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cette classe vinssent , en certain nombre, s’établir dans cette province, ce serait une spéculation avantageuse d'employer dès à présent des capitaux à l’achat des terres en culture, et non à celui desterres en friche. Mais jusqu’à présent , peu de personnes riches sont venues s'établir en Canada ; et peut-on croire en effet qu’il y ait beaucoup d'hommes dans cette cathésorie, soit en Irlande, soit dans la Grande-Bretagne , qui consentiraient à échanger les plaisirs de la société et les autres avantages de la civilisation , pour les privations attachées aux déserts de l'Amérique, et pour l'espoir incertain de l'indépendance, dans une terre éloignée. Pour moi, je n'ai encore vu, dans aucune partie de l'Amérique, personne de cette classe, qui ne se repente d’avoir pensé à l'émigration, et qui, dans le fait, n’ait réellement pas à déplorer la folie d’une semblable détermination. Quelques capitalistes , en petit nombre , trouveraient vraisemblablement à:
l’avantage à établir ici de grandes fabriques de sel. Mais le haut prix du travail , et la difficulté de se procurer des ouvriers , sont de grands obstacles aux succès des entreprises de
e, s'é- > spérésent Iture, is juss sont croire s dans lans la échanayan- )ns att pour ns une e vu, sonne pensé réelleblable
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iques la difnt de ses de
LhilhE XXXV. 219
cette nature, et de tout autre établissement
manufacturier.
Un des grands moyens de prospérité pour le Canada, serait l'établissement de canaux de navigation. Il paraît que depuis 1823, on a commencé à s'occuper de cet important objet.
En cela, onne fait qu'imiter l'exemple des habitans des Etats-Unis, qui font les plus grands cfforts pour améliorer leur navigation intérieure. Le Canada possède , à cet égard, des avantages bien supérieurs à ceux du territoire des Etats-Unis. L’Erié et l’Ontario, par lesquels se fait une grande partie de la navigation du Haut-Canada, sont tellement rapprochés sur un point, qu'une tranchée de deux milles suffirait pour que la communication par eau entre ces deux grands lacs, n'éprouvât aucune interruption.
Pour parler franchement , je considere le Jlaut-Canada comme dans un état voisin de l'enfance. Le sol, par le luxe de ses productions et leur rapide croissance, est évidemment une source abondante de richesses : il n’a besoin que d’une industrie bien dirigée pour produire tout ce qui est nécessaire à la nourti-
ture des quadrupèdes, à celle des habitans de l'air, et à la subsistance de l’homme.
L'agriculture est le premier pas à faire dans l'ordre de la civilisation. Mais pour que le Canada puisse présenter les mêmes avantages que les autres contrées , aux manufacturiers, aux artisans , et aux hommes de diverses professions , il faut qu’il sorte de cet état sauvage et improductif dans lequel il languit maintenant ; qu'il passe par tous les degrés d’amélioration , sous les rapports de la culture et de la population ; qu’il arrive enfin , sous ces deux rapports , à un degré de perfectionnement qui, réuni aux avantages de sa fertilité, puisse attirer dans ces contrées, des savans et des hommes industrieux , et l’élever ainsi au rang des nations. |
abitans | omme. | ° ii e dans | LA Ir que nl act LETTRE XXXVI.
liverses | : M |
at sau- sal Rain Voyage à pied de l'établissement Talbot à Le
. ss Montréal. — Curiosité d’un aubergiste A mé- | ne ricain. — Description d’une taverne Cana- |
nt qui, dienne. — L'auteur s'égare dans les bois, h sse at- et court inutilement pendant toute la nuit.—
et des Il découvre une habitation. — Conduite in-
eu Tang hospitalière de ses propriétaires. — Il passe la ‘1
nuit dans une taverne. — Arrivée au château du colonel Samons. — Fin du voyage, et arrivée à la seigneurie de Longueille. — Por-
trait de la maîtresse d’une taverne.
