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nous retirions après ce refus, et nous allions retourner paisiblement à notre bateau, lorsque nous aperçûmes la porte de l'écurie ouverte: nous y entrâmes et nous venions de découvrir un peu de paille propre, sur laquelle nous espérions nous étendre ét passer agréablement la nuit , lorsque le propriétaire y vint, et nous ayant reconnus, nous ordonna en jurant de novs éloïgnér sur-le-champ. Nous fûümes donc “obligés de décamper et d'aller prendre sur le rivage notre station nocturne accoutumée.
Ce petit incident bännit le sommeil de nos M mn, paupières , et je me livrai, pendant la plus D Lo grande partie de la nuit, aux plus sombres ré- PS flexions sur l’avenir qui nous attendait. x
Nousemployämes, depuis le 18aoûtjusqu’au M premier septembre , à faire ce trajet qui n’est que de 120 milles. Je crois pouvoir dire, sans | crainte d’être taxé d’exagération , que pendant cette courte période , chacun de nous éprouva k ‘plus de tribulations : supporta plus de priva- ? tions , et donna de plus fortes preuves de cou- À rage et d'énergie que nous n'avions eu occasion : de le faire dans toutes les années de notre vie Di
qui avaient précédé cette époque. Pendant le
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jour , par suite du poids considérable de nos bagages , nous étions obligés d'aider les matelots à touer le bateau pour lui faire remonter le courant. Pour cela , nous étions souvent forcés de nous mettre dans l’eau jusqu'aux aisselles, et la nuit nous.n'avions pour reposer nos bras tremblans et énervés, que les bords inbospitaliers, de cette rivière de cataractes. Le neuvième jour de ce voyage amphibie , mon frère et moi avec plusieurs des colons, afin de rompre la triste monotoniede cette pénible navigation, nous quittâmes le bateau pour marcher pendant quelques milles le long des bords du St.-Laurent. Comme nous ne connaissions pas du tout le pays, nous avions soin de nous tenir toujours aussi près que possible du rivage, quidans cette partie, était complètement couvert de bois épais. Lorsque: nous cûmes ainsi parcouru environun mille , notre marche fut interrompue. par une grande étendue dé terre marécageuse absolument impraticable : avant que nous eussions tourné le marais-ct ensuite regagné le rivage, le bateau était hors de notre vue. Nous poursuivimes néanmoins notre routele long de la rive jusqu'aux
approches de la nuit. Alors nous aperçûmes à environ deux milles , en descendant la rivière, une lumière que nous présumâmes être celle du bateau. Cette conjecture sé trouva vraie. Il paraît que, dans notre empressement pour l’atteindre , nous aviovs dépassé le but et remonté trop haut. Comme la nuit était fort sombre , nous sifflâmes , nous criâmes, nous déchargeâmes nos fusils , espérant engager ainsi les bateliers à avancer et à nous prendre à bord. Mais tous nos efforts furent inutiles. Nous ne pûmes nous faire entendre , ni faire remarquer nos signaux. À la fin, un de nous découvrit une maison à environ un demi-mille de distance.
Cette découverte ne nous fit pas peu de plaisir: nous avions marché près de 10 milles , dans une forêt très-peu agréable, et àtravers des marais. La faim et la fatigue étaient les suites naturelles de notre course. Lorsque nous entrâmes dans cette maison ,et informâmes le propriétaire qui était un Américain , des circonstances qui nous forçaient à l'importuner, et à réclamer l'hospitalité, il murmura avec beaucoup de froideur quelques mots dont le résultat fut que nous pourrions , si cela nous
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faisait plaisir, coucher sur le plancher. Il était alors neuf heures, et jusqu'à onze, moment où la famille se retira, nous ne jouîmes pasun seul momentde la conversation de notre hôte, ni de son épouse. Quand ils nous curent quittés, nous nous étendiîmes sur le lit peu commode doni on nous avait accordé la jouissance, et après avoir dormi jusqu'à la pointe du jour, nous nous éveillâmes avec des douleurs dans tous nos membres.
