état ; des ouvriers étaient occupés à mettre des carreaux de vitre aux fenêtres. Le fort, qui est en bois peint en blanc, a une apparence assez imposante du côté du lac. Le port serait bon sil ne fallait pour le former qu’une baie bien abritée ; par malheur, l'entrée en est étroite et difficile, et, en temps de guerre, absolument sans défense.
Après avoir passé la nuit à l’ancre devant York, nous mîmes à la voile le lendemain matin , et le jour suivant à une heure nous entrâmes dans le port de Kingston.
La position de cette ville est très avantageuse, tant pour les affaires commerciales que pour les opérations de la guerre. Elle est située au point où l'Ontario se rétrécit, et où ses eaux commencent à former le fleuve Saint-Laurent. C’est le centre des communications du Haut et du Bas-Canada. Le port est profond, sûr et commode; la ville est bien fortifiée, elle se présente bien quand on en epproche par eau. Elle s'étend sur un espace de trois quarts de mille le long d’une pointe de terre, à l’entrée resserrée d’une petite baie séparée d’une autre baie par une presqu'île. Un cap sur le rivage opposé, s’avance vis-à-vis de cette seconde baie.
Le port de la ville, situé en dedans de l’entrée de la grande baie, est ordinairement rempli de goëlettes et de bateaux de toutes dimensions. La péninsule intermédiaire est occupée par l’arsenal de la marine, où l’on voit sur le chantier la carcasse de deux vaisseaux de 74; et au-delà, des piles de canons, d’affüts et de boulets, avec une salle d'armes et différens bâtimens qui appartiennent au département de la marine. Dans le bassin qui est plus loin, se trouvent huit bätimens de guerre désarmés, dont un vaisseau
de 102 canons, deux frégates de 50, et une de 36. Sur l'extrémité de la pointe, au-delà de ce bassin, s'élève un fort où flotte le pavillon britannique. Des batteries bordent le rivage devant l’arsenal et devant la ville, et contribuent à donner à ee lieu un aspect formidable.
Kingston est bâti, partie en pierre de couleur foncée, partie en bois. Les maisons de bois sont les plus nombreuses ; cependant les autres sout assez fréquentes pour donner à cette ville un caractère absolument différent de celui de la plupart des villes des États-Unis. Les édifices publics sont l’Hôtel du gouvernement , le Palais de justice, l’église Épiscopale, l'église Romaine, la Halle, la Prison et l'Hôpital. L’auberge où je logeai élait aussi propre , aussi commode, aussi bien tenue que celles de la Grande-Bretagne.
Ne trouvant dans la ville rien de bien intéressant, je passai dans un bac de l’autre côté du port, et j'arrivai à l’arsenal de la marine, où ma qualité d’Écossais me fit admettre sans difficulté. Un soldat fut chargé de me mener partout. Excepté cet arsenal et les fortifications que je n'eus pas le temps de visiter, Kingston n’a
pce Nr terra re cn
s) M. J. DUNCAN.
rien qui puisse retenir long-temps un voyageur; toutefois l’activité et le mouvement qu’on y remarque, et qu'on n’a observés ni à York ni a Niagara, font qu’on se croit transporté dans un monde nouveau.
La saison était très avancée , la fin d’octobre approchait; je craignais que les gelées ne rendissent mon voyage difficile et désagréable.
J’appris donc avec bien du plaisir que des bateaux se disposaient à descendre le fleuve ; je m'empressai d’y retenir mon passage.
De Kingston à Prescott on compte 67 milles, et dans cet espace le Saint-Laurent est navigable pour des goëlettes et des sloops; mais entre Prescott et Montréal, éloignés l’un de l’autre de 130 milles, les nombreux rapides ne peuvent être franchis que par des bateaux.
Les grands bateaux du Saint-Laurent vont à la voile et à l’aviron daus une eau tranquille ; mais, pour passer les rapides , les matelots sont obligés de faire incessamment usage de la gaffe. Ces marins sont ordinairement des Américains des États-Unis. J’avais déjà fait un voyage sur le Saint-Laurent, au mois de mai précédent.