Le docteur Goldsinith observe quelque part, que deux hommes qui voyageront dans un pays , l'un à pied, l’autre en voiture, feront
218 LETTRE XXXVIL,
des réflexions très-différentes sur les tableaux de la nature, et sur les divers objets qui s’offriront à leurs regards : comme j'avais principalement voyagé dans les deux Canada, non dans des diligences , mais dans des voitures qui me transportaient beaucoup plus rapidement sur les lacs et les rivières,et comme cette manière de voyager m'avait empêché de visiter plusieurs établissemens que je désirais connaître, je résolus au printemps de 1820, d’entreprendre un voyage à pied , de l'établissement Talbot, à Montréal, et de me procurer ainsi tous les avantages qui sont Île partage de l’homme seul, voyageant sans suite et presque sans autre bagage que celui des apôtres. Je vous ai déjà communiqué, dans mes précédentes lettres, la plupart des renseignemens importans que je recueillis alors. Je me borncrai donc aujourd’hui à vous faire connaître mes diverses aventures dans cette excursion pédestre.
Je quittai l'habitation de mon pire, seul comme Jacob, lorsqu'il alla à Padan-Aram , chez Bethuel, son grand-père maternel. de partis avec un sentiment de regret que je
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} tableaux n'aurais jamais cru, (à mon arrivée dans les À . of- bois), devoir éprouver pour aucune partie de
8 prnet- l'Amérique. Mais nous nous attachons insen-
aq; és siblemefñt aux scènes qui sont continuellement
Voitures
sous nos yeux, et bien que nous les regardions avec une sorte d’indifférence, par l’habitude que nous avons de les voir, nous ne pouvons les quitter sans émotion.
Après avoir marché pendant environ vingt milles au travers des bois, j'arrivai à une taverne nouvellement établie , et je m'y arrêtai pour prendre quelque rafraîchissement ; mais en frappant à la porte, je m’aperçus que, quoique le nid existât, les oiscaux s'étaient
s rapideime cetic de visiter rais COn- 20, d’enlissement rer ainsi wtage de t'presque
EEE . envolés. Cet établissement avait été formé par Gé as un de ces spéculateurs qui courent de lieu en hate lieu pour y faire des expériences, et qui , in- 7. bor- capables de réaliser nulle part leurs espérances, nn sont presque toujours en l'air. Me sentant un LU peu fatigué, je m'assis sur une futaille vide , placée près de la porte, et je tirai de ma poche re, seul une petite édition des nuits d'Young. Ne poun-Aram , vant me procurer dans ce lieu le Pabulum rnel. de corporis, je voulais y nourrir mon âme des que je
pensées du poëte ; mais les mosquites, aussi
affamés que moi, me forcèrent à leur céder la place, et à continuer mon voyage.
J'avais encore dix milles de désert à traverser, avant d'arriver à l’établissement Oxford. Je ne rencontrai dans tout cet intervalle aucune créature humaine ; mais les mosquites étaient si joyeux de ma compagnie, et me donnèrent tant à faire pour me défendre de leurs attaques sur tous les points , que je n'eus pas le temps de penser à d’autres êtres qu’à ceux qui s’occupaient de moi d'une minière si importune.
À mon arrivé à Oxford , j'entrai dans une taverne pour y diner, et j'eus encore la mal-
encontre de ne pas trouver le maître dans la maison. Vous me plaindrez, je n’en doute pas, de cette seconde mésavemiure. Mais le mal n’était pas sans remède. Celui-ci n'avait pas, comme le premier, déménagé furtivement au clair de la lune. Ïl était tout bon-
nement au-dehors , à se bercer sur une chaise, et à se chauffer aux rayons du soleil. Ses traits rubiconds et son air d'autorité indiquaient la nature de sa profession.
Au moment où je m'approchai de lui, il
eur céder à travert Oxford.
rvalle aumosquites e, et mc fendre de , que je atres êtres l’une m°-
dans une re la malaîitre dans d'en doute . Mais le ci n'avait furtivetout bone chaise, Ses traits quaient la
le lui, il
ôta son cigarre de la bouche, et m'examinant d'un œil où était peinte la curiosité, il me dit :
— Je devine, monsieur, que vous êtes anglais ?
— Il faut deviner une autrefois, monsieur, lui répondis -je.
