‹ Voyage au Canada [microforme] (volume 3)Chapitre 20 sur 39 · ER | 4 A 4 Ë · texte numérisé non relu

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ticulière les mœurs et l'existence actuelle des habitans du Canada. Je décrirai donc avec autant de clarté et de simplicité qu'il me sera possible, la marche d'un Canadien natif, dans la carrière de la vie.

Dans un pays dont tous les habitans sont à peu près au même niveau, tant pour l'existence sociale que pour les propriétés, et professent avec la plus grande opiniâtreté les principes d'une parfaite indépendance , le jeune Canadien, ayant constamment devant lui l'exemple et le précepte, rivalise naturellement avec son père, et se pénètre promptement des mêmes notions absurdes d'égalité et d’indépendance. À peine a-t-il appris à bégayer le nom de sa mère, qu'il commence à sentir sa précoce importance, et dédaigne tacitement de se soumettre même à ses parens. À table, il veut être le mieux servi, et l'objet principal de l’attention générale. Accoutumé à voir tous ses désirs satisfaits, et tous ses ordres ponctuellement exécutés , il apprend bientôt à dédaigner le langage de la supplique ; il aime à employer le mode impératif, ct il se sert rarement de l'indicatif, excepté au premier

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temps futur. Ses paroles sont prononcées d’un ton d'autorité absolue, long-temps mêmeavant qu'il soit capable de pourvoir lui-même à ses propres besoins: toutes ses volontés sont exécutées, quelque déraisonnables qu'elles soient ; et tout ce qu'il dit, même de plus déplaisant, est accueilli avec les plus grands applaudissemens.Ses parens, qui semblent conspirer contre sa raison, ne peuvent concevoir l'idée de l’envoyer à l'école, de crainte que sa mâle indépendance n'ait à souffrir du ton magistral d'un instituteur, et que la contradiction n'irrite son caractère.

Aussitôt que le jeune homme a atteint sa septième ou sa huitième année , il est pourvu d'une hâche au lieu d'un alphabet, et lorsqu'on vante l’habileté avec laquelle il se sert de cet instrument, il se croit un personnage important dans la société ; il prend le maintien d'un homme fait, et entre familicrement en conversation sur tous les sujets, avec les personnes de tout âge. N'ayant jamais été contrarié par ceux qui auraient dû veiller sur ses jeunes années, il s’irrite de la moindre contradiction ; il s'indigne contre ceux qui ne par-

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