PRES TE
240 LETTRE XXXVIL.
ou un traineau, il n'est pas rare de voir dau: ces occasions plus de cinquante voitures réunies. On y observe néanmoins le plus grand ordre. La future et le père du futur ouvrent la marche, suivis des parens de ce dernier. Viennent ensuite les parens de la fiancée, et après eux, le futur avec son beau-père qui ferment la marche. On arrive à l’église dans cet ordre, et après la cérémonie nuptiale , le cortège parcourt les principales rues de la ville, jusqu'à ce que les chevaux soient exeédés de fatigue. Toute la société se rend ensuite à la maison du père de la marice, pour prendre part à un banquet qui, dans les occasions de cette espèce, est toujours préparé avec le plus grand soin, et avec cette recherche gastronomique dans laquelle les cuisiniers français ont acquis une si grande réputation. La soirée se passe dans la joie et les amusemens. La danse, la musique , les jeux de cartes, durent souvent jusqu'à ce que le jour vienne annoncer qu'il est temps de se séparer.
Il existe encore en Canada plusieurs coutumes , que je crois apportées de la France. Le nouvel an est une des fêtes les plus exactement
voir dus ures réulus grand uvrent la ier. Vien- , et après i ferment et ordre, rtège par- , jusqu'à e fatigue.
naison du art à un cette eslus grand onomique pnt acquis e se passe
anse , la t souvent èr qu'il est
eurs Courance. Le actement
LETIRE XXXVII. 247
observées , et est spécialement consacré à se visiter et à se fêter mutuellement. Tout maître de maison, soit à la ville, soit à la campagne, a, ce jour-là, sa table chargée de vins délicieux, d'excellentes confitures et de gâteaux de toute espèce. Les hommes doivent aller de maison en maison, pour porter réciproquement les vœux et les complimens de leur famille , et prendre leur part des friandises qui se trouvent partout préparées. À leur entréc dans l'appartement de réception, les hommes embrassent sans cérémonie toutes les femmes.
Les dames françaises présentent leurs joues ; mais les anglaises , suivant l'usage de leur pays, reçoivent le chaste baiser sur leurs lèvres. Ces fêtes durent trois ou quatre jours : faut-il attribuer cette prolongation au plaisir que les dames ont d’être embrassées , ou au goût des hommes pour le vin et les liqueurs ?
Un autre usage, quelquefois très-déplaisant pour les uns , et fort amusant pour les autres, est encore en vigueur dansle Bas-Canada ; c'est ce qu'on appelle le charivari. Quand un jeune homme épouse une veuve , ou un veuf une jeune fille, les habitans du quartier se réu-
nissent ; et armés de cornes de bélier , de vicilles chaudières, de trompettes d'étain et d’autres instrumens de musique ou de guerre aussi bruyans , ils se dirigent vers la maison du nouveau couple, et demandent le paiement de la taxe imposée par un antique usage. Le taux en est fixé d'après l’état de la fortune des parties qui doivent l’acquitter. Si on ne paie pas de suite , la maison est étroitement bloquée , ct exposée pendant plusieurs heures à un feu continuel de brocards bien scandaleux. Pendanttout ce temps, la bande anti-harmonieuse ait entendre the cuckold’s marck , (la marche du coucou), ct d’autres airs également offensifs, arrangés pour la circonstance. Si la somme demandée n'est pas payée à cette première sommation, la même cérémonie se renouvelle le lendemain et les nuits suivantes, jusqu'à ce qu'enfin les assiégés, fatigués de ces hostilités, se déterminent à capituler.