— Comment! alors , je présume que vous devez être un habitant du' Sud.
— Vous êtes également malheureux dans cette supposition.
— Alors je jurerais que vous êtes de New- York.
— Vous jureriez témérairement , monsieur.
— En ce cas-là, qui diable êtes-vous donc?
— Je suis cosmopolite par état , et Irlandais de naissance. |
— Vraiment je ne l'aurais pas cru, car vous parlez anglais presque aussi bien que nous autres américains.
— Oh! pas du tout, monsieur; vqus:voulez me flatter. Mais, pour le moment, je ne suis pas trop disposé à faire , ni à recevoir des complimens. Je vous serais particulièrement obligé, si vous voulez bien donner l’ordre qu'on me prépare un beef-steak. Je viens de parcourir
trente milles sans prendre de rafraichissement , et si vous voulez vous joindre à moi pour le diner, vous pourrez vous convaincre, que si je ne parle pas anglais aussi correctement que vous, je mange un becf-steak d'aussi bon appetit.
— Oh! je crois que cette assertion n'a pas besoin de preuve : jé n ai jamais douté de l'appétit de vos compatriotes.
C'était, je l'avoue , une bonne petite épigramme ; mais je ne crus pas devoir y répondre: je ne voulais pas prolongerla conversation, pour ne pas retarder les préparatifs : le beefsteak fut donc ordonné : mais on découvrit qu'il n'y avait pas de bœuf au logis , et sans me consulter, on y substitua une grillade de porc. Je m'abstins de toute plainte, et je pris place à table d’un air aussi satisfait qu'il me fut possible. Ayant reconnu que l'ameublement de k maison ne me promettait rien moins qu'un bon lit dont j'avais grand besoin, je me décidai à aller coucher dans la taverne la plus voisine , à environ huit milles plus loin ; et après avoir payé ma modique dépense, je me remis en route. J'avais à traverser une partie
raichissere à moi nvaincre ,
correcteak d'aussi
nnapas té de l’ap-
etite épi- "y réponversation, : le beefdécouvrit y, Gt sans rillade de , et je pris qu'il me ameublettait rien d besoin, a taverne lus loin ; pense, je ine partie
du territoire d'Oxford, qui est un des plus riches établissemens de Ja province : j'arrivai à huit heures du soir à Dogge’s-T'avern , où je m'arrêtai pour passer la nuit. |
Comme dans aucune de mes lettres précédentes , je ne vous ai donné la description d’une auberge canadienne, je vais faire ensorte de vous les peindre dans celle-ci. Dans le Haut-Canada , elles consistent, pour la plus grande partie, en un petit bâtiment composé de trois pièces : une cuisine, une chambre à coucher et un comptoir. Cette dernière partic sert aussi de café; la cuisine sert en mêmetemps de salle à manger et de salon de compagnie ; la chambre à coucher sert à la fois de magasin et de garde-robe.
L'ameublement du comptoir , indépendamment des attributs qui le caractérisent, est une table de bois de cérisier unie, deux ou trois bancs de pin, et un poker ( instrument qui sert à attiser le feu ). Les murs sont toujours très-blancs et le plancher est parsemé de sable.
Il est inutile de faire une description particulière des meubles de la cuisine : des pots
228 LETIRE XXXVI.
«et des chaudières , des plats et des assiettes , des fourchettes et des couteaux, des tables , des
chaises et une demi-douzaine de bacquets :
voilà ce qu'on y trouve habituellement.
La chambre à coucher contient ordinairement quatre ou cinq lits sans rideaux, avec des draps de toile de coton et des couvertures de laine. Les autres meubles de cet appartement sont deux ou trois chaises et un miroir portatif d’une si petite dimension qu’un Liliputien pourrait le porter dans la poche de son gilet; ce miroir, loin de vous représenter fidèlement les objets, double la longueur de votre visage, si vous vous mirez dans un sens, et sa largeur, si vous le tournez dans un autre. Point de cuvette pour laver les mains ; point de table à toilette ; point de bureau; pas même un pot de chambre ! C’est dans cet appartement que se confondent, hommes , femmes et enfans, pour se reposer des fatigues du voyage.
