‹ Voyage au Canada [microforme] (volume 3)Chapitre 8 sur 39 · HE A VUE PR · texte numérisé non relu

HE A VUE PR

derangés par la présence des dames. Apres le souper. les danses reconimencent, et se terminent rarement avant que les ombres de la nuit soient dissipées. et que la belle aurore éveille la nature.

Les hommes de la premiere classe en Canada. sont d’une origine tres-obscure. à quel ques exceplions près, extrêmement rares ; le plus grand nombre ont fait fortune dans Île pays. en commencant de la manière Ja moins relevée. Mais bientôt ils prennent un extérieur agréable , et nele cèdent guère, ni pour la bonne mine, ni pour l'adresse, aux gentlemen qui habitent les campagnes de l'Angleterre ; quant aux femmes de cette classe, elles sont en gencral bien loin d'obtenir les mêmes succès, et d'acquérir autant de moyens de plaire qu'on en trouve chez les dames anglaises ou irlandaises qui ont reçu une bonne éducation. Un concours d'événemens fortuits peut exercer une grande influence sur l'extérieur des homines , mais ne produit pas le même effet sur les lemmes. Lorsqu'une fois le maintien et les habitudes d'une femme ont pris une direction

quelconque, c’est en général pour la vie: et au

() LETTHE XXIN.

milieu des vicissitudes et des changemens subséquens de situation. elle continue à conserver dans ses regards, dans ses gestes. quelque chose qui rappelle son origine, quels soins quelle puisse prendre pour la dissimuler.

Ce n'est pas sans beaucoup de vérité, que le docteur Johnson a dit, qu'il était extrèmement facile de distinguer une femme de qualité entre dix mille, dont l'origine serait obscure.

En Canada, on tient peu ou point du tout à la fortune pour les mariages , et comme il est très-rare que les parens gènent les inclinations de leurs enfans . les hommes etles femmes se marient tres-jeunes. Une femme qui à le malheur d'atteindre sa vingt-cinquième année sans s'être présentée devant l'autel de l’hymen. est généralement considérée camme ayant passé le Zénith de sa gloire, et ne conserve plus aucun droit aux attentions marquées de l'autre sexe. À cette période de la vie, la plupart des femmes Canadiennes se voient entourées d’une nombreuse suite d'enfans ; et pour dire la vérité , le beau sexe est tellement apprécié dans toutes les parties de l'Amérique , qu'une vieille fille vest considérée comme rara avts ên terris,

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et qu'on en trouve dans très-peu de maisons.

Sans l'importation des dictionnaires anglaisen Canada, cette désignation même y eût été à peine connue. ll est facile d'expliquer les motifs pour lesquels les femmes sont si recherchées dans ce pays. Tout homme industrieux peut y acquérir les moyens d'entretenir une famille dans l’a'sance ; et la vie isolée d’un célibataire , dans un pays si peu habité, a non-seulement d'innombrables inconvéniens , mais encore est privée de toute relation sociale et de toute jouissance domestique. Il en résulte que tout homme qui à atteint sa vingtième année sempresse de se marier. Le nombre des hommes émigrans, qui arrivent annuellement sur tous les péints de l'Amérique , comparé à celui des femmes , est, d’après un calcul modéré, dans le rapport de trois à un. Les femmes sont donc des objets très-rares, et très-recherchés dans le marché Canadien 3; et la rareté d'un article quelconque ( pour emprunter le langage mercantile), augmente nécessairement son prix . ét souvent en augmente aussi la demande. Ainsi, quoique les femmes vaillent 75 pour cent de moins que nos belles compagnes

72 LEVIRE XXIV.

curopéennes , elles sont mises à un plus haut prix, et infiniment plus recherchées. Quoique rarement exemptes des atteintes de la calomnic avant de se marier , on dit qu'elles deviennent de bonnes épouses, pour les époux indulgens qui n'ont pas de répugnance à partager avec leurs voisins les affections de leur moitié.

En Canada, les hommes paraissent fort adonnés à la boisson. Les cartes et les courses forment leurs principaux amusemens.

