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Les femmes sont en général au-dessus de la taille moyenne : leurs formes sont légères , mais sans élégance. Elles sont d'une päleur extrême ; et quoique quelques-unes aient de beaux yeux noirs, il en est peu qui puissent se vanter de posséder ces charmes irrésistibles qui maîtrisent les cœurs et captivent les affections. Elles se marient presque au sortir de l'enfance , et ellesmontrent souvent des symptômes de vicillesse, avant d’avoir atteint l’âge de trente ans. Même à vingt-cinq ans et quelquelois avant, elles ont l'œil morne et le regard abattu. Leur conversation , si on peut dire qu’elles en ont une , n'est jamais intéressante , etn'arien qui dédommage de l'absence des agrémens physiques qui leur manquent. A peine peut-on trouver dans le pays une femme de vingt ans qui n'ait pas perdu la moitié de ses dents , et qui puisse espérer de conserver longtemps l’autre moitié. Elles sont aussi très-sujettes à des tumeurs au cou , ordinairement appelées goîtres. On dit que cette fâcheuse maladie prend sa source dans le fréquent usagé de l'eau de neige. Mais comme les habitans des contrées voisines des glaciers, qui ne boi-
vent que de cette eau, ne sont cependant pas affectés de ces tumeurs, il paraît qu'on ne doit point attribuer les goîtres à cette cause. Guthrie dit que les habitans de Naples , ceux de l’île Sumatra , de Putna et de Purnéa dans les Indes Orientales où la neige est entièrement inconnue, sont très-sujets aux goîtres.
S'il en est ainsi , il est évident que cette maladie doit avoir une toute autre cause. Plusieurs personnes pensent que dans le Canada,comme dans les autres contrées mentionnées par Guthrie , l’eau est imprégnée de certaines particules délétères qui engendrent les goîtres. Cettethéorie est néanmoins susceptible de réfutation. Car si l’eau en était la cause réelle , les hommes qui en boivent quatrefois plus que les femmes seraient également affectés de cette maladie, ce qui n’a point lieu. Vous devez donc, si vous êtes curieux d'éclaircir ce point, vous adresser à quelques personnes d’un jugement plus compétent que votre correspondant. Il me reste seulement à remarquer que, chez les personnes affectées de cette infirmité , le cou enfle d’une manière prodigieuse , mais sans aucune douleur , et qu’elle n’a d'autre fâcheux
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LETTRE XXI. 65 effet que celui de défigurer la malade; et par cela même de lui être infiniment désagréable. Je crois devoir transcrire ici les remarques faites à ce sujet par le professeur Dwight, pendant ses voyages.
« Parmi les maladies existantes en Canada, il en est une qui doit être essentiellement attribuée à la nature même du pays, et non pas uniquement au peu de temps d’où date son défrichement. On l'appelle en Suisse , goitre, ou hernia gutturis. J'ai appris par l'honorable Uriah Tracy , récemment nommé Sénateur des États-Unis par le Connecticut, que cette maladie est assez répandue .duns une grande partic des régions qui se trouvent au nord de l'Ohio et à l'ouest des montagnes Alleghany. M. Tracy fut employé par le gouvernement américain dans une mission importante qui le mit dans la nécessité de parcourir et de visiter une grande partie de ce pays. En conséquence, il traversa la Pensylvanie en passant par Pittsbourg et Presqu'ile. Là il s'embarqua sur le lac Erié, pour se rendre à Détroit. Puis il alla à Michilimackinac, et ensuite au lac Supérieur. De Micatlimackinac, revint à la crique de Buffalo, etse
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dirigea vers Albany par le grand chemin de l’est. Dans cette excursion, il trouva que les oîtres étaient très-nombreux dans les plus anciens établissemens ; qu'ils l'étaient moins dans les nouveaux ; mais qu'ils existaient à differentes distances dans toutes ces régions. Plusieurs autres personnes m'ont confirmé lerécit de M. Tracy. Je regarde comme certain que cette infirmité existe entre Bufjalo et Utica, non pas peut-être dans tous les territoires , mais de manière pourtant à indiquer qu'elle est inhérente au pays. En 1969, il n'y avait dans la paroisse de Clinton que deux familles qui en fussent attaquées. À l'extrémité septentrionale du pont qui traverse le Mohawk à Utica, il y avait en 1709, dans le territoire de Deerfield , une famille composée de dix à onzeindividus qu'on 1a'assura avoir tous des goîtres.
« Les personnes afligées de cette maladic ont, ainsi que cela est bien connu, des tumeurs «u Cou, qui s'élèvent également sur le devant ou sur les côtés. Ces tumeurs sont de toutes les dimensions , depuis la plus légère protubérance , jusqu’à la grosseur la plus considérable ; elles sont accompagnées de roideur
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dans le cou, et d'une légère douleur ibituelle ; très-fréquemment aussi d'un grand abattement. Les souffrances du malade s’accroissent par le froid, et presque par toutes les autres infirmités. Les femmes sont plus sujettes à ces maladies que les hommes, et en souffrent beaucoup plus. Il en est de même des personnes d’une constitution faible et des enfans. Lorsque le goitre est porté au plus haut degré , il devient une difformité tres-pénible , non seulement comme protubérance extraordinaire , mais encore en ce qu'il donne un aspect désasréable aux traits, surtout aux yeux. Cette difformité augmente ordinairement tant que le malade continue à demeurer dans le même lieu , ou à observer le même genre de vie qui l'a produite; mais s'il se transporte dans un pays où cette maladie n'existe pas, il n'est pas rare qu'elle diminue. et quelquefois même , qu'elle disparaisse cnticrement.
« L'existence de cette infirmité dans une si grande étendue de pays, est, je pense, sans exemple dans le monde: si elle se propage généralement parmi les habitans de ces régions.
elle devra nécessairement finir par affecter plu-
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