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milles de Montréal , sur le parallèle du 45.° degrés de latitude nord , d’où elle passe au milieu du St.-Laurent , du lac Ontario, de la rivière du Niagara , du lac Erié , et ensuite dans les lacs Huron et Supérieur, le long lac etle milieu de la chaîne des lacs et autres communications aquatiques, en remontant à l’angle nord-ouest du lac des Bois , et ensuite à l’ouest de la rivière du Mississipi. Il n’y a point de limites assignées à l’ouest ni au nord-ouest. On peut dire , par conséquent, que de ce côté, le Canada s'étend sur les vastes régions qui se dirigent vers l’Océan du nord et la mer pacifique.
La province supérieure est maintenant divisée en onze districts qui sont l'Oriental , l'Ottawais , le Johnstown , le Bathurst , le Midland , le Newcastle, Home, York, Niagara ,; Londres et l'Occidental. Ces districts sont divisés en vingt-cinq comtés, qui, avec les villes d'York, de Kingston et de Niagara, envoient quarante-cinq membres au parlement provincial.
Attendu que tout homme dans le Canada, depuis 16 jusqu’à 45 aus, capable de porter
130 LETTRE VIH.
les armes, est obligé de s’enrôler dans la milice, on compte déjà dans le haut Canada seul; 56 régimens bien organisés. Ces régimens sont chacun de 300 à 500 hommes , sans y comprendre les officiers : en sorte que la milice effective de la province peut s'élever à environ 22000 hommes ; immense corps de troupe, si on considère que toute la population blanche ne s'élève pas à plus de 140000 âmes.
I] n’y a maintenant que trois stations navales dans toute la province : Kington, la grande rivicre Quse et Pentanguishine. On trouve dans chacun de ces ports, un capitaine, un lieutenant , un chirurgien et un garde-magasin.
Vous paraissez désirer que je vous donne quelque idée de l'aspect général du Canada :
j'ai déjà ébauché ce sujet dans mes premières lettres : je vais néanmoins y revenir encore pour vous satisfaire, afin que vous ne puissiez pas croire qu’en vous en entretenant , comme je l’ai déjà fait, j'ai cédé aux premières impressions. Mes opinions relativement aux paysages du Canada inférieur , maintenant que j'ai parcouru trois fois cette province, sont les mêmes
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que la première fois que je l'ai vue, à Ja s d'un VOYage ennuyeux de six semaines.
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argenté, sont les traits frappans de cette partie du Canada.
De Québec à Montréal , et de là ton , le voyageur est toujours r que d'une manière moins vive, par l'aspect moins imposant d'un pays Plus cultivé. 1] ne Peut se rassasier de cette vue jusqu’au moment où il dit adieu au St-Laurent. Toutes les parties du pays où cette délicieuse rivièr Porter ses eaux rent formidable
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192 LETTRE VIH.
et limpide, offrent à l'œil enchanté les points de vue les plus agréables et les plus délicieux. On n'y rencontre pas, il est vrai, ces monumens de l’ancienne gloire ou de la magnificence de nos aïeux dont les vénérables cimes reportent notre imagination vers les siècles écoulés; point de palais en ruine, autrefois domiciles splendides de monarques , maintenant réduits en poussière ; point detours crénelées, conservatrices de l'indépendance féodale, pour alimenter la curiosité des Antiquaires ou le patriotisme naissant de la jeunesse. Quelques clochers dont les aiguilles resplendissantes n’ont pas encore vu le soleil des siècles passer sur leurs jeunes girouettes , un vieux chëne dont le tronc s’est fatigué de transmettre la sève annuelle à ses rameaux dépérissans , sont en Amérique les seuls objets susceptibles d'éveiller le souvenir agréable , quoique mélancolique , des temps qui ont disparu , ou des héros qui ont terminé leur carrière.
L'histoire ancienne de ce continent est un cahos entouré des plus obscures ténèbres, d’où peut à peine s'échapper un rayon de lumière pour nous diriger dans la recherche des preu-
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Le haut Canada est un pays plat: son aspect est généralement sombre et repoussant.