La somme demandée en ces occasions, s’élève quelquefois jusqu'à cent livres sterling. Quoique les magistrats fassent tous leurs efforts pour empêcher ces assemblées illégales , est rare qu'ils y parviennent ; les principaux
cilles tutres aussi |noude la taux s parie pas quée ; in feu Pennieuse arche offenommce mière uvelle u’à ce ilités,
LD Ds S erling.
q'S efrales , paux
LETTRE XXXVIL. 249
personnages du pays en sont souvent les instigateurs , et l'opposition qu'on y met, ne sert souvent qu'à les rendre plus nombreuses et plus opiniâtres. Les amendes arrachées aux nouveaux époux sont employées au profit des institutions charitables de la ville. Un tel état de choses prouve l'insuffisance et l’inefficacité de la police: mais cette insuffisance est généralement sentie dans toute l'Amérique, et plus spécialement dans le Canada. On doit l'attribuer en partie à ce que la civilisation est moins avancée dans les colonies que dans les vieux États de l'Europe ; et aussi à ces idées absurdes d'indépendance et de liberté, qui dominent toute la population blanche du nouveau Continent.
Pendant inon séjour à Montréal, dans l'hiver de 1821, une veuve trèsriche , épousa un jeune homme em ployé au commissariat du département des colonies : deux nuits après la célébration du mariage , on vint demander à l'époux ,; en la manière accoutumée, une somme de cent livres sterling; au profit de la société des dames charitables, société dont la nouvelle mariée était elle-même la présidente.
Voici le récit de ce qui se passa en cette occasion.
Le soir des noces et le lendemain se pas-
sérent d'une manière tranquille et fort décente ; mais le troisième jour, on vit se former devant la demeure de l’heureux couple, une nombreuse réunion d'amiset de connaissances, uniquement dans l'intention de féliciter les nouveaux mariés, et de demander le présent d'usage en faveur des pauvres. Il n'est pas ordinaire qu'on se rende à la première sommation, et ç'eût été d'ailleurs montrer de la pusillanimité. La réunion investit donc la maison dans les formes ; et après quelques heures de blocus , on se retira. Le soir du jour suivant, les opérations furent reprises. Les assiégeans , considérablement renforcés , s'étaient donné rendez-vous au vieux marché. Il y avait parmi eux environ quarante masques vêtus en turcs, en persans, ou dans d'autres costumes grotesques. Après quelque temps donné aux dispositions, ceS personnages se mirent en marche à la tête d'une colonne de plus de 500 personnes , au son harmonieux des trompettes et des cornes de vaches. Ils firent ainsi le tour
D = Gp © ut pd ji
le
te OC-
» pasrt déormer , une ances, er les résent pas Ormmala pumaison ires de ivant, eans ; donné parmi turcs, s grox disnurche O perttes et
e tour
d'une partie de la ville, et revinrent dans la rue Saint-Paul. Jusque-là, tout s'était passé assez paisiblement ; mais arrivé près du magasin d’habits du sieur Wragg , le cortège fut accueilli par le chef des constables , suivi de ses mirmidons, et reçut l'injonction de se séparer. Le mot bâton , énergiquement répété , fut la seule réponse à cette sommation. Découragés par cette parole très-significative, les compagnons du constable s'ouvrirent à droite et à gauche , et laissérent passer la menacçante colonne. Elle continua sa route par la rue &t.- François, jusqu'à l'hôtel de la banque du Canada, où le guet se présenta, et somma de nouveau le cortège de se séparer ; il reçut Ja même réponse. Alors les gardiens de nuit se jetérent au milieu de la foule, et arréterent à droite et à gauche ceux qui leur tomberent sous la main : il s'ensuivit un violent combat ; l'on joua de part et d'autre des bâtons; les sabres de bois frappèrent les baguettes des constables. sans respect pour la marque royale :
les coups furent distribués avec profusor: , et les cris des combattansretentirent au loin: bientôt la supériorité du nombre décida !4 victoire.