Après avoir lu le récit de semblables incidens, vous vous ferez une idée peu avantageuse de l'hospitalité canadienne. Cependant un sentiment de justice m'a forcé de reconpaître que les familles qui vivent le long des bords du St.-Laurent ont été si souvent pillées, trompées , maltraitées de toutesles manières par les aventuriers mal intentionnés qui se rendent dans le haut Canada , qu'il n’eût point été étonnant que nous eussions été encore plus mal accueillis. à
La campagne de chaque côté de la rivière, entre Prescott ct Montréal , ressemble à celle qui est entre cette deruière ville et Québec ; avee cette différence que les maisons au-dessus
mA LETTRE Y,
de Montréal sont fort inférieures à celles que l'on voit au-dessous de la même ville. Jusqu'à environ 60 milles au-dessus de Montréal , presque . tous les habitans sont d'extraction française, etparlent toujours la langue de leurs ancêtres. À peine entendent-ils un mot d’anglais. Ils paraissent être d’une origine peu élevée. Les habitations sont construites en forme de chaumière et sont d’une grande propreté. Le voyageur qui peut trouver l’occasion de dépasser le seuil de leur demeure, verra rarement chez eux l'apparence de la misère ou du mécontentement. Depuis mon arrivée dans le pays, je n'ai pas vu une seule trace d’anxiété ou de souci sur les traits de ces peuples. Dans les villes , dans les villages comme dans les campagnes, tous les yeux brillent de contentement. On n'entend que le langage de l’indépendance. Hélas ! que le triste sort des Irlandais forme un.contraste afiligeant et pénible avec le bonheur des habitans de ces contrées !
La ligne qui sépare le haut Canada de la partie inférieure , coupe le St.-Laurent à environ 60 milles à l’ouest de Montréal. De cette ligne jusqu'à Prescott, on a le haut Canada sur le
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rivage du nord et l'état de New-Yorck sur le rivage du sud.
Les seuls villages entre Montréal et Prescott sont :
La Chine dont nous avons déjà parlé.
Point-.Clair à 18 milles de Montréal. Il a une église et un presbytère, et contient environ 100 habitans tous de la religion catholique romaine. C’est le seui village peu soigné de la province inférieure.
Les Cèdres consiste en quelques maisons principalement habitées par des mécaniciens.
Le Coteau du lac également peu étendu, mais plus important comme poste militaire ; un fort ayant été élevé dans le voisinage pour protéger les bords de la rivière et pour intercepter le passage de l'ennemi, s’il s’en présentait pour monter ou descendre le fleuve.
Cornwall, décoré du titre de ville , a plus d'étendue qu'aucun des villages que je viens de citer. Ilest situé à 86 milles de Montréal ; il a une prison, un palais de justice , une chapelle catholique-romaine , une maison presbytérienne : on y compte environ 50 maisons et
200 habitans. C'est là que se tiennent les assises pour le district de l’ouest.
Prescorr contientenviron 140 habitans: on y élevé un fort appelé jort Wellington. La navigation des bâtimens marchands recommence à cette ville et continue jusqu'aux chutes du Niagara.
Nous séjournâmes deux jours à Prescott , ct le 3 septembre , nous nous embarquämes pour York à bord d'un petit shooner , appelé {a Calédonie. Nous fimes en six jours ce voyage dans lequel nous eûmes à parcourir une distance de 240 milles.
Entre Prescott et Kingston , le St.-Laurent présente un aspect aussi sauvage que pittoresque. Lelac des Mille Tles, placé entreces deux villes , offre une combinaison délicieuse des scènes les plus variées de la nature, eten même temps les plus opposées : contraste qui donne encore plus de prix aux beautés que l'on y découvre à chaquepas.