Quand vous arrivez dans une de ces hôtelleries , et que vous y demandez un lit, on vous dit que l’avantage de coucher seul dépend entièrement du nombre de voyageurs qui pour-
mel de « la e bille l'ap] déjà dan:
deu:
rele1 naît] m'he
iettes ; es , des quets :
inaire- L, avec couvercet ap- ;s et un n qu'un oche de résenter ueur de n sens, un aumains ; bureau ; ans cet DMmmes :
les fati-
es hôtelon vous end enui pour-
rait survenir; et si vous consentez à le partager au besoin , vous ne pouvez prévoir quels compagnons de nuit le sort vous réserve : en sorte que vous passez souvent Ja nuit dans une inquiétante incertitude , qui vous prive du repos que vous désirez.
Je me rappelle d’avoir été une fois dans la nécessité de prendre un lit, À pareille condition, n’ayant pu m'en procurer un autrement.
Je me retirai de bonne heure , pour me livrer au repos, et après avoir combattu quelque temps la crainte de le voir partagé par un compagnon peu agréable, je m'endormis profondément : vers minuit , je fus éveillé, par le caquet de cinq jeunes filles qui venaient d’entrer dans la chambre, et qui commençaient à se déshabiller. Sachant qu'il n’y avait que quatre lits dans l'appartement , et que chacun de ces lits était déjà occupé , je devais m'’attendre À recevoir dans le mien une au moins, ou peut - être deux de ces demoiselles. Dans cette idée, je relevai ma tête, et les priai de me faire connaître quelle était celle qui se proposait de m'honorer de sa compagnie.
Tour IT. 19
en
FR ed
22) «Ne vous alarmez pas, monsieur, répartit »une d'elles, nous n’approcherons ni de vous, » ni de votre lit. Un de vos regards suffit pour » nous en éloigner. » k
Je suppose que j'avais manifesté quelque terreur , Ct qu'elle se peignait sur mon visage d’une manière désagréable : en effet, l'idée d'être trois dans un même lit me paraissait assez effrayante. de dus donc à ma mauvaise mine le bonheur de passer la nuit seul ; et c’est la première fois qu'elle m'ait procuré quelque avantage. Jusques-là , j'avais regardé ma figure comme une de celles qui n'excitent ni admiration, ni répugnance , et qui semblables aux corneilles que l’on place au milieu d'un champ de blé, pour en éloigner les oiseaux destructeurs , n’attirent pas plus l’attention du voyageur qui passe auprès d'elles, que les autres individus de ja même espèce. La vue d’un grand lit arrangé sur le plancher et dans lequel les cinq jeunes filles s’accommodèrent, me donna bientôt la certitude que j'achèverais ma nuit seul. J'avais déjà cu l’occasion, antérieurement, d'admirer la délicieuse loquacité du beau sexe. Je fus pourtant fort
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quelque n visage , l'idée araissait Jauvaise seul ; et procuré regardée excitent ui sem- 1 milieu r les oil'attenles, que èce. La icher et °ommoide que
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étonné , lorsqu’après un moment de silence , les cinq beautés reprirent leur conversation avec un redoublement d'énergie. À la vérité, leurs accents étaient moins distincts, lerrs phrases courtes et entrecoupées. Elles ne s'exprimaient que par monosyllabes ; et comme elles parlaient allemand , je ne pus rien comprendre à leurs éternels débats, qui me firent passer une très-mauvaise nuit, et qui duraient encore lorsque je me levai le matin de bonne heure pour continuer mon voyage.
On ne doit attendre des aubergistes de campagne du Canada ou des États-Unis aucuns soins, aucune attention. Si vous demandez, même avec beaucoup de politesse, quelque chose que vous ayez le désir d’avoir, on vous priera avec humeur d’avoir patience et d’attendre jusqu'à ce qu’on ait plus de loisir.
