‹ Voyage au Canada [microforme] (volume 3)Chapitre 25 sur 39 · PA · texte numérisé non relu

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Ces sommes sont payables en trois termes égaux; le premier, à la réception de l’avis que la concession est accordée : cet avis est donné aussitôt que le conseil a examiné les titres du demandeur, et déterminé la quantité de terres à laquelle il a droit. Le second paiement s'effectue au moment où l’en fournit son obliga-

tion de former un établissement sur les terres concédées ; et le troisième , lorsqu'on reçoit le fiat pour une patente.Tout sujet anglais, quelle que soit sa croyance, en arrivant au siége du gouvernement du Haut-Canada, a droit à une concession de douze cents acres de terre dans les limites de la province, s’il a les moyens de les mettre en culture , et s’il consent à payer les droits requis.

Je ne conteste pas au gouvernement (e droit d'imposer des taxes aussi énormes sur des terres qu'il a bien chèrement achetées, et dont , par

conséquent, il peut disposer de la manière qu'il juge la plus convenable à l’accomplissement de ses desseins ; mais si le gouvernement anglais veut accroître la population du Canada , et rendre la possession de ce pays profitable à la mère-patrie, je doute que les mesures adoptées par le gouvernement Canadien soient dictées par la sagesse et par une saine politique. Depuis l'accroissement des droits, j'ai vu beaucoup d'émigrans arriver en Canada dans l'intention de s'y fixer ; mais lorsqu'ils ont vu que le gouvernement, au lieu d'accorder gratuitement des terres à ceux de ses sujets qui sont dans la pauvreté , a établi l'usage de les vendre à un prix extravagant , ils ont immédiatement quitté cette colonie anglaise, et ont été augmenter le nombre, et accroître les forces de nos rivaux , déjà si formidables.

Vous ne devez pas cependant supposer que j'aie voulu peindre le lieutenant-gouverneur et le conseil comme une compagnie de spéculateurs terriens, qui disposent de leurs forêts de la même manière que le feraient des propriétaires. Loin de là, il y a une grande différence dans la conduite et la méthode des

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uns et des autres. Si vous êtes disposé à donner au gouvernement vos capitaux, vous devez humblement le supplier de vous accorder des terres en échange, ct recevoir avec gratitude ce don de sa munificence ; si, au contraire, vous préférez traiter avec des particuliers , propriétaires de terres , les rôles sont changés. Au lieu de supplier, c'est vous qu'on supplie ; au licu de recevoir une grâce, c'est vous qui accordez une faveur : enfin, au lieu d’être à la discrétion du lieutenant-gouverneur et du conseil, pour le choix des terres et de leur position , c’est vous qui dans le dernier cas, choisissez la localité et les terres à votre convenance.

Quant aux concessions gratuites de cinquante acres en faveur des pauvres émigrans, ceux qui connaissent le Canada savent que celle quantité est insuflisante pour faire subsister convenablement une famille même peu nombreuse. En conservant vingt acres pour le chauffage pendant un nombre égal d'années , et partageant les autres trente en paccages, prairies et terres labourables, cela pourra ri-

goureusement , avec beaucoup de soinset d’éco-

nomie, nourrir une famille ; mais le propriétaire de ce petit établissement sera dans une position à peu près semblable à celle d’un paysan Irlandais : comme lui, il sera forcé de se livrer tout le jour à de pénibles travaux , et le soir, il trouvera à peine chez lui de quoi prolonger son existence. Ce sera à peu près comme la ration accordée à un prisonnier : elle l'empêche de mourir de faim ; mais elle est bien loin de satisfaire son appétit. D'ailleurs , le pauvre colon n'a pas, comme ce dernier, l'espoir d'améliorer sa situation , ni de parvenir à cette indépendance , pour laquelle il a bravé tant de dangers. Sa possession est trop resserrée, et 1l n’a aucun moyen de l’étendre.