Immédiatement à l'opposé de la ville de Prescott, sur le rivage appartenant aux Étatsunis, on trouve la ville d'Ogdensburg , et 12 milles plus haut sur la rive canadienne, est
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LETTRE V. 77 placé le délicieux village de Brookville, ainsi appelé en l'honneur de feu sir Brook si généralement regretté. Ge licu , vraiment enchanteur, réunit par sa situation toutes les beautés de la nature. Devant le village coule le fleuve de St.-Laurent, parsemé d'îles nombreuses de formes différentes, et couvertes debois touflus. Sur les derrières se trouve un assemblage de petites hauteurs . s’élevant l’une au-dessus de l’autre en forme d'amphithéitre ; et de chaque côté, on voit un grand nombre de fermes dans un état de culture très-avancé. Tout se réunit pour en faire un séjour délicieux. Les maisons sont construites en bois et peintes avec goût. Le palais de justice, placé sur un terrain élevé derrière le village , semble par sa situation dcminante veilleràlasûreté des habitans. Brookville contient 450 habitans. Il y à un presbytère ; mais jusqu’à présent, on n’y a pas élevé d'église. |
À 67 milles de Prescott et 79 de Brookville , on trouve la ville de Kineston à 44 degrés # minutes de latitude nord et 76 degrés 40 minutes de longitude ouest. Cette ville, bâtie en 1784 , est maintenant d'une haute impor-
tance pour les intérêts de l’Angleterre dans le Canada. C'est le dépôt maritime du haut Canada. Il est bien protégé par une forteresse appelée le fort Frédéric. On voit dans le port de Kingston, qui esttrès-profond et bien abrité, plusieurs grands vaisseaux : entr’autres le St.- Laurent, de 102 canons , qu’on dit avoir coûté l'énorme somme de trois cent mille livres sterling. Quelques-uns de ces vaisseaux ont été construits en Angleterre et envoyés en bottes à Québec , d'où on les a transportés à grands frais à Kingston , à bord des bateaux dont j'ai déjà donné la description. On assure que le transport seul de la frégate (a Psyché, de Québec à Kingston, a coûté douze mille livres sterling. Quel motif a pu induire le gouvernement anglais à construire en Angleterre, où les bois sont si chers , des vaisseaux pour le service du Canada. La politique de ces dispositions que l'on peut assimiler à celle qui consisterait À transporter du charbon de terre à Newcastle d’où on l’extrait , est un mystère que ne peuvent deviner les hommes les plus.
instruits du Canada. On eut pu envoyer un nombre d'ouvriers et une quantité de matériaux
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suffisans pour construire les vaisseaux nécessaires au service du lac , avec le quart des dépenses qu'a occasionnées le transport d'une seule frégate de Quebec à Kingston.
Kingston, quoique la plus grande ville de la province supérieure , ne contient cependant que 2,536 habitans , dont la plupart sont descendans de ces Loyalistes qui vinrent chercher un asyle en Canada, après la guerre de l’Indépendance des États-Unis. Le reste se compose d'Anglais, d'Irlandais et d'Écossais avec quelques Allemands et quelques Français. Les rues sont alignées avecune extrême régularité : mais les maisons , comme presque toutes celles du Canada, sont très-irrégulièrement bâties. Les chemins sont si mauvais dans cette partie de la province , ainsi que dans les autres, qu'il est difficile de sortir dans le mauvais temps , sans s’enfoncer très-avant dans la boue. Les bâtimens publics sont si peu importans à Kingston, qu'ils méritent à peine qu'on en fasse mention. Ce sont: l'église épiscopale protestante , la maison de réunion presbytérienne , la chapelle des Méthodistes, l'église catholique-
80 LETIRE V.
romaine, les barraques , la prison et le palais de justice.
Le lac Ontario auquel Kingston sert comme d'entrée , est situé entre le 43.° et le 44.° degrés de latitude nord, et entre le 74.* et le 83.° degrés de latitude ouest. Sa longueur est de 151 milles, sa largeur de 59 et demi , sa circonférence de 467. La profondeur de ses eaux varie extrêmement ; mais elle est rarement de moins de 5 brasses et de plus de 50 ; quoique au centre du lac, on ait souvent jeté une ligne de 350 brasses , sans avoir trouvé le fond. On y ressent souvent de violentes tempêtes qui rendent sa navigation extrêmement dangereuse ; et quoiqu'il n’y ait que des marins expérimentés , à quion puisse confier la conduite des petits vaisseaux marchands qui naviguent sur sa vaste mais trompeuse étendue, un grand nombre d'individus complètement ignorans dé tout ce qui concerne la navigation, ont obtenu d'y commander des vaisseaux. Les caux de ce lac, aussi bien que celles des lacs Erié, Huros et des autres au-dessus , s'élèvent tous les 35 ans à une hauteur considérable. En 1816 , l'Ontario s'est élevé à 7 pieds plus haut
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qu'on ne l'avait vu depuis plus de trente ans: cela ne doit-il pas être un sujet intéressant de méditations pour les amateurs d'histoire naturelle? Excepté aux époques mentionnées . la hauteur de ces eaux ne varie jamais de S à 10 pouces, au-dessus ou au-dessous de leur état habituel. Quelles causes peut-on assigner à une crue d’eau aussi extraordinaire et capable de produire momentanément un semblable changement.