Sur plusieurs points de la province , ils sont dans l'habitude de se réunir dans des tavernes où ils jouent fort gros jeu , et boivent sans mo-

dération , ne rentrant presque jamais chez eux

sans être dans un état complet d'ivresse. Ils aiment beaucoup les liqueurs de la Jamaïque, l'eau-de-vie , l’absinthe , et ne font pas souvent usage de vin ni de punch. Le grog et l’eau-device pure sont leurs boissons ordinaires ; ils en boivent à volonté à toutes les heures du jour et de la nuit. |

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LiTTRE XXV. 70

LETTRE XNXV 414 4 L\. °

Suite des mœurs et usages du Haut-Canala. — Seconde classe de Lx société. — Les femmes.

Mariages. — Galanterie. — Leurs idées peu délicates sur la chasteté. — Anecdote. —

Complaisance extreme des cpoux.

Dans ma lettre précédente, je vous ai fait connaître les manicres et les usages des hautes classes de la société canadienne ; je me propose,en ce moment , de vous entretenir de la classe inférieure, à laquelle, dans des régions plus civilisées , vous donneriez le nom de classe moyenne.

Cette classe de Canadiens est extrémement grossière : sa conversation est en général tri-

viale . et méme obscène. Je vais vous la dé-

peindre , et j'aurai soin de ne pas charger les tableaux.

La seconde, ou basse classe, ne différe pas très-essentiellement de la première, dans ses usages et dans ses manières; elle est moins instruite et plus curieuse : ceux qui Ja composent, se marient aussi très-jeunes. Par une loi de la province , le père a droit au produit du travail de son fils, jusqu’à ce qu'il ait atteint sa vingt-uniéme année, époque à laquelle ilse considère comme dégagé de l'autorité paternelle : les femmes de la classe dont je parle, reçoivent une éducation très-peu soignée; elles sont extrêmement adonnées au plaisir, et occupées de leur toilette jusqu'à l’extravagance ; elles sont d'une propreté et d’une recherche remarquables pour tout ce qui tient à leur maison ; mais négligent leurs personnes, excepté lorsqu'elles vont faire des visites. Quoiqu'elles vivent fort retirées , il n’y en a peut-être pas, dans le monde, qui soient plus désireuses de parures. Si le produit des travaux de leurs époux ou de leurs parens, ou si l'influence de leurs charmes personnels, pour ne rien dire de plus, peut leur procurer une splendide garde-robe , elle:

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Vous avez vu précédemment que les Cana-

*. diens se marient très-jeunes ; mais comme il y

a dans leur système de galanterie quelque chose que vous ne pouvez parfaitement connaître, je vais vous en donner une légère esquisse.

J'ai déjà dit que la fortune est rarement l'objet des recherches conjugales d’un américain. Ilest notoire qu'on n'en parle jamais dans aucune partie du Canada, si vous en exceptez un petitnombre de villes et de villages,où les usages d'Europe prévalentsurceux de l'Amérique. Dans plusieurs parties de ces contrées , surtout dans

les nouvenux établissemens . les femmes sont

tellement recherchées, que le père qui a ce qu'on appelle une jolie fille , la vend au plus

“haut acheteur, et en obtient souvent un prix

tres-élevé. Mais cela n’est point général, et n'arrive que quand il se présente un grand noinbre de concurens. Alors le plus riche d'entre eux , en graissant la patte du père.

—() LETIRE XXV.

obtientla preférence surses compétiteurs moins heureux. Vous ne devez pas pourtant induire de là, que les femmes, icicomme en Europe.

se laissent diriger plutôt par les avis de leurs parens , que par leur propre inclination. lors qu'il est question, pour elles, du choix d'un époux. Ce serait une induction très-crronnée ; car lorsqu'une belle Canadienne a atteint l'âge de 18 ans, elle pensera plutôt à consulter les étoiles, qu'à demander l'approbation de son père ou de sa mére pour contracter un engagement matrimonial : à dater de ce moment.

elle se considère comme indépendante. et trèscapable de choisir par elle-même ; et, par conséquent, elle agit uniquement d’après sa propre impulsion ; mais jusqu'à la dix-huitième année , elle est considérée par le père comme sa propriété, bond fjide ; et il consent rarement à la marier avec un homme qui n'en agit pas à son égard de la maniere que j'ai décrite ci.

dessus.

Lorsqu'un jeune homme à atteint sa majorité. il est rare qu'il continue à demeurer sou: le toit paternel ; s'il y reste, il est obligé d'

payer son logement et sa nourriture, lors

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qu'il ny travaille pas; et s'il y cstoccupe, son travail lui est régulièrement pavé comme il pourrait l'être à un étranger. Il est naturel de supposer que les jeunes gens qui se trouvent dans une semblable position , doivent être tres-impatiens d'en sorur : aussi à peine ontis acquis la liberté d'agir pour leur propre compte, qu'ils songent à se marier. Pour que ce changement puisse avoir lieu, la construction d'une maison est un préliminaire indispensable. Une fois cet important ouvrage terminé ils s'associent aussitôt à tous les soucis ct à tous les plaisirs de fa vie conjugale.