Depuis Kingston jusqu'à l’extrémité ouest de la province , à l'exception de deux ou trois lieux habités, on voyage à travers une forêt continuelle. Il en résulte que la vue n'est jamais étendue, mais ordinairement bornce aux limites d'un seul mille. Cet état changerait bientôt , si les Canadiens voulaient déployer un péu de l'industrie Européenne dans un pays qui renferme tous les élémens de prospérité ; élémens qui n’ont besoin que d’être activement et sagement développés.
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Le voyageur savant qui cherche à acquérir de nouvelles connaissances, n’atteindra point son but en parcourant le Canada : à l'exception des cataractes du Niagara et d'un petit nombre de curiosités naturelles, on n’y voit guère que des forêts incommensurables, demeures effrayantes des ours et des loups ; des cabanes en bois, qui quoique toujours propres et commodes au-dedans n'en sont pas moins au dehors de l'aspect le plus triste et ressemblent à des sépultures ; des champs misérablement cultivés, garnis de troncs d'arbres, etentourés de barrières de bois refendu , espèce de clôture à laquelle je ne puis jamais associer d'autre idée que celle de moutons mangeant des navets. Les chemins , si toutefois on peut leur donner ce nom , sont en si manvais état, qu'il serait impossible d’en donner une juste idée : dans un voyage d'une seule journée, oji vous parcourez 50 ou 4o milles, vous êtes obligé de marcher le plus souvent dans des routes formées de troncs d'arbres , de 9 pouces à deux pieds de diamètre. Ges bois sont placés aux endroits les plus humides et les plus marécageux, et ( à quelques exceptions près qui
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LETIRE Wifi. 159
sont extrêmement rares } ce sont les seuls matériaux que l’on emploie pour construire ces ponts dangereux : comme ces bois ne sont ni équarris, ni aplatis , et comme ils ne sont pas toujours parfaitement droits , il arrive souvent qu'ils s'écartent et laissent entr'eux des intervalles ; en sorte que les chevaux , les bœufs et les vaches sont continuellement en danger de se rompre les membres en passant dessus. Il arrive néanmoins , sous ce rapport, moins d’accidens qu'on ne serait fondé à le craindre : les bestiaux de toute espèce qui peuplent ce pays
sont tellement accoutumés à danser sur le hêtre ct sur l’érable, qu avaus am. ut,
leur seconde année , ils acquièrent une grande habileté à marcher sur ces bois; et je ne serais pas surpris d'apprendre qu’un cheval ou un taureau américain sont devenus d'excellens danseurs de corde.
La nature a probablement plus fait pour le haut Canada que pour tout autre pays d'une égale étendue : l'art paraît s’y conduire d’après le modeste principe que ce serait de sa
part un acte de présomption impardonnable
de tenter de porter à un plus haut degré la
prospérité d’un pays comblé des bienfaits de sa sœur aînée. Là l’industrie humaine trouve le plus beau champ pour développer la fécondité de ses ressources : un sol non-seulement capable de produireen abondance tous les objets nécessaires à la vie, mais encore susceptible de fournir à tous les besoins inventés par le luxe; un climat non-seulement favorable à la constitution humaine, mais encore éminemment propre à la culture de toute espèce de graines et de fruits. Et cependant l'illusion d’un grand nombre d'Européens, relativement à la véritable situation de ces contrées , est en-
core telle , que la nlnr-=+t de ceux qui ne les -vuuiussent pas, Îles comparent, dans leur
imagination , aux déserts de la Sibérie, Néanmoins les habitans de la grande Bretagne , commencent maintenant à apprécier assez ses ‘vantages, pour que, d'après le calcul le plus réduit , il soitreconnu qu'il y arrive annuellement d'Europe environ huit mille colons, indépendamment de ceux qui y viennent chaque jour du continent américain.