Il est généralement convenu par tous ceux qui connaissent le Canada , que cent acres de terre sont dans ce pays une étendue trop limitée, pour qu'un agriculteur consente à les mettre en culture. Cela pourra paraître étonnant à un fermier Anglais ou Irlandais ; mais le fait n’en est pas moins constant et facile à prouver. La rigueur de l'hiver met tous les fcrmiers dans la nécessité de se pourvoir d'une grande quantité de fourrages pour leurs chevaux

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et leur bétail ; et l’excessive chaleur de l'été, la grande sécheresse rendent les prairies presque arides. Le haut prix des journées de travail, et la brièveté de la saison propre au labourage, ne permettent pas de cultiver les terres avec les soins et l'excellente méthode qui les rendraient aussi productives que le sol anglais. Cesdiverses circonstances , la faible valeur des produits, et le prix exhorbitant des marchandises anglaises, nécessitent pour le maintien d’une famille, de grandes exploitations , et rendent, pour ainsi dire , impossible , son existence sur une concession de cinquante , et même de cent acres. Le froment et le maïs sont les récoltes sur lesquelles les fermiers Canadiens comptent le plus : l'orge, l’avoine ct les patates, sont aussi cultivées, mais en petite quantité. Les négocians qui, seuls, achètent le grain dans les campagnes, le paient en général d’une manière très-peu satisfaisante pour les vendeurs. Ils donnent environ 75 pour cent en marchandises , et le reste en argent. Dans ces dernières années , le prix du grain , ct celui du bœuf et du cochon salés , ont étéextréèmement bas. En 1818 , le froment était un article avantageux ,

parce qu'on pouvait le vendre cinq schellings le boisseau : il s'est soutenu au même prix en 1819, dans le district de Londres, et dans quelques autres parties du pays. Mais en 1822 ct 1823, ce n'est qu'avec beaucoup de peine qu'on en pouvait obtenir une demi-couronne.

Le prix de l'orge varie peu, parce que la quantité que l'on en sème dans la haute province, est à peiné suflisante pour la consommation des familles qui la récoltent : le prix en est ordinairement de deux schellings par boisseau.

Le porc salé vaut ordinairement dans cette province douze dollars (6o fr. de France), par baril de deux cents livres : le bœuf salé se vend deux pences la livre. 11 y à eu aussi, pendant les quatre dernières années une très-forte baisse dans le prix des bestiaux de toute espèce. On peut avoir aujourd’hui pour quinze livres sterl. , des chevaux qui, en 1819, en auraient coûté 25. Les bœufs qui se vendaient alors 25 livres sterling la paire, se donnent aujourd’hui pour la moitié de cette somme, et les vaches, trèsrecherchées à cette époque, pour sept liv. st. , se vendent très-fréquemment aujourd'hui à trois liv. sterl. et demi.

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BTTRE XXXII. 151

Il résulte de la délibération ci-après, prise par un comité de la Chambre d’assembléc du Bas-Canada , que cette province a également souffert dans ces derniers temps, de la dépréciation des produits agricoles.

« Déclaré que les gages des laboureurs et le »prix des produits du sol, ont diminué d’en- »viron moitié, l’année dernière, de ce qu'ils »étaient pendant les deux années précédentes.

» Que le prix des terres et de toutes les autres » propriétés immobilières, a éprouvé, à la même »époque , une baisse proportionnée.

» Qu'en conséquence , de grands embarras , » des sacrifices ruineux , et une déteresse inévi- »table, ont frappé toutes les classes indus- »trieuses de cette population.

» Que, d’après les reçensemenis exacts, les »exportations de la province ont été réduites, »de 766,785 livres sterling à 511,592 livres, »et les importations , de 1,294,754 livres à » 865,1 b6.

» Enfin, que le revenu de la province, qui »est presque entièrement produit par les taxes »surles importations, est tombé , dans le cours

» de l’annéc dernière, de 102,142 liv. sterl. à »73,434 livres. »

Cette déplorable diminution des exportations et des importations, et le déficit qui en résulte dans les revenus publics, sont attribués aux changemens introduits dans la législation anglaise , sur l'importation dans les royaumesunis de la fleur de farine, et de la farine ordinaire : changemens qui excluent de fait les blés du Canada des marchés de la Grande- Bretagne. Les Canadiens se plaignent, et je pense que ce n'est pas sans fondement , d’être obligés de dépendre uniquement de l’Angleterre pour une grande quantité d'objets de ses manufactures, en échange desquels ils donnaient autrefois l'excédant de leurs produits agricoles ; et de ce qu'il ne leur est pas permis de porter cet excédant exclu des marchés anglais , dans des contrées d’où ils pourraient ürer en échange les marchandises qui leur manquent.