Le mariage en Canada est invariablement un acte de convenance, et même de première nécessité, dans lequel le choix ou le goût n'exercent pas une grande influence : les affecions sont rarement engagées: il est méme presque impossible que cela soit. Car à peine les femmes de ces contrées ont-elles quitté les vétemens de l'enfance, et pris Les regards à pré. tentions, les attitudes un jeu croquettes d’ispirantes au mariage, que, semblables aux fleurs nouvellement écloses , elles sont enlevées à 11

lige qui les a vu naitre. et presses sur le sein

AN LETTRE XNXV.

de quelque jeune amant impatient d'en obte nir la possession. Ï] serait fort inutile, pou quel homme que ce fût, de diriger ses pensée: vers une femme en particulier, avant la se.

maine même où il se propose de se marier ; cai chaque femmie de cette classe est achetée , pour ainsi dire, aussitôt qu'elle parait au marché. Aujourd'hui ce sont des enfans : demain elle: sont des femmes, le jour suivant des épouses ; Se et souvent elles sont méres avant l'expiration 9e à l d’une semaine. qu

Lorsqu'un Canadien part pour aller faire une | demande matrimoniale, il est rarement accompagné d’un ami. Seul et sans se faire presenter, il va rendre visite au bel objet sur le- +

quel il veut fonder toutes ses espérances de da

bonheur däns ce monde. En arrivant à la jus

maison du père, il se présenté comme garcon, ai

et si l'accueil qu'il reçoit lui parait favorable, Li HA | il fait familierement la conversation avec toute pé | | la famille jusqu'au soir. Lorsqu'il commence doi il à ètre tard, il lui est permis d’avoir un entre- pe | lien avec la jeune demoiselle, seulement pour ph

| savoir si elle lui permet de réitérer sa visite le . ch

lendemain soir ou tout autre jour suivant. Ni

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elle na point d'engagement antérieur, il est rare qu'elle rejette l'humble supplique de ce nouvel adorateur. Lorsque le moment fixé arrive, il parait seul comme la première fois, et il est recu avec des attentions marquées : tous les mets délicats que fournit la saison. sont préparés pour fêter son retour. Jusqu'au moment où l’on prend le thé, il a rarement l’occasion de s'entretenir avec sa belle future, occupée à préparer les innombrables articles qui composent un banquet canadien. Aussitôt aprés le thé ou le repas de l'après-midi, ainsi qu'on l'appelle, la famille se retire pour se reposer, laissant le héros et l'héroïne en pleine possession de la chambre où s'est fait le repas. dans laquelle, pour le plus grand agrérnent de semblables visiteurs, un lit occupe invariablement un coin. Îls restent dans cet appartement jusqu'au lendemain matin. Je ne suis pas compétent pour juger comment se passe celte premiere nuit ; s'ils l'emploient à former des plans pour la prospérité de leur race future, ou à philosopher sur la meilleure maniere d'accroitre la population, ou bien s'ils font des recherches et des définitions sur l'origine des

SO LETTRE XXY.

passions. Quoiqu'il en soit, on S aJourne ioujours à une époque trés-rapprochce; et notre héros retourne chez lui r ‘prendre ses OCCUpations ordinaires, promettant de revenir dans un temps déterminé, pourvu toutefois qu'ils aient été mutuellement satisfaits l’un de l'autre dans cette premiere nuit.

À celle premiére entrevue, le prétendant l'ait des questions sur le caractère et le nombre des premiers amans de Ja demoiselle, et en meme iemps sur les causes qui onf empêche qu'elle s'unisse à l’un d'eux ; s’il est satisfait les explications qu'il reçoit, une nouvelle soirce est indiquée pour le second rendez-vous : mais si le mécontement vient de la demoiselle.

elle Jui fait connaitre avec candeur qu'elle ne

peut plus le recevoir en qualité d'amant. Le

gentleman en agit avee moins de franchise ;

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car, Si est déterminé à ne plus Fa revoir, il “éloigne sans en rien lémoigner, et fa laisse

ainsi dans unc incertitude pénible.