Non seulement le bas Canada est plus pittoresque que la partie supérieure : mais aussi
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comme il est habité depuis long-temps , les chemins y sont dans uu état infiniment meilleur , et Ia population beaucoup moins disséminée. La principale route se trouve le long du rivage septentrional du St.-Laurent, qui, aussi bien que le rivage du sud , est très-peuplé. Les fermes sont placées très-près les unes des autres, circonstance qui, d’après les relations exagérées de quelques écrivains français , a donné lieu à l’idée remanesque d: villages de 50 milles d’étendue. Les terres situées sur les bords de ce noble fleuve, depuis le point où
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été divisées par le Roi de France en un certar: nombre de seigneuries qui étrieu' concédées À des hommes d’un caractère assez entreprenant pour désirer d’aller se faire une fortune dans les forêts trans-Atlantiques. Ces seigneurs ou grands propriétaires étaient tenus de concéder leurs possessions, cn les partageant en lots d'environ 200 acres , à des paysans du pays reconnus pour capables de les bien faire valoir, et qui pouvaient fournir des garans respectibles de leur loyauté et de leur bonne réputa-
tion. En obtenant des fermes, les paysans étaient obligés de devenir sur-le-champ colons sédentaires ; de défricher, dans un temps donné, une portion déterminée de chaque lot; d'entretenir libre et en bon état la voie publique , et de remplir en outre plusieurs autres conditions qui seront détaillées dans la suite de cet ouvrage.
Chacun des lots comprenait, le long de la rivière, l’espace d'environ 38 perches anglaises, et s'étendait en profondeur , dans le pays , à environ 1018 perches : lorsque les terres qui bordaient la rivière furent peuplées de cultivateurs , les seigneurs fre=t 4d’autres Conces-
in =" 1 derrière des premières, et ces He nouvelles concessions devinrent, à leur tour, p
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dans toutes les parties du Canada , de ne défricher que le front de chaque lot , en laissant À sur les derrières 4o ou 5o acres de bois pour À le feu et autres besoins domestiques , un étran- | ser supposerait difficilement qu’il existe quel-
que établissement au-delà des limites visibles 4 des terres défrichées. Cette coutume explique j suffisamment pourquoi ce pays présente tou- î
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jours le même aspect boisé qu'il avait peu d'années après les premiers établissemens qui Y furent faits; et pourquoi , ainsi que je l'ai précédemment observé, l’on peut rarement étendre la vue au-delà d’un mille. Sur les bords de toutes ies petites rivières qui communiquent avec le St.-Laurent , il a été formé de semblables établissemens , et dans ces dernières années, on a tracé et en partie peuplé plusieurs territoires éloignés des rivières navigables. Le seul paysage vraiment pittoresque de ces provinces est celui qui borde immédiatement les rivières. Les nouveaux territoires de la prurince inférieure , offrent , en tous points, un aspect semblable à ceiui uu x .
Canada , et n’en diffèrent que par l’inférivrité du sol : de hautes forêts, des haies en bois , des cabanes construites également en bois , des troncs d'arbres morts, sont les objets inanimés quise présentent en groupes diversement variés. Pour faire diversion à cette perspective, vous entendez de temps en temps les coups de bec du pivert, les hurlemens de l'ours, le cri monotone du geai, ou quelqu’autre musique aussi att.active. Ces sons désagréables et
discordans redoublent la tristesse qui s'empare quelquefois de l’âme de ceux qui ont été accoutumés à des scènes plus actives et À une société plus agréable.
Dans le Haut-Canada, il n’y a point de montagnes, mais seulement quelques collines en petit nombre. La seule qui mérite qu'on en fasse mention est celle qui s'étend depuis la tête de Quinte Bay, le long du côté nord du lac Ontario , à son extrémité ouest , d’où elle se dirige vers l’orient jusqu’à ce qu’elle atteigne les bords de la rivière du Niagara. Les Canadiens lui donnent le nom de montagne, quoique sa plus grande élévatin® s'excéde pas 540 nied-. -- que Sä hauteur moyenne ne soit que de 80 à 100 pieds. Malgré sa grande étendue, cette colline produit peu de variété dans l’aspect du pays. Un aréonaute , dans son vol élevé prendrait peut-être quelque plaisir à la contempler, et pourrait, de sa nacelle , apercevoir un grand nombre de sites pittoresques et romantiques , dont la plupart interceptés par d’impénétrables forêts , se dérobent à l’observation du piéton , comme à celle du voyageur à cheval.
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LETTRE VYLLL. 141
Si les bords des rivières du Haut-Canada étaient cultivés comme ceux de la province inférieure, les ‘’imes nouvellement défrichées ajouteraient beaucoup à la beauté du pays.