Mais reprenons le cours de mon voyage. Le second jour, je traversai une grande étendue de terres , appartenant presqu'en totalité à des officiers civils et militaires, qui ont servi en Canada à diverses époques. Ils ont, dans le principe , obtenu ces terres sans condition et sans être assujettis, par conséquent, à Jes met-
tre en culture. Une grande partie de ces concessions date de plus de trente ans, et est cncore dans son état sauvage. Trois maisons seulement ont été construites sur une distance de dix-neuf milles. Le grand nombre et l'étendue des concessions de cette espèce, est un des principaux obstacles à l'amélioration du pays : possédées par des individus qui n’ont pas un besoin immédiat d'en disposer, et qui attendant , pour les vendre , qu'elles aient acquis une valeur plus considérable, par la culture des terres environnantes , il.est vraisemblable qu'elles resteront long-temps encore dans leur état actuel. Tant que ces concessions resteront incultes, les chemins qui les avoisinent seront impraticables, et c'est ainsi que je les ai trouvés quand j'ai traversé ce‘te contrée.
Rien de bien important ne m'arriva le troisième jour de mon voyage : mais le soir du quatrième, j'éprouvai un accident bien triste. Il était environ six heures du soir, quand j'arrivai à Ancaster, qui est à environ quatrevingt milles de l'établissement de mon père.
J'avais le projet d'aller coucher au château de
es COn- , et est maisons ne disnombre espèce, ioration ui n'ont r, et qui es aient , par la est vraimps ences conins qui et c'est traversé
le troisoir du n triste.
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Flamborough, résidence du colonel Simons, qui, par la grande route, est à six milles d’Ancaster, mais à deux milles seulement, en prenant la ligne la plus directe. Comme le soleil était près de son coucher, je résolus de suivre le chemin le plus court, et ayant pris quelques renseignemens, je me mis en route, sans crainte de m'égarer dans le bois. Après avoir marché environ une heure et demie , je me supposai peu éloigné du lieu de ma destination : mais m'étant informé dans une maison que je rencontrai sur mon chemin de ladistance qu'il y avait encore jusqu'au château de Flamborough, j'appris que bien loin de m'en approcher , j'avais marché dans une direction opposée , et que j'en étais alors à plus de sept milles. Comme le soleil avait déjà disparu , jetémoignai aux habitans de cette maison quelque crainte de ne pouvoir trouver la bonne route. J’espérais les engager ainsi à m'oïfrir un logement pour la nuit : maisilsme congedièrent, en m'assurant que le chemin était trop facile pour que je pusse m'y méprendre. N'ayantpas d'autre alternative, jeme remis de nouveau en marche,
Mais à peine une heure s'était écoulée, que le
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nuit devint fort obscure, et qu'il me fut impossible de reconnaîtrele sentier : j'errai au hasard jusques vers les neuf heures et j'arrivai à une
autre habitation , ou je racontai mes aventures. Mais j'éprouvai la mortification de voir qu'on ne faisait qu’en rire, et que ma situation donnait lieu aux plaisanteries les plus déplacées.
Ayant reconnu qu'il n’y avait là personne qui voulût avoir le moindre égard pour moi, ni me donner des renseignemens qui m'éviteraient le désigrément de m'égarer encore , je m'éloignai brusquement , un peu blessé je l'avoue, du tonincivil et du mode inconvenant dont on m'avait accueilli.
J'avais cru démêler à travers les propos de ces êtres inhospitaliers , qu'il y avait à peu de distance une autre maison. Je cherchai donc à y arriver. Mais comme le sentier était fort étroit; qu'il faisait beaucoup de détours et que l'obscurité profonde ne permettait plus de rien distinguer, je finis parle manquer et me trouvai au milieu des bois. Sans me laisser abattre par tant de pénibles contrariétés, je continuai à marcher, m'imaginant qu’en allant droit devant moi, je pourrais accidentellement
ut imposau hasard vai à une ventures.
rqu'onne n donnait cées.