Entre Kingston et Yorck, on rencontre deux ou trois petits villages, dont le plus grand est Belleville, qui contient environ 140 habitans.
Yonck est le siège du gouvernement pour le haut Canada. Cette ville est située sur la côte nord du lac Ontario , à 45 degrés 33 minutes de latitude , et 37 degrés 20 minutes de longitude. Son port qui est très-étendu est formé par une péninsule longue et étroite qu’on appelle ordinairement {a pointe de Gibraltar. Quoique Yorck soit la capitale d’une colonie très-étendue , elle ne serait considérée en Europe que comme un village. Sa position sans défense, et qui ne peut même pas être amcliorée, la rend de peu d'importance en temps
de guerre. Elle fut prise par les Américains le 29 avril 1813, mais ils ne la gardèrent que quelques jours : ils l'évacuérent , après avoir détruit tous les bâtimens publics.
La garnison est placée à environ un mille à l’ouest de la ville , où il y a une barraque pour les troupes, une résidence pour l'officier commandant, une batterie et deux forts destinés à protéger le port. En 1795 ce lieu était presque désert. La ville contient maintenant 1336 habitans et environ 250 maisons dont plusieurs ont une très-agréable apparence. Les édifices publics sont une église protestante épiscopale, une chapelle catholique-romaine, une maison de réunion presbytérienne et une de Méthodistes, l'hôpital , la maison du parlement et la résidence du lieutenant-gouverneur.
L'églisé épiscopale est un bâtiment sans décorations , construit tout en bois, assez grand, avec un petit clocher également en bois. On y voit un très-vaste cimetière , bien entouré et planté avec goût. |
La chapelle catholique-romuine qui n’est pas encore achevée est un édifice qu’on se propose de rendre très-magnifique. |
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LÉTIRE V. 83 La maison du parlement, édifiée en 1820 , est un bâtiment vaste et commode, construit en briques et d’une extrème simplicité.
L'hôpital d'Yorck est le monument public le plus considérable de la province: son extérieur se présente très-bien.
La maison où demeure le lieutenant-gouverneur, est construiteen bois; et sans être à dédainer, elle est très-inférieure à quelques maisens particulières de la ville , spécialement à celle de l'honorable et révérend don Stenchan. Plusieurs officiers de justice et du gouvernement ont des habitations très-élégantes dans la ville et dans les environs. Il y en a peu qui ne soient bâties en bois : leur aspect est fort agréable à l’œil.
Les rues de Yorck sont régulièrement alisnées , et se coupent réciproquement à angles droits : néanmoins, iln’y en a qu’une qui soit bâtie en entier, et, dans les temps humides, les rues qui ne sont pas achevées sont, s’il est possible, encore plus boueuses et plus malpropres que celles de Kingston. La situation de la ville est très-malsaine , parce qu’elle est placée sur un terrain bas et marécageux plus propre
Tour
à recevoir des grenouilles ou des habitations de Castor qu’à abriter des créatures humaines. Aussi les habitans sont-ils très-sujets aux douleurs et aux fièvres intermittentes , surtout au printemps et en automne. On a calculé qu'’environ les cinq septièmes des habitans étaient annuellement attaqués de ces maladies. La ville d’'Yorck possède un très-grand avantage, celui d’un excellent port, mais sans aucun moyen de défense.
itations maines.
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Choix d’un établissement. — Avis du colonel Thomas Talbot. — Habitudes bizarres du colonel. — Préférence donnée au territoire de Londres. — Marche vers ce point d’établissement. — Les campagnes bordant la rivière Ouse. — Villages appartenans aux Indiens des six Nations. — Entrevue avec un des Ca- | téchistes natifs. — Arrivée au port Talbot. — Désastres qu'éprouvent mon père et les colons sur le lac Erié. — Joyeuse rencontre. — Départ du port Talbot pour Westminster. — Situation du territoire de Londres. — Sa dis-
54 tance du lac Erié et auires points. — Sa forme
et son étendue. — Premier jour et première
nuit dans notre possession, d’ Amérique. —
Chasse du loup dans la matinée. — Opérations
S0 LETIRE VI.
et séjour dans les bois avant l’arrivée de la famille.