L'Ottawas, grande rivière qui se décharge dans le Saint - Laurent , à environ trente milles à l'Ouest de Montréal, est une rivière très-belle, très-étendue; elle est navigable pour les bateaux, presque depuis sa source jusqu’à son embouchure.
Le Trent prend sa source dans le voisinage des lacs de la rivière, et après avoir parcouru un espace de près de cent milles, se jette dans la baie de Quine.
La grande rivière Ouse se contonu «.. 1, lac Erié à environ quarante milles de son extémité Crientale : de petites barques peuvent y naviguer pendant environ cinquante milles.
Quelques-unes des plus belles et des plus riches prairies de la province sont situées sur ses bords et sont possédées par les Indiens des six nations,
La Tamise prend sa source dans une partie du pays qui n’a pas encore été explorée, et après avoir coulé en serpentant l'espace de plus
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deux cents milles, tombe dans le lac Saint- Clair. Sur les bords de cette belle rivière, on voit mille acres de prairies semblables à celles de la grande rivière. Ce sol est formé par les débordemens annuels de la rivière, et ne le cède en rien, j'en suis certain, à aucun autre de l’univers, sans en excepter les fonds de rivière sur les bords de l'Ohio. Il produit les plus beaux épis imaginables de blé Indien ; mais il est trop riche pour le riz, l'orge, ou tout autre graine commune. On cultiverait avec un succès étonnant, dans ces fertiles terrains, les patates, les navets, et tous les autres végétaux.
n.. - «vs rivières, il y a une quantité innombrable de petits ruisseaux qui coulent à travers chaque territoire. Les naturels donnent à tous le nom de Creeks , sans qu’on puisse en indiquer la raison.
Les parties les mieux cultivées du Haut-Canada sont depuis la ligne qui le sépare de la province inférieure , jusqu’à la tête de la baie de Quinte , distance d'environ cent cinquante milles ; du fort Saint-Georges à Queenstown , pendant sept milles , le long de la riviere de
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Niagara, et dans le voisinage de Sandwich et d'Amersbourg ; toutes les autres parties semblent être encore dans leur enfance. Quoique les établissemens soient récens, que les premiers habitans aient dû faire beaucoup d'efforts pour vaincre les difficultés , et féconder ces déserts, on n’aperçoit parmieux aucun indice de tristesse ou de mécontentement. Les douceurs de la liberté et l'espoir encourageant de l'indépendance donnent à ces heureux maitres des forêts , les forces et le courage nécessaires pour se livrer sans murmures à ces pénibles travaux. Chaque arbre qui tombe sous les coups de hache , est en réalité un obstacle de moins à leur prospérité toujours croissante, et sa chûte fait naître cette délicieuse réflexion qui adoucit toutes les peines et efface le souvenir de tous les maux.
Dans plusieurs parties du district du Milieu , et surtout aux environs de la baie de Quinte, la qualité du sol est très-bonne ; mais ce n'est seulement que dans les districts de Niagara, Londres, et dans le district de l'Ouest, que chaque territoire est composé de terres de pre. wière qualité. De la baie de Quinte à York,
le long de Dundas Street, 1 ÿ a une grande quantité de terres de qualité inférieure. Entre York et latète du lac Ontario, sur les côtés du grand chemin de l'Ouest, les établissémens sont très-nombreux , et le sol, sans être extrêmement fertile, parait bien cultivé. En suivant toujours le chemin de l'Ouest , depuis la tête du lac Ontario, jusqu'aux réserves des six nations, sur les bords de la rivière de l'Ouese, on s'aperçoit aisément que la qualité de la terre s'améliore. Il y a dans le voisinage d'Ancaster plusieurs fermes étendues et bien défrichées ; mais le sol est léger ctsablonneux, et par conséquent ne conserve pas long-temps sa fécondité. De la rivière de l’Ouse au lac Saint-Clair, toutes les personnes sans préjugés, qui connaissent les localités, conviennent que la qualité du terrain n’est généralementpas inférieure à aucun territoire d’une égale étendue sur le continent Américain. Sur la plupart des points, une couche de belle terre noire végétale, de six à neuf pouces de profondéur , couvre un lit profond d'argile grise ou sablonneuse , entièrement exempte de pierres. Dans d’autres parties, la terre végétale repose sur
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un lit d'argile jaune , qui, maniée dans un temps humide, est très-susceptible d'aller au four.