Le bateau dans lequel je m’embarquai avait
AZ RALANEE
À 8 Lu, D SEAT NT Ur
du Leon SR RTE ne |
yeur ; ’on y ork ni ; dans
ctobre e renréable.
es bave; je
milles, vigable e Prestre de event
ont à utile ; sont gaffe.
cains fe sur dent.
avail
Es as ÉRROS E2 À
62 pieds de long, et 1 1 pieds 4 pouces de large ; il ne tirait que 28 pouces d’eau, et portait 26 tonneaux (520 quintaux); il était chargé de 250 barils de farine, qui le faisaient enfoncer presque jusqu’au plat-bord : pour nous mettre à l’abri en passant les rapides, on cloua de chaque côté une couple de fortes planches, larges de près d’un pouce. Nous éprouvämes par la suite que cette précaution était réellement nécessaire,
Les bateaux ordinaires sont des embarcations à fond plat, qui ont à peu près la moitié de la dimension des précédentes ; elles vont en diminuant vers chacune de leurs extrémités, et sont si solidement construites, qu’elles peuvent supporter un choc très rude contre le fond du fleuve, sans que l’équipage ni les passagers courent le moindre risque. Ces bateaux ne tirent pas autant d’eau que Les premiers; ils sont montés par des Canadiens connus sous le nom de Voyageurs , qui, dès leur tendre jeunesse, ont été exercés à manier la pagaie et la gaffe, et qui connaissent tous les rochers, les brisans et les passes de chaque rapide, depuis le long Sault jusqu’à Montréal. Un voyageur qui, en descendant le fleuve, a la faculté de choisir, doit prélérer le
bateau ordinaire ; il ne va pas si vite que par les
| grands bateaux, et par conséquent met quelquefois un jour de plus à faire le trajet; mais, à moins de circonstances extraordinaires, cette embarcation est plus sûre.
On doit prendre avec soi une petite provision de vivres, car l’usage est de ve débarquer que pour passer la nuit. Si le vent est contraire, on emploie quatre à cinq jours à parcourir la distance entre Kingston et Montréal. Pour remonter
j e Saint-Laurent, il faut encore plus de DS. le Saint-Laurent, il faut encore plus de temps On ne doit pas négliger, même en été, de se munir de manteaux et d’autres couvertures,
LA Q \ ° parce que les rosées de la. nuit sont très froides sur le fleuve.
l Avec un vent favorable, nous partimes de me \! Kingston, entre dix ou onze heures du matin ; qu !| tant qu’il souffla nous allâmes très vite ; dans c'e 1 l’après-midi, nous fûmes surpris par le calme, qu
dans le lac des Mille-Iles, et nos Canadiens fu- | et (1 rent obligés de recourir à l’aviron. Nous avions de
quatre rameurs, indépendamment du patron \ m | qui dirigeait la marche avec une petite pagaie. | cé Ce lac oflre une perspective extrêmement pit- } di
toresque; mais la suite continue des iles finit
par les t quel- ; maïs, s, cette
"OVISION der que aire, Un : la dismonter > temps.
», de se rtures ,
froides
imes de matin ; e; dans calme,
ens fuavions
patron pagaie.
nt pits finit
par devenir ennuyeuse , d'autant plus qu’elles empêchent le vent de gonfler les voi'es, et par conséquent retardent beaucoup la navigation.
J'avais supposé qu’il y avait un peu d’exagération dans le nom poétique de ce lac; mais les îles se succédaient en groupes si nombreux et si serrés, et nous mîmes si long-temps à nous en dégager, que je commençai à douter sil ny en avait pas deux mille au lieu de mille. On en voit de toutes les dimensions : quelques-unes ne sont que des rochers stériles, n’ayant qu’une surface d’un petit nombre de pieds carrés ; d’autres, au contraire, ont deux à trois milles de long , et sont bien boisées.
Vers le soir il plut; mais cet inconvénient me fut moins désagréable que la compagnie de quelques-uns de mes compagnons de voyage ; c'était un détachement de comédiens ambulans qui étaient restés quelque temps à Kingston, et qui retouraaient dans le Bas-Canada. L’attrait de quelques bouteilles de rum agit si puissamment sur.ces disciples de Thespis, qu'ils lui cédérent ; la liqueur fatale ne tarda pas à produire son eflet, et ces gens nous étourdirent par leur babil intarissable. Sans la contrariété