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LEZITRE XXV. S1

à l'intention de conduire à l'autel sa bien-aimée ; le magistrat en fait la notification à tous ceux qu'elle peut intéresser. en attachant une publication écrite sur les portes de tous les monumens publics des résidences respectives des deux futurs ; ces fonctions sont remplies par un ministre de l'église anglicane, s'il en existe dans un rayon de dix-huit milles du domicile d’une des parties contractantes. La publication demeure ainsi placardée pendant trois semaines consécutives ; à l'expiration desquelles , si personne ne se présente pour faire connaître quelque obstacle légal à l'union projetée des deux futurs conjoints ., ils sont solennellement déclarés mari et femme.

D'après mes précédentes remarques sur la conduite ct le caractère des femmes du Canada, il est extrêmement probable que vous regarderez la vertu comme entièrement bannie de cette partie du monde; mais vous ne devez me considérer que comme parlant en général et aon en particulier, et ne pas croire que je n’admets pas d'exception. Je puis dire au contraire que j'ai connu dans ces contrées plusieurs femmes respectables qui pourraient être

loue DE. 6

52 ÆTTRE XXV.

reçues dans les cercles les plus distingués en Europe sans les déparer L'influence äu climat peut sans aucun doute produire quelque effet sur le caractère et la conduite des femmes , aussi bien que des hommes. Mais, en admettant cette opinion, je n'en suis pas moins convaincu que les circonstances dans lesquelles nous sommes placés, et les exemples de ceux qui nous enloureni ont un ascendant beaucoup plus puissant pour nous rendre vertueux ou vicieux :

jen vois un exemple frappant toutes les fois ne je compare les femmes d'Irlande avec celles tu Uantda. Souvent l'esprit et la beauté sont

pure ue des premières; mais la vertu est toujours à cars yeux le plus précieux des biens, et il est bien rare qu'on les voie s'en écarter. On ne peut en dire autant de la généralité de celles du Canada.

Il n'est pas vraisemblable . il est même presque impossibie que la vertu puisse se conserver pure et sanstache , dans un pays où les infractions à la chasteté ne sont point considérées comme des fautes sraves. On est si loin d'y attacher de l’inportance . dans le Haut-Canada ou

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ride, portant un enfant dins ses bras, n'est ni moins respectée ni plus exposée à l'animadversion publique , que si elle avait conservé fa pureté d'une vestale. Vous serez peut-être disposé à en douter; mais le fait n'est pas moins vrai : une femme canadienne. surtout dans les nouveaux établissemens, qui a deux ou iroisenfans prêts à être cle: és, est plus fondée à espérer de former une alliance avantageuse que celle qui n'en a qu'un; et , si on comparait ses prétentions inatrihinoniales à celles d'une pauvre fille solitaire qui n'a pa: les méines droits au titre de mère, on les trouverait infiniment supérieures. Je pense qu'on doit principalement attribuer cet état de choses au prix élevé du travail, Un hoinme assez heureux pour trouver une femme qui, le matin de son mariage, lui présente deux petis garçons

d'une santé florissante, réfléchit avec complai:

le dédommageront amplement par leur tra

vail du sacrifice qu'il fait de quelques absurdes

préjugés importés d'Europe.

C'est une maxime générale en Europe que

Sun homme ne se marie pas par intérét, is

marie par amour; mais ici, il en est peu qui se marient par l'influence d'une de ces deux passions. Convaincu que la solitude est nuisible à l'homme, surtout dans les déserts de l'Amérique, le jeune Canadien s'empresse de former de bonne heure la chaîne indissoluble du mariage. Cependant cette chaîne n'est pas toujours indissoluble : souvent l’homme ou la femme à su trouver le moyen de s’y sonstraire, avant qu’une douzaine de lunes ait succédé à celle qu'ils appellent {&« lune de miel. Il s'imprime à peine dans ces contrées un journal où on ne lise l'avertissement, donné par quelque époux abandonné , qu'il n'entend répondre en aucune manière des engagemens souscrits par sa femme.

Les Canadiens sont néanmoins les plus indulgens de tous les époux. Ils souffrent patiemment leurs injures et attachent si peu d'importance à la légèreté de leurs épouses que les séparations , quoique très-communes , ne peuvent que très-rarement être attribuées à quelque traitement sévere de la part du mari. Si leur côte fragile montre des dispositions à concou-

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