Le D 2 I ETS
Les gardes de nuit, après une courageuse résistance, prirent la fuite : les uns se retirèrent prudemment dans leurs maisons ; les autres, plus courageux, se replièrent sur leur corps-degarde. Les vainqueurs les poursuivirent jusqu'à la porte de cette forteresse, et ayant appris que quelques-uns des leurs pris en flanc par l’arrière-garde ennemie, avaient été amenés prisonniers , ils envoyèrent un parlementaire pour demander leur liberté. Mais la vaillante garnison qui avait repris courage dans sa citadelle, répondit par un refus, et se prépara à une vigoureuse résistance. Malheureusement le chef constable , ce redoutable personnage, premier auteur de l’aggression , qui était entré dans le corps-de-garde par un poterne, afin d’encourager sa troupe , ayant avancé la tête pour reconnaître ce qui se passait à l'extérieur, fut reconnu par jes assiégeans , qui poussérent à l'instant un cri effroyable d’hostilité. Aussitôt ils firent avancer une grosse poutre qu'ils employèrent en forme de bélier, pour enfoncer la porte : les morceaux de bois , les boules de neige ct d’autres projectiles de la même niture, furent employés avec profusion, pour
sn
ch en à
e rérent tres , s-desqu'à s que l'ar- ; pripour arnilelle , 1e vichef eunier ans le icour rC- ", fut ent à ssitôt
emnecr es de c nipour
seconder les efforts du bélier. La porte ne put résister à tant d'attaques, et fut bientôt mise en éclats. Les assiégés se replièrent dans une arrière cour : poursuivis dans ce dernier asile, ils ne durent leur salut qu’à leur agilité, à franchir un mur de palissades, qui les mit à l'abri de la poursuite des vainqueurs. Les prisonniers furent ramenés en triomphe , et les charivarites , après avoir fait encore quelques tours dans la ville, se dispersèrent. Le lendedemain de cette scène tumultuéuse , il fut tenu une session spéciale des magistrats, qui fit publier une proclamation pour défendre les charivaris, et pour inviter toutes les personnes bien intentionnées à se joindre au corps municipal , et à l’aider à dissoudre le rassemblement, s’il se formait de nouveau. Cela n’empêcha pas une réunion plus nombreuse que celle du jour précédent, de se présenter, sans rencontrer d'obstacle, à la porte des époux. Peut-être serait-il arrivé quelque évènement sérieux , si le nouveau marié n'eût sagement pris le partie de se montrer à une fenêtre et de capituler. Enfin, le cinquième jour, la société des dames bienfaisantes recut cin-
254 LETTRE XXXVIL.
quante livres sterling , qui vinrent ajouter aux œuvres de charité que faisait chaque jour la veuve remariée. Ainsi se termina ce charivari ; il était composé principalement de marchands et d'artisans de diverses professions ; mais il fut ensuite grossi par une foule d’autres personnes , attirées par la nouveauté du spectacle et par le désir de s'amuser. Plusieurs individus furent néanmoins arrêtés.
Je ne terminerai pas cet article sur le Bas- Canada , sans vous assurer que dans les établissemens ruraux de cette province, quoique les habitans soient, en général, dépourvus d'éducation, et privés des moyens de se la procurer , j'ai trouvé plus de bonheur réel, plus de véritable politesse , un plus grand respect pour la religion, et une plus grande union entre eux que dans aucun des pays que j'ai parcourus. C'est à l’agriculture qu'ils doivent cette heureuse existence. Quiconque voudra voir la vie rurale et la félicité qu’elle procure dans leur perfection, doit aller visiter la demeure d’un Canadien-français. Moi-même, si je pouvais bannir de mon cœur les doux sentimens qui m'attachent à ma terre natale, si
Faux ur la vari 3 \ands ais il perspecsieurs
Bass étaoique urvus se la réel , d resrande pays qu'ils nque u’elle isiter ême,
sen-
e, si
LETTRE XXXVIL. 25)
je pouvais oublier les amis dont l'Océan me sépare , je construirais une ücmeure champêtre au milieu des modestes cabanes du Bas- Canada : dans cet heureux séjour , exempt de soucis et d’inquiétudes, je passerai doucement ma vie au sein du repos, au milieu d’un peuple doué des vertus sociales, livré à d’innocens amusemens, et dont tout l'extérieur annonce le bonheur et la gaieté.