Lorsque nous arrivâmes à Yorck, mon père se rendit auprès du lieutenant-gouverneur et lui présenta l'ordre de lord Bathurst, relatif à la concession des terres qu’il avait obtenues. Son Excellence lui dit qu'il pouvait choisir ces terres dans tout le territoire de la province, parmi celles dont il n'aurait pas encore été disposé: mais il l’assura en même temps, qu’étant lui-même tout récemment arrivé dans le pays, il n’était pas en son pouvoir de lui indiquer les moyens de faire un bon choix. 11 adressa mon père au surveillant-général et lui donna une lettre de recommandation pour cet officier , le priant de nous donner tous les renseignemens qui dépendaient de lui: en conséquence, nous nous rendimes auprès du surveillant-général , mais nous en obtinmes peu de renseignemens satisfaisans.
Peu de temps après, mon père rencontra le colonel Thomas: Talbot , frère de Richard W. Talbot , écuyer , du château de Malashide, comté de Dublin. Il y avait trente ans que le
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colonel était venu dansces contrées , officier dans le cinquième régiment d'irfanterie. Pendant la durée de sa station dans ce pays, il prit un tel attachement pour les bois et pour les déserts du Canada, qu’à son retour dans sa patrie , il éprouva des regrets d’avoir quitté celui qui était devenu son séjour d’adoption. Dans cette disposition d'esprit , il vendit sa commission et obtint la concession de cent mille acres de terre , sous la condition d'y établir un colon par 200 acres. Il choisit cette vaste étendue de territoire sur les bords septentrionaux du lac Erié , environ à 44 milles sud-ouest de Yorck. En 1802, époque à laquelle il n’y avait pas une seule habitation chrétienne à 4o milles de ses propriétés , le colonel commença son établissement , dans les circonstances les plus décourageantes et les plus défavorables. Il donna à son domaine le nom de port Talbot; et en moins de dix ans, il vit s'élever graduellement devant lui un établissement qui portait tous les caractères de la prospérité. Mais il n’a pas encore pu remplir ses engagemens envers le gouvernement , et il n'est pas vraisemblable qu'il le puisse, s’il
Ne LETTRE VI.
continue à estimer les terres au prix actuel, celui de trois dollars par-acre pour 150 acrés, et 50 acres gratis.
Le colonel est peut-être un des hommes les plus bizarres de tout le continent. Non-seulement il mène l’ennuyeuse et triste vie d’un célibataire ; mais encore il ne jouit d'aucune espèce de société. Son aversion pour le beau sexe était si grande pendant plusieurs années, après son arrivée au port Talbot , qu'il refusa de prendre à ses gages une servante, et aima mieux se condamner à traire lui-même ses vaches , faire son beurre et remplir toutes les autres fonctions de fille de cuisine, de servante et de laitière. N’est-il pas d’ailleurs extraordinaire qu’un officier anglais d’un rang aussi élevé dans l’armée, ait pu se décider à s'établir dans des déserts où il est totalement privé de touté société , à moins qu'il ne se lie avec une classe de peuple qu'il considère comme étant entièrement au-dessous de lui, et avec laquelle il n'a eu jusqu’à présent aucune espèce de rapport ? Étant membre du conseil législatif du haut Canada , il va à Yorck une ou deux fois par an. Ces visites et celles qu'il fait acci-
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dentellement en Angleterre, tous les cinq ou six ans, servent à lui faire perdre les manières agrestes et sauvages qu'il contracte dans son domaine isolé, et à lui rappeler que le monde est encore aussi gai que lorsqu'il fréquentait lui-même les cercles les plus joyeux et ies plus brillans.
D'après la parfaite connaissance que le colonel avait du pays , mon père le considéra comme pouvant lui donner les meilleurs conseils , relativement au choix d’un établissement. En conséquence, il l’instruisit de notre position et de notre défaut d'instructions locales. Le colonel lui parla de plusieurs points sur lesquels il croyait avantageux de former un établissement : mais il lui recommanda spécialement le territoire de Londres , étendue de terre surveillée depuis un grand nombre d’années par ordre du général Simoe , premier lieutenant-gouverneur du haut Canada. 11 fut donc convenu que nous nous dirigerions immédiatement vers Londres , et le 11 septembre, toute notre troupe partit pour Wiagara , à bord du même schooner sur lequel nous étions venus de Prescott. |
Niagara est à 40 milles d'Yorck : nous allâmes par eau jusqu’à la ville de Queenstown , distante de 7 milles. De ce point au port Erié, nous voyageâmes par terre pendant l'espace de 36 milles. De là au port Talbot nous fimes 116 milles, et nous eûmes ensuite à faire 34 milles pour arriver à Londres. Il fut alors reconnu qu'en remontant jusqu’à la naissance du lac Ontario, et faisant ensuite un trajet par terre, de go milles , nous n’aurions eu à parcourir que 155 milles dans tout notre voyage que nous eussions fait avec beaucoup moins de frais et une plus grande promptitude : mais comme nous étions dans une ignorance complète des localités, nous dûmes nous en rapporter aux renseignemens qui nous furent donnés , et nous fimes beaucoup plus de chemin.
