‹ Voyage au Canada [microforme]Chapitre 13 sur 39 · partie de · texte numérisé non relu

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serpentent au milieu de presque toutes les propriétés particulières. Ce territoire est considéré comme un des plus fertiles de toute la province.

Il forme un carré partagé en seize concessions : ces concessions sont divisées en lots de 200 acres : il y en à 52 dans chacune. Entre deux concessions on a ménagé 66 pieds de largeur pour les chemins qui sont appelés lignes de concession.

Le 26 octobre, mon frère et moi, avec six hommes porteurs des provisions et des haches de bucherons, nous partimes de Westminster, et ayant loué un guide , nous entrâmes dansle territoire de Londres , afin de fixer le lot le plus convenable pour y construire une maison :

1200 acres furent assignés à mon père pour son domaine , si je puis l’appeler ainsi. Nous avions ; par conséquent, une vaste étendue de terre à explorer avant de nous décider sur la situation qu’il convenait le mieux de choisir. Après avoir employé la plus grande partie du jour à approuver ou désapprouver les lots particuliers , nous convinmes, à l’unanimité , de prendre le quatrième lot de la sixième conces-

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sion pour l’asyle futur de notre famille exilée. Lorsque nous fûmes d'accord sur ce point , notre seconde occupation fut de chercher à nous procurer un abri pour la nuit ; car nous étions à 9 milles de toute habitation d’ètres civilisés etau milieu de déserts qui portent l’empreinte de la désolation. Après avoir marché quelque temps, noûs parvinmes à découvrir une vieille cabane indienne , abandonnée par ses habitans : nous décidâmes de stationner pendantla nuit dans cette petite hutte ; et munis d’un briquet et de tous les autres matériaux nécessaires , nous eùmes bientôt allumé un excellent feu. Lorsque nous eûmes pris notre souper sur le tronc d'un arbre, nous nous couchâmes pour nous livrer au sommeil: chacun de nousétait enveloppé d’une couverture : nous nous relevions alternativement pour alimenter le feu. Ee fut ainsi que nous passâmes la première nuit dans nos possessions américaines.

Le matin, vers le lever du soleil, nous fûmes tout-à-coup éveillés par le hurlement d’une troupe de loups qui étaient tous à la poursuite d'un malheureux cerf: les cris de ces féroces animaux ressemblent tellement à ceux des

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chitns qui chassent le renard , que je me crus un moment à la chasse dans les bois d’Erin.

Mais l'illusion ne fut pas de longue durée : je découvris promptement qu’au lieu d’être dans mon.pays natal si rempli de beautés et d’agrémens , je me trouvais au milieu d’un désert aussi effrayant que monotone. Pour ajouter à notre consternation, ou du moins pour lui donner une autre direction, les chevaux dont nous nous étions servi pour porter nos couvertures et nos provisions, avaient brisé leurs licous pendant la nuit et dévoré tout notre pain. Nous aurions été dans la dure nécessité de nous passer de déjeuner, si nos parens n’avaient pas eu la précaution de nous munir de quelques patates qui heureusement pour nous ne sont pas aussi convenables à l'appétit d’un cheval américain que savoureuses au palais d’un Irlandais. Sans cela, nous aurions été forcés de supporter la faim, jusqu'au moment où nous aurions pu recevoir de nouvelles provisions de Westminster,

. Nous continuâmes à camper dans les bois , depuis le 26 octobre jusqu’au premier décembre. Pendant cette période , nous établimes les fondemens d’une maison de 46 pieds de

long et de 21 de large, dont nous finimes d’abord la moitié pour l'usage de la famille qui s’y transporta le 2 décembre, cinq mois et dixhuit jours après notre embarquement pour l'Amérique. Pendant les trente-cinq jours que nous passâmes dans les bois avant l’arrivée de la famille , notre unique logement fut la misérable hutte qui, semblable à l'ancien Argus , avait cent yeux ou plutôt cent trous par lesquels les yeux pouvaient voir au dehors. Aussi quand nous nous ‘éveillions pendant la nuit, nous pouvions ‘aisément voir toutes les étoiles qui ornaient le firmament. Pendant tout ce temps, nôtre lit ne fut composé que de feuilles sèches. ;

Ce n'est là qu'une légère esquisse des peines et des fatigués auxquelles doivent :se ‘résigner d'avance céux qui s’établissent dans les déserts. Il faut une grande force d'âme à ceux qui osent:s’y exposer. Ce n'est certainement pas une légère épreuve ,-au moral comme au physique, d’être forcé, après‘une journée de travail pénible, d'étendre ses membres fatigués sur un terrein nud et glacé, dans le mois de novembre; de n'être protégé contre:le'vent

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