En retournant à la tête du lae Ontario, et suivant le chemin qui conduit au fort Saint- Georges, et de là, à Queenstown, on trouve, en général , une terre d’une qualité supérieure à celle qui est entre York et Ancäster; mais pas aussi bonne que celle des terrains de la partie de l'Ouest. Dans plusieurs des nouveaux territoires voisins du lac Erié , la terre est d’une qualité excellente : on doit convenir qu’il est généralement reconnu que tous les nouveaux défrichemens, considérés sous le rapport de leur utilité pour l’agriculture, sont infiniment supérieurs à tous les anciens , et offrent aux nouveaux Colons de très-grands avantages , mais J'avantage le plus précieux est la communication par eau avec les parties les plus éloignées, et la plupart de ces territoires en sont privés.
Je ne doute pas qu'il n’y ait dans ces provinces des millions d’acres deterre , qui, si elles étaient travaillées suivant le système d’agriculture admis en Angleterre, et confiées aux
soins des laboureurs habiles et industrieux, produiraient des épis aussi abondans que ceux de tout autre pays dans l'univers; mais je n'ai pas remarqué dans tout le Canada, Haut ou Bas, un seul acre de terre qui ne fût cultivé de manière à produire moitié moins de grain qu'il produirait certainement avec des soins mieux dirigés. Aussitôt que la terre est défrichée, on y sème de l'orge, et on y plante du blé d'Inde. Ces semences se succèdent pendant trois ou quatre ans sans interruption, et sans que la terre recoive aucun labour. À l'expiration de cette période, les mauvaises herbes ont cru rapidement , et le fermier est encore forcé de se servir de la charrue , qui , à la vérité, est un instrument bien peu commode à manier au milieu des troncs d’arbres ; néanmoins elle rend des services essentiels , en retournant sous la terre une partie du sol, qui sert à cou-
vrir une autre récolte que le fermier y met toujours , sans donner une seule penséé aux ja-
chères d’été ou à rien de semblable. L'année
d’après , les racines de l’arbre sont plus avancées en putréfaction , et la charrue, par con-
séquent, devient aussi plus eflicace. On tente
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une autre récolte, et on agit ainsi pendant 15 ou 20 ans, sans employer le moindre engrais, ni sans changer l'espèce des semences; et cela jusqu’à ce que le sol se trouve complètement épuisé. De cette manière, mille acres d’excellent fonds sont rendus incapables de produire même les choses les plus nécessaires à la vie ; tandis qu'avec la culture convenable, la fertilité de ce sol se serait accrue chaque année au grand avantage du propriétaire.
Dans toutes les parties de l'Amérique, la qualité du sol est constatée, plus par les bois qu'elle produit , que par l'apparence de sa superficie , ou la nature de son intéricur. Le terrain qui produit les noyers, les châtaigniers et le jonc, est estimé le meilleur. Celui qui est couvert d’érables, de hêtres et de cerisiers , est considéré comme de seconde classe : les parties où croissent le chêne , l’ormeau et le frêne , sont estimées excellentes pour le froment, mais inférieures pour tout autre opération d'agriculture. Les terres où l’on voit croitre le pin, la ciguë , le cèdre, méritent à peine d'être reçues à titre de présent. Il est néanmoins difficile de choisir une étendue con- Tour I 11
148 LETTRE VIIL.
sidérable de terrain qui n'embrasse une grande variété d’espèces de bois ; mais lorsqu'un homme voit ie noyer; le châtaignier, le jonc et l’érable mêlés ensemble sur sa propriété, il ne doit pas craindre d'avoir à cultiver un sol stérile.
Le long des bords du Saint-Laurent , et sur les rives du lac Ontario, surtout entre York et l'extrémité Ouest du lac, la qualité stérile du sol est celle qui domine. Dans les districts de Londres et de l'Ouest, et dans plusieurs des nouveaux territoires de Gore, Home et Newcastle , iln’y a pas plus de pins et de cèdres qu'il n’en faut pour bâtir et former des enceintes. Il y a néanmoins plusieurs territoires, dans les districts de l'Ouest, entierement dépourvus de bois de pins, circonstance qui , en arguant en faveur du sol, est aussi accompagnée de plusieurs inconvéniens très-graves.