Quoique je vienne de parler en nom collectif, comme si j'eusse fait partie de la troupe voyageante , je m'en étais séparé à Yorck, fatigué du trajet par eau , et je m'acheminai par terre au port Talbot, où j'étais convenu de me réunir à mes compagnons de fortune. Le chemin d’Yorck au port Talbot , pendant les pre-
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LETTRE VE O1 iniers 50 milles, passe sur un sol léger et sablonneux qui par conséquent n'est pas susceptible d’une grande amélioration. Plusieurs petites rivières dont les bords sont d’une immense hauteur et presque perpendiculaires , coupent cette partie du pays; ce qui fait qu'on ne voyage qu'avec beaucoup de peine.et de dangers. Les chevaux en montant ou descendant ces rives escarpées , glissent souvent ct sont quelquefois précipités et mis en pièces , malgré toute l’habileté et les efforts de leurs conducteurs. Du haut du lac Ontario jusqu’à la grande rivière Ouse , le chemin prend sa direction à l’ouest : de la grande rivière au territoire de Wood house , il continue à incliner vers l’ouest : mais de Wood house au port Talbot , il se dirige vers le sud-ouest.
Sur les bords de la grande rivière Ouse , à 21 milles de Dundas , on trouve plusieurs villages habités par les six ÎVations Indiennes. Ces villages qui, très-rapprochés l’un de l’autre, paraissent ne faire qu’un seul établissement , sont composés d'environ 200 maisons , et contiennent près de 1500 habitans. Le territoire sur lequel ils résident est un des plus fertiles
de toute la province: il fut donné aux {ndiens des cinq Nations , qui en ont, depuis cette époque , admis une autre à participer à tous leurs droits et immunités. Cette concession leur fut faite aussitôt après la guerre de la révolution , comme une indemnité des terres confisquéessur eux par les États-Unis, à causede leur attachement à la cause royale. Un espace de 6 milles de chaque côté de la rivière, depuis sa source jusqu'à son embouchure ; composait originairement leur concession : mais depuis ils ont vendu plusieurs territoires à divers particuliers. Néanmoins ils conservent encore assez de terres pour la subsistance de 500000 individus, si elles étaient convenablement cultivées.
Dans un de ces villages , il a été élevé aux dépens du gouvernement suprême , une trèsjolie église, bien supérieure, pour le travail et la grandeur , à la plupart des églises paroissiales d'Angleterre et d'Irlande. La chaire , située à l'extrémité supérieure de l’église, est surmontée des armes royales d'Angleterre , exécutces en bas-relief. Sur le côté droit de la chaire , sont écrits avec goût , en lettres d’or, sur un fond
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de bois noir, le credo des apôtres, et les prières au Seigneur en langage Indien : l’on voit à gauche le décalogue dans la même langue. Un ministre de l'établissement célèbre ordinairement l'office divin dans cette église , et quand il est absent, il est remplacé dans la chaire par un Indien que ses compatriotes décorent du titre de docteur Jean. Ce digne ecclésiastique donne à ses frères, en l’absence du ministre anglais, un échantillon de ses talens oratoires : mais il n'en est pas moins évident que l’évangile n’a pas encore exercé une grande influence sur les cœurs de ces Indiens, ni sur celui de leur prédicateur natif, qui par conséquent nc peut être supposé avoir beaucoup de crédit sur les esprits. |
Comme je me trouvai arriver le dimanche dans ce village , et que j'étais curieux de voir comment un peuple non civilisé adorait la divinité, je me rendis auprès du docteur Jean, et je le priai de me faire connaître sil’office divin serait célébré l’après midi. Il ressemblait peu dans le moment où je l'abordai, à un ministre de cet évangile dont le principe est paix sur la terre et bienveillance entre les hommes ; car il