personne our moi, i m'évitencore ; je blessé je onvenant
ropos de à peu de hai donc était fort etours et tait plus nquer et ne laisser Ës, je COnin allant ellement
ŒTIRE XXXVI. 291
arriver à quelque route qui me conduirait à Ancaster ou à Flamborough. Après trois heures d’une marche aussi rapide, que pouvaient le permettre les touffes de taillis et les autres obstacles que je rencontrais sur
.mes pas, toujours persuadé que j'arrivtrais
bientôt à quelque licu habité, je me trouvai sur les bords d’une rivière, et en suivant la rive, j'arrivai au picd d’une grande cataracte. Quoique je fusse extrêmement fatigué, je ne voulus pas m'’asseoir , parce que je savais que cette partie du pays était infectée de serpens : je restai donc debout, appuyé contre un arbre, résigné à attendre, dans cette situation isolée , que la clarté du jour ou quelque autre circonstance favorable me donnût les moyens de sortir de cette solitude. Mille réflexions pénibles vinrent assaillir mor âme ct la plonger dans une douloureuse mélancolie.
Bientôt les fatigues de l'esprit, réunies à celles du corps, me firent craindre de succomber au sommeil. Je me remis à marcher , mais ce fut pour retomber dans une nouvelle inquiétude :
ignorant quelle direction je devais prendre.
je craignais de m'enfoncer plus avant dans
232 LÉVIRE XXXVI.
des déserts infréquentés. Ayant aperçu une espèce de colline devant moi, je me déterminai à y monter, dans l’iâée que si elle m'é- ’artait de ma route, je me irouverais en compensation dans une situatiun plus élevée et pourrais mieux découvrir le pays à l'entour.
Le talus de la montagne était très - escarpé etcoupé par des ravins qui rendaient la montée extrêmement difficile. Tantôt je rencontrais une largc pièce de granit, dont le plan incliné me faisait craindre de glisser jusqu'au fond du précipice ; ici je m'accrochai au tronc renversé d'un vieux chêne. D'’autrefois , il me fallait franchir une large crevasse ; enfin, à l'aide de mes pieds et de mes mains, et à force de persévérance, je parvins au sommet de la montagne. Epuisé de fatigue , je montais sur un petit arbre, dans l'intention de m'asseoir un moment entre ses branches fourchues. À peine y fus-je placé que j'’aperçus dans le lointain, à travers les arbres, une lumière qui me parut être celle d’un flambeau et que je jugeai être à une distance d'environ deux milles. Je descendis immédiatement de l'arbre pour me diriger sur cette
‘U une déterle m'én comevée et ntour.
esCarpé nontée ontrais incliné 1 fond | tronc ois » il enfin , , et Dinmet monon de anches ’aperrbres,
d'un stance édiacette
LETTRE XXXYL 233
clarté. Mais, n'étant plus élevé , je ne pouvais pas l’apercevoir, et je marchais vers le point d'où je jugeai qu'elle venait, pendant près, d’une heure, sans la découvrir de nouveau. On croira facilement que je descendis la montagne beaucoup plus facilement que je l'avais montée, et avec moins de danger. Arrivé sur une autre montagne, je revis la clarté que j'avais aperçue, et tenant désormais les yeux constamment fixés vers cette étoile salutaire , je repris ma gaieté, et je retrouvai ma vigueur pour arriver à la maison d’où elle partait.
Dans aucune circonstance de ma vie, l'approche d’une maison habitée par des créatures humaines neme procura des sensations plus agréables. J'avais été constamment sur mes pieds pendant près de vingt-une heures, j'avais parcouru quarante-cinq milles sans prendre aucun aliment ; aussi, avais-je un besoin également pressant de nourriture et de repos. Lorsque j'arrivai sur le seuiltant désiré , je croyais être au moment de me procurer l’un ct l’autre; mais hélas cette douce lumière qui m'avait guidé dans l'obscurité , que j'avais regardée
234 LETTRE XXXVL
comme une étoile bienfaisante, éclairait un toit inhospitalier.
Lorsque je frappai à la porte, on me demanda suivant l'usage : qui est là? — Un ami, répondis je. — Quel ami?—Un étranger qui s'est égaré dans les bois, et qui demande votre bienvetllance et votre protection. — Nous ne pouvons recevoir d'étrangers ici: telle fui la froide réponse qu'on me fit. Vainement je réclamais les droits de l'humanité; vainement je sollicitai l’hospi-talité au nom d'un pays où cette vertu est si généreusement pratiquée : toutes mes remontrances, toutes mes prières furent inutiles.