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Esquisse plus particulière des diffirens districts.
— Des districts de l'Orient, ÿ compris Johnstown et Bathurst. — Leurs avantages sous le rapport du commerce et de l’agriculture. — Etablissement militaire. — Soins du gouvernement pour son amélioration et sa prospérité. — Village de Perth. — Caractère de ses habitans. — District de l'intérieur. — District de Nervcastle. — District de Home. — Exquising , Chinguacousy , et Nassaucya. — Habitans et population. — District de Gore. —
District de Niagara.—Sa proximité des Etats-
A3 Unis. — Districts de Londres et de l'Ouest.
— Terres dépouillées, communément appelées
laines. — Ce qu’en pensent les Indiens.
Après avoir donné une légère esquisse de l'ensemble de toute la Province du Haut-Ca-
150 LETIRE IX.
nada, j'essuierai mainisr.ont de vous en offrir une description plus pre: :&, et de vous parler de chaque district en particulier. Cela est d'autant plus important, qu'ils diffèrent grandement par le sol et le climat, comme par leurs avantages commerciaux et ruraux.
Dans les districts de l'Orient, comprenant ceux d'Orrawas, Jounsrown et Baruunsr, le sol est en général d'une qualité inférieure ; cependant on assure que les parties de ces territoires , qui sont baignées par la grande rivière et le Saint-Laurent, sont extrêmement fertiles. Mais dans plusieurs parties, la terre est beaucoup trop marécageuse el composée de couches d’une glaise froide, circonstances qui, dans le Canada, Ôtent toute possibilité d’établir des grandes routes solides. La proximité où se trouvent ces districts du marché de Montréal , et les grandes facilités que leur donnentenoutre leurscommunicationspareau avec l'Atlantique, pourraient , aux yeux d’un observateur superficiel, leur obtenir une préférence décidée sur les autres districts de la province. Mais la sévérité du climat fait plus que balancer
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ces grands avantages, et les rend beaucoup moins désirables, comme lieux de résidence pour les agriculteurs, que plusieurs des territoires plus éloignés sur les rivages du lac Erié, et du lac Saint-Clair. Il y a trés-peu d’avantages pour un fermier à être voisin d’un marché considérable, s'il ne peut disposer de rien ; et dans l’ensemble des mœurs et du caractère des habitans de l'Est, il est probable qu'ils n'auront jamais, pour des sommes considérables , des produits excédant leur consommation. Le blé d'hiver est une récolte trèsincertaine , même dans les meilleurs sols, et le blé indien arrive rarement à sa maturité.
Ces deux fâcheux résultats sont dus à la rudesse du ciimat. Les premières gelées, en automne, et les tardives, dans le printemps, rendent beaucoup trop souvent inutiles les efforts de la persévérance la plus industrieuse. Je suis très-lié avec un habitant de ces contrées , qui, pendant près de vingt ans, a résidé dans un de ces districts et qui demeure maintenant dans celui de Londres ; il m'a souvent déclaré qu'il aimerait mieux posséder cinquante
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acres dans un des districts de l'Ouest, que cinq cents dans les territoires les plus productifs d'Ottawas, de Johnstown ,ou de Bathurst; il m'a assuré que très-peu de fermiers, dans ces districts, pouvaient, dans un espace de dix ans consécutifs, parvenir à récolter une assez grande quantité de grains pour leur propre consommation, et par conséquent » Ne pouvaient jamais concevoir l'espérance d'en récolter assez pour en porter au marché.
Les établissemens militaires de Perth, Richmond et Lanark, en y comprenant quelquesunes des meilleures parties des territoires de Bathurst, ont été assez heureux pour attirer presque exclusivement l'attention du gouvernement. On a donné des encouragemens de toute espèce aux colons qui ne sont soumis à aucune de ces taxes énormes que l’on arrache aux habitans des autres territoires. Le Gouvernement à choisi ce lieu pour être le séjour de plusieurs officiers à demi-paie , ct soldats congédiés des régimens qui ont servi en Canada. Je peux assurer qu'ils sont satisfaits des lots qui leur ont été assignés, et je m'en réjouis pour eux : mais en outre, on voit
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