était très-occupé à aiguiser un tomewack. I] répondit à ma question avec la plus grande indifférence : Mon intention était d'avoir aujourd’hui une assemblée ; mais la nuit dernière. j'ai perdu mes lunettes dans un accès de gaieté , et je ne peux par conséquent prècher jusqu’à ce que M. Smith (le marchand voisin ) ait reçu ses marchandises de Montréal. — Je lui demandai alors, si les yeux de son entendement n'étaient pas assez éclairés pour les rendre en grande partie indépendans des secours extérieurs. — Oh oui! dit-il, mais nous ne sommes pas méthodistes ; nous ne préchons point sans livres , comme des insensés : si tel était notre usage , nous pensons que nous pourrions autant dépasser nos frères les étrangers dans l’art de la véritable éloquence, qu'ils nous sont supérieurs en amour-propre et en vanité. Mais nous sommes beaucoup plus éclairés qu'eux : nous savons combien la pauvre humanité est sujette à erreur. En conséquence , nous étudions avec grand soin ce que nous avons à dire, avant de tenter de promulguer nos opinions en public. — Je compris que la vanité était le trait dominant du carac-
sewack. Il rande inavoir aunuit derun accès puent prèmarchand Montréal.
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LETTRE VI. 99 tère de cet individu , et après avoir conversé quelques momens sur des sujets indifférens , je lui fis mes adieux , bien convaincu que les hommes de tous les pays, plus ou moins civilisés , sont, à l'enveloppe près , partout les mêmes.
Après avoir traversé la grande rivière, le pays , pendant plusieurs milles , prend un aspect vraiment délicieux : de chaque côté du chemin , de vastes plaines, en partie cultivées par Ja main des hommes, s'étendent aussi loin que l’œil peut atteindre, et formentuncontraste aussi agréable que pittoresque, avec la triste et sombre monotonie qui étend son empire sur la plus grande partie de cet immense continent.
Ces plaines sont presque entièrement inhabitées , quoique possédant un grand nombre d'avantages. Mais le défaut d'eau et de bois pour les besoins domestiques , et l’infériorité d'un sol léger et sablonneux , les rend d’une très-petite valeur comparative. Il n’y à que pour les voyageurs fatigués d’errer dans ces routes interminables , que l'aspect de ces belles plantations et de champs couverts de fleurs a quelque chose de satisfaisant. C’est un grand
moyen de les consoler des peines qu'’ils-viennent d’éprouver, et un motif pour les oublier. Vers la longue pointe , dans le voisinage de laquelle on trouve aussi des plaines fort étendues, le pays de chaque côté du cherain est assez bien cultivé ; mais les maisons publiques pour la réception des voyageurs ne leur offrent aucun agrément, et tant à l’intérieur qu’à l’extérieur , sont de nature à ne pas donner aux étrangers une haute idée des auberges du Canada.
J'arrivai au port Talbot le 15 octobre , et j'appris que mes amis n'y étaient pas encore rendus. Comme je venais de m'’asseoir dans une taverne voisine de la rivière où je m'étais attendu à trouver mon père et sa famille , une ‘dame etun monsieur se présentèrent à la porte. Lorsque la dame entra, je me levai et lui présentai un siége. Le monsieur parut ensuite, et me demanda , selon l'usage suivi dans ce pays, si je voyageais vers l’est ou vers l’ouest. Je lui dis que j'avais déjà exploré la partie de l'ouest aussi loin que je m'étais proposé d'aller, et j'ajoutai que je ne me proposais pas d'aller plus avant dans le pays, avant d’avoir vu mon père
’ils vienoublier.
age de laort étenerain est publiques ur offrent qu’à l'expner aux es du Ca-
tobre , et as encore
seoir dans
je m'étais ille , une À la porte.
et lui prénsuite, et s ce paÿs, st. Je lui de l’ouest ’aller , et aller plus mon père
et mes amis( que j'attendais tous les jours de l'est), établis , d’une manière sûre et commode , à quelques milles plus avant au nord.