Il ne faut pas une grande perspicacité d’esprit , pour juger qu'une colonie où les importalions, s’élevant seulement à 865,156 livres sterl., excèdent cependant les exportations de

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350,090 livres, marche à une banqueroute prochaine et inévitable, si on ne se hâte de prendre des mesures qui fassent cesser un pareil état de choses. Je crois qu'il serait facile de remédier aux maux dont on se plaint, (maux qui s'étendent chaque jour davantage), sans adopter des dispositions qui fussent en aucune manière préjudiciables aux intérêts agricoles de la mère-patrie. Il serait, j'en conviens, grandement impolitique d'admettre dans les ports des royaumes-unis, aucun des produits coloniaux que vous pouvez tirer de votre sol en quantité suffisante pour votre consommation ; mais aussi, il est bien pénible pour nous , (je parle comme Canadien), d’être obligés d’acheter les produits de vos manufactures, lorsque vous ne voulez pas admettre en échange ceux de notre agriculture. D'après les principes de la liberté du commerce, principes que vous paraissez disposés à protéger, il doit nous être permis de nrofiter des avantages que nous pourrions retirer des relations commerciales avec les marchés étrangers. Peut-être si la culture du chanvre et celle du tabac étaient encouragées en Canada, la balance du com-

merce , qui est aujourd'hui si fort à notre préjudice , nous deviendrait bientôt favorable. On a déjà dit que l'Angleterre paie annuellement à une puissance étrangère plus de 1,500,000 livres sterling pour le chanvre, et l'empire britannique pourrait s'affranchir de ce tribut, en encourageant la culture de cette plante dans le Canada.

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LETTRE XXXIIT.

Emigration. — Mode suivi pour obtenir des concessions du gouvernement. — Travaux indispensables pour former un établissement. — De la meilleure maniere de les mener à fin.

—ÆConseils sur la construction d’une cabane.

— Gages à donner aux laboureurs et autres ouvriers. — Premier défrichement. — Comparaison entre le sort des paysans Irlandais , et celui des colons du Canada. — Avantages que les premicrs trouveraient dans ce pays , s’ils pouvaient y être facilement transportés. — Divers plans pour secourir les pauvres émt-

grans. — Examen d'un de ces plans.

Avant de traiter plus particulièrement le sujet de l'émigration , je dois faire quelques ob-

servations préliminaires sur la manière dont on obtient des terres de la couronne dans le Canada ; sur les obligations auxquelles les colons sont assujettis, le prix du travail, la manière de construire les habitations au milieu de ces déserts , et les dépenses que ces constructions exigent.

Les émigrans à leur arrivée à Québec , s'ils ont l'intention de former un établissement dans }: Canada, s'adressent au gouverneur général pour en obtenir des terres 3 mais toutes tes démarches faites à Québec dans cet obiot, sont toujours inutiles et souvent infructucuses, parce que le gouvernement général se soucie peu d'intervenir dans l'adrninistration de la province supéricure. Si jl'émigrant ne veut pas aller jusqu'au siège du gouvernement du Haut-Canada, il peut faire connaître ses intentions au Pureau territorial du district dans lequel il veut se fixer. Ces bureaux ont une pleine latitude pour accorder toutes les demandes qui n'excèdent pas cent acres ; mais

si on veut obtenir une concession plus cten-

due , il faut mécessairement s'adresser au lieutenant gouverneur et au Corsert.

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Votre demande doit être présentée sous la forme d’une pétition. Si vous désirez obtenir de la couronne une concession de 1200 acres , vous éprouverez peu de difficultés , pourvu que vous consentiez à remplir les conditions dont j'ai parlé précédemment.

En général , les émigrans de la classe inférieure arrivent à York dans les mois d'août et de septembre: aussitôt qu'ils ont obtenu leur lettre de concession , ils se dirigent vers le lieu qui leur est assigné , et commencent la pénible tâche de défricher leur domaine encore sauvage. Deux années sont accordées au colon, pour remplir les obligations attachées à la concession : elles consistent à construire sur chaque lot, une maison de vingt pieds de long et de seize de large , à pratiquer un chemin sur le front de l'établissement, à abattre les arbres sur trois acres et demi de terre dans chaque lot de cent acres. Ces trois acres et demi de terrain, et celui qu'occupe le chemin, qui est d'environ 120 perches de long sur deux de large , sont à peu près la 20. partie de la concession. Quand ces premiéres con ditions sont remplies, et que les droits établis Tone FN L'