Voyant qu'on était bien résolu à ne pas ouvrir la porte à l'étranger, je m'éloignai de cette maison avec des sentimens peu bienveillans pour ses insensibles habitans.
in passant devant un bâtiment qui me parut être une grange, je me G.s intéricurement que les granges et les étables étaient faites pour servir de réfuge à tout être sans asile. Là il ne fut pas nécessaire de dire : ouvrez-mor la porte, car la porte était ouverte , et j'entrai sans opposition. Je montai sur une meule de foin et m'y ctendis en remerciant Île ciel de
rit un
me de- In ant, quis’'est tre bienpouvons réponse es droits l'hospi-u est si remonnutiles.
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qui me éricureétaient ns asile.
reZz-Mot j'entrai cule de ciel de
m'avoir procuré un si bon lit. Quoique mon esprit füt loin d'être dans cet état qui dispose au repos, mon corps était tellement fatigué de la course que j'avais faite dans les bois, que je fus bientôt profondémentendormi ; il était déjà grand jour lorsque je m'éveillai : je me remis aussitôt en route sans me présenter à la maison, nipounr me plaindre de l’inhospitalité de ses habitans, ni pour les remercier de l'abri que j'avais pris contre leur gré dans la grange. J’arrivai au château du colonel Simons, avant l’heure du déjeùner ; je ne me fis pas prier pour manger les excellentes choses que le colonel me fit servir; et je l'avoue, je n'ai déjeüné de ma vie avec autant de plaisir. L'accueil vraiment amical que je reçus dans cette maison rendit à mon esprit le calme et la sérénité dont il avait besoin , et l’empressement qu'il mit ainsi que sa famille à découvrir l'individu qui m'avait refusé l'entrée de sa cabane , me prouva que, quoique en général les habitans du Haut-Canada soient peu hospitaliers, le nombre de ceux quitraitent siinhumainement le voyageur égaré doit étre fort rare.
Après avoir passé quelque jours chez le co-
lonel Simons de la manière la plus agréable, je partis pour Yorck, afin de continuer ma route pour Montréal en passant par Kingston.
J'ai déjà décrit le chemin qui va du lac Ontario à York. Celui d’York à Kingston suit une direction parallèle au lac Érié, et traverse les territoires de Scarborough, Pickering , Whitby, Darlington , Clarke , Hope, Hamilton, Haldemand, Cranake, Murray, Sydney, Thurlow , Richmond, et Earnestown. On rencontre sur cette route les villages d'Hamilton et de Belleville.
Les colons de ces territoires ne paraissent pas être dans une situation aussi aisée que ceux des districts de Gore, de Niagara et de Londres. 11 faut cependant en excepter ceux de Sydney, Thurlow et Richmond qui sont plus riches en bestiaux que ceux d'aucune autre partie de la province.
Je m'arrêtai peu de temps à Kingston et me dirigeai sur Montréal. Le chemin suit les bords du Saint-Laurent, et s’en écarte si peu, que je le perdis rarement de vue, excepté en traversant une partie du comté de Glengary. Le lendemain de mon départ de Kingston. j'en-
trai dans la seigneurie de Longueille, qui est, dans le Bas-Canada, l'établissement le plus voisin de la ligne de démarcation entre les deux provinces. La taverne dans laquelle je m'arrêtai, était tenue par une vieille dame , dont les rides ct les traits annonçaient qu’elle avait cinquante ans et plus. Bien qu'elle eût passé sa vie à recevoir les voyageurs, elle ne savait pas un mot d’'Anglais : elle aurait trouvé fort agréable de m'entretenir en mauvais français; mais comme il y avait dans cette maison une douzaine de demoiselles qui parlaient , du moins la plupart, passablement l'Anglais, je fis peu d'attention à la vieille dame qui vraiment ne pouvait inspirer beaucoup d'intérêt: une taille longue et efflanquée, une figure décharnée, des yeux verds, entourés d’un cercle de pourpre, quiles faisait ressembler à des émeraudesmontées sur des saphirs ,une voix cassée et discordante , qui répétait à chaque instant : jilles, allez à vos rouets ; tels étaient les attraits de ma charmante hôtesse. Elle paraissait accorder sa principale affection à un matou taillé sur le même modèle que sa maîtresse , et dont les yeux avaient les mêmes couleurs et la même
” er
en
230 LETTRE XXXVL
expression ; assis aupres d'elle, sur un fauteuil qui lui était uniquement destiné, ce cher animal suivait tous les mouvemens de J'hôtesse et était parvenu à limiter à tel point, que je crus l'entendre aussi prononcer distinctement ces paroles : filles, allez à vos rouets.