La dame qui paraissait très-embarrassée , ou plutôt dans un état d’anxiété mentale, dit avec un intérêt très-marqué : Hélas ! monsieur, je crains bien que les espérances que vous avez conçues pour le bonheur de vos amis ne soient péniblement trompées. Je la conjurai de s’expliquer , ce qu'elle fit après quelque hésitation, et en témoignant beaucoup de répugnance ; car il n'y avait point de doute que son exclamation n’eût été involontaire. « Vous n'êtes » pas entièrement sans amis ; VOUS avez au
moins un frère : je l’ai vu il y a peu d'heures,
bien portant mais malheureux ; il voyage
dans cette direction , et sera auprès de vous
avant peu de temps.» Aussitôt après avoir prononcé ces derniers mots , elle se leva précipitimment de dessus son siège et se retira dans un appartement adjacent où s’adressant à l’aubergiste, elle continua ainsi : « Vers 8 heures, » ce matin, nous avons atteint un nombre de » jeunes gens, tous Européens, parmi lesquels, » ily avait un monsieur qu'on aurait deviné
98 LETIRE VI. o
| être le frère de ce jeune homme. Ce sont les 4
seuls passagers survivans d’un grand nombre ë d’autres montés sur leschooner appartenant au fort Erié qui a fait naufrage , il y a quel- » ques nuits, sur le rivage des États-unis. » J'entendis ces mots avec une émotion indéfinissable , et courant à l'appartement où la dame conversait encore avec l’hôtesse , je la conjurai de me dire tout ce qu'elle savait sur cette funeste cätastrophe ; elle me dit alors: « Le 15 septembre, environ à trois heures de » l'après midi , je vis vos amis s’'embarquer au » fort Erié pour le port Talbot , à bord d’un » grand schooner ; d’après le grand nombre de » passagers qui le montaient , et le peu dé soli- » dité du bâtiment, les habitans du fort Erié » conçurent de violentes craintes pour lasûüreté
LA
» des passagers: le temps était trés-mauvais, fé
«et le capitaine un homme nul et sans expé- E
» rience. Peu de jours après, on reçut au port P'
» Erié la nouvelle que le 21 septembre le na- de
» vire avait fait naufrage sur le rivage des Etats- dL
» Unis, et que le petit nombre de jeunes gens 4.
,» qui avaient survécu à cet évènement'avaient 4 | : : pl
pe
sont les nombre artenant a quel- -Unis. »
indéfit où la >, je la vait sur : alors:
ures de quer au rd d'un bre de dé solirt Erié a sûreté auvais , > éXpéau port le na- Etats- > gens \waient
» été recueillis À bord d’un schooner » et débarqués en Canada. , En apprenant cette
américain
triste nouvelle, je partis immédiatement Pour aller au-devant de mon
frère et de ses heureux COMpagnons : avant d’avoir fait 3 milles » je re
et jugeai par leur mens que j'avais ment exacts : :
+ Mon frère m’apprit Choses ne s'étaient pas tout-à
> Où ils pût les transporter
> CE Qui me causa une joie d'autant
e le récit de cette En effet, queltous au port la manière 1a Par les hahitans du New-
après , ils arrivèrent > après avoir été traités de Ospitalière
Yorck , pendant le séjour qu'ils furent forcés de faire au milieu d'eux.
Dans les derniers jours d'octobre, mon père conduisit sa famille du port Talbot à Westminster où il la logea jusqu’à ce qu'il eût fait construire une maison :sur ses propres terres. Le territoire de Westminster n’est séparé de celui de Londres que par la Tamise.
Londres est situé à environ 24 milles au nord du lac Erié, à g27 milles de cette partie de l'Océan Atlantique qui joint le golphe de St.- Laurent , 607 milles de Québec , 618 milles de la ville de New-Yorck, et 124 du siège du gouvernement du haut Canada. Elle a à l’est Ox- {ord , belle ville établie depuis 33 ans, à l’ouest Westminster établi depuis 1 2 ans, au sud-ouest la De la ware , Lobo à l'ouest , et au nord et au nord-ouest des régions incultes et inconnues.
Le premier novembre 1818, Londres n'avait encore aucun habitant, et son territoire était couvert des différentes espèces d'arbres qu’on trouve dans le Canada. La branche nord de la Tamise coule à travers ce territoire. Son angle est à l’est, et la branche sud le sépare de Westminster. Un grand nombre de petites rivières
forcés
on père | Westeût fait y terresré de ce-
au nord