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pour chaque concession ont été acquittés entiérement, le colon reçoit son titre, et prend rang parmi les propriétaires terriens. Si l'émigrant veut que tous les travaux préliminaires de l'établissement soient exécutés avant de conduire sa famille dans le désert inculte, il peut les faire faire pour la somme de 25 liv. st.; mais il doit prendre la précaution de faire un marché spécial pour chaque espèce de travail, et ne payer qu'après que les conditions du marché ont été pleinement exécutées. Il doit aussi prendre garde de ne traiter qu'en présence de personnes dignes de foi, et dont il puisse, au besoin, invoquer le témoignage ; ou bien faire écrire les articles par une personne intègre , et au courant de ces sortes d'affaires. Quand on arrive sur une terre étrangère, on ne saurait trop prendre de précautions contre la mauvaise foi et l'esprit de chicane des fripons qui abondent en tous lieux.

Si un émigrant, à son arrivée à York , n'a pas à sa disposition au moins 75 livres sterl., il ne doit pas faire faire les premiers travaux de l'établissement à prix d'argent : ce qu'il a de mieux à faire, quand ses ressources sont

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bornées , c’est d'établir sa famille dans le logement le plus voisin qu'il pourra trouver du lieu où est située sa concession , et d'aller ensuite, aidé de quelques personnes expérimentées, camper dans les bois jusqu'à ce que sa maison soit construite. Une cabane telle qu'il la faut à la famille d’un colon , pour son premier établissement, peut être achevée dans dix jours par quatre hommes, avec l'aide de quelques voisins.

Il est très-prudent de ne construire, dans le principe de l'établissement , qu'une modeste cabane , et cela pour plusieurs raisons , dont il suffira d'indiquer quelques-unes. 1] arrive souvent que les colons, à leur arrivée, ne connaissant pas bien le pays, construisent dans une localité peu convenable, et qu'ils reconnaissent ensuite la nécessité de changer la situation du bâtiment : ne connaissant pas les prix des matériaux, ou des objets à employer dans la construction, ils sont exposés à être dupés ; ainsi tant qu'ils n’ont pas acquis une certaine expérience , ils ne peuvent élever une maison commode , qu’en faisant des dépenses excessives et onéreuses. [ls éviteront ces

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dépenses, en ne construisant d’abord qu'une cabane dans laquelle la famille pourra s'établir pour une année ou deux ; après cette époque ils pourront juger d’une manière plus sûre le lieu convenable pour y fixer le principal manoir ; alors la modeste cabane sera convertie en étable , ou consacrée à quelque autre usage domestique.

Les gages ordinaires des ouvriers, dans le Haut-Canada, sont de deux schellings et six pences par jour, outre la nourriture et le logement. Les charpentiers et autres ouvriers en bois reçoivent le double de cette somme, et quelquefois davantage. L'émigrant qui va construire son habitation, doit se pourvoir d’une paire de bœufs , se faire accompagner d’un charpentier et de deux ouvriers, et se munir de provisions pour dix jours ; du pain, du cochon salé et des pois, une certaine quantité de whiskei ou d’autre liqueur spiritueuse , sont les alimens dont on fait usage dans ces campemens.

En arrivant au lieu fixé, la première chose à faire est de construire un abri ou petite baraque, que l'on couvre de gazon ; en faisant un

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grand feu à l'extérieur , du côté opposé à l’entrée , l’intérieur de cette demeure improvisée est supportable pour le peu de temps qu'on doit l’habiter. 11 faut ensuite abattre les arbres, nettoyer le terrain sur lequel on veut construire la maison , et en creuser les fondemens. Cette opération terminée, on coupe et on façonne les arbres destinés à former la carcasse du bâtiment : ces arbres ne doivent pas avoir plus d’un pied de diamètre, et on les coupe à la hauteur convenable. On fait ave:

ces arbres, deslinteaux et des chevrons ; le tout est disposé près du lieu où l'on a creusé les fondemens de l'édifice. On coupe aussi de grands peupliers , et l'on en fait des planches de dix pieds de long, si la maison doit avoir vingt pieds : ces planches doivent servir à plancheyer les appartemens. Tous ces travaux préliminaires achevés, on invite dix ou douze personnes du voisinage à venir aider à monter la charpente. A leur arrivée, on dresse les matériaux, et on forme les quatre faces du bâtiment, que l'on couvre avec des planches légères ou de l'écorce. On garnit avec de petits chevrons, les espaces laissés vides dans les

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