Jedoisconvenircependant queje fus fort bien traité dans cette hôtellerie , et que je trouvai dans la vieille hôtesse et dans ses jeunes assistantes, cette politesse, cette urbanité et ces attentions agréables aux voyageurs qui contrastent si fortement avec les manicres rudes et impolies des aubergistes du Haut-Canada.
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thien ouyai assiset ces | COnrudes aada.
LETTRE XXAVIE.
Maurs et coutumes du Bas-Canadu. — Etat de la société à Montreal, — Sa division en quatre classes. — Vanité des parvenus. —Remarques de M. Lambert sur les infidélités conjugales. — Procession annuelle des catholiques romains — Cérémonies nuptiales. — Réjouissances à l'occasion du nouvel an. — Charivaris. — Bonheur dont jouissent les habitans du Bas-
Canada, quoique privés d'éducation.
Dans quelqu’une de mes lettres , je vous ai donné une esquisse de la ville de Montréal. Je vais chercher maintenant à vous peindre ses habitans.
Les négocians sont la plupart d'origine anglaise où américaine. Il est fort peu de Canadiens d’origine française, qui exercent le commerce : ils paraissent en général ne pas
avoir cet esprit industrieux ct entreprenant qui leur serait nécessaire pour pouvoir lutter avec les Anglais et les Américains. La plupart de ceux qui ont fait fortune à Montréal (et le nombre en est assez considérable) sont des émigrans anglais et écossais, nés dans la classe ouvrière, et qui ont conservé l'ignorance et la grossièreté de leur profession.
La population de Montréal est, par une sorte d'accord unanime, divisée en quatre classes : la première comprend les officiers civils ct militaires , les hommes les plus recommandables dans la jurisprudence, la médecine et le clergé , et les membres dela compagnie du nord-ouest : dans la seconde, sont les riches marchands : la troisième comprend les boutiquiers et les artisans les plus aisés ; et la quatrième se compose de tout ce qui est confondu en Angleterre sous la désignation de hasses classes.
Dans les vingt dernières années, plusieurs individus de condition fort obscure, ont acquis une fortune considérable à Montréal. Ce qui est fort remarquable, c'est que , quoiqu'il y ait à peine dans cette ville, (je ne parle pas de
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LETTRE XXXVIL. 241
la première classe), cinq ou six familles dont le rang, avant cette subite élévation, fût audessus de celui des valets ou des artisans , ils montrent autant d'orgueil et de prétention aux distinctions aristocratiques , que pourraient le faire les plus anciennes familles patriciennes de l'Europe. Le «-devant charpentier, l’ex-tonnelier, n'ont pas plutôt quitté les outils de leur profession, qu'ils affectent les airs de la noblesse, et regardent d’un œil de mépris leurs confrères moins heureux. Rien ne peut mieux caractériser l'extrême vanité de ces favoris de la fortune, que leur empressement à saisir toutes les occasions %Vaccoler , à leur nom, le titre d’écuyer. d'a ::::5 ce moment sous les yeux un journal qui contient trois avertissemens dans lesquels cinq personnes sont désisnées sous ce titre : et de ces cinq individus , deux sont charpentiers, et travaillent encore de leur métier ; un troisième , autrefois plâtrier, s’est fait marchand d’eau-de-vie ; le quatrième à quitté la profession de tonnelier pour vendre l'épicerie en détail : enfin , le cinquiéme est peintre et vitrier.
Les divertissemens publics à Montréal, se Toue IE 16
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