‹ Voyage au Canada [microforme]Chapitre 34 sur 39 · PR MERE · texte numérisé non relu

PR MERE

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LETTRE XX. H yo

quelques individus sont par fois geles sans s'etre livrés à aucun excès et sculcmenten suivant leurs occupations ordinaires. Mais j'en ai peu vu dans ce cas pour qui il en soit résulté de graves accidens.

Je connais cependant un jeune homme qui, pendant l'hiver dernier, eut extrêmement à souffrir de l'intensité du froid. Avant été chargé par le sous-shérif du district de Tome de citer quelques personnes résidentes dans les nouveaux territoires de la partie septentrionale du district d’York, il partit à pied pour remplir sa mission ; c'était un émigrant anglais qui résidait depuis peu dans le Canada, et qui ne connaissait pas bien les bois. Il s’'égara dans l'après-midi du premier jour de son voyage ; il erra dans la forêt jusqu'aux approches de la nuit sans pouvoir retrouver sa route ; sentant ses pieds extrêmement froids, il s’assit sur un tronc d'arbre, Ôta ses souliers et ses bas , et, en frottant ses pieds.avec de la neige, le sang reprit bientôt sa circulation accoutumée.

Comme ses bas et ses souliers étaient mouillés quandilles ta, ils gelèrent si complétement qu'il lui fut impossible de les remettre: mais

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convaincu qu il ne pourrait marcher qu’en couvrant ses pieds d'une manière quelconque, il se vit dans la nécessité d’ôter sa veste, et il la roupa en morceau pour les envelopper. Cet expédient lui réussit très-bien pendant une heure ou deux; mais, au bout de ce temps, ces enveloppes setrouvèrent tellement déchirées qu'il fut réduit à traverser pieds nuds de vastes déserts couverts de neige ; il est à peine nécessaire de dire que dès le moment où ses pieds se trouvèrent ainsi sans abri contre le froid, ils furent presque aussitôt gelés. Après avoir erré toute la nuit dans les bois, il rencontra le matin un homme qui le conduisit À un établissement, et qui malheureusement lui conseilla de mettre ses pieds dans l’eau chaude pour détruire l'effet de la gelée. Il eut recours À cet expédient le plus nuisible et le plus funeste de tous ceux qu'il aurait pu employer. Il en résulta une douleur si vive qu’il tomba dans un évanouissement complet dont il ne revint qu'au bout de 48 heures. À l'expiration de ce temps, il s'était opéré une mortification qui ne 6e termina que par la perte de ses deux pieds.

Dans le Haut-Canada, la neige tombe rare-

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ment avant la fin de novembre, et le froid n’est jamais bien violent que vers le milieu de décembre. Alors les rivières les plus rapides sont complètement gelées à leur surface et toute la superficie de la terre est recouverte d’un manteau blanc. Cette température contiaue généralement pendant les mois de janvier et de février. À cette époque, il survient quelquefois de courts dégels qui donnent momentanément un nouvel aspect à la nature : mais le froid reprend bientôt son empire. Ces changemens sont très-souvent subits dans le fort de l'hiver. La neige à rarement plus de deux pieds de profondeur et, malgré la sévérité du froid , elle ne contracte pas trop de dureté pendant toute. la saison. Comme les chemins sont très-mauvais pendant l'été, l'hiver est en Canada la saison des voyages. Pour cette raison, le temps froid est accueilli par les Canadiens comme une délicieuse période pendant laquelle ils peuvent partir sans difficulté pour aller au loin visiter leurs amis, envoyer au marché leurs blés et autres productions, faire venir des villes éloignées les provisions qui leur sont nécessaires, et enfin vaquer à toutes leurs

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affaires domestiques de quelque importance.

Aussi long-temps que la neige conserve sa profondeur et que les chemins ont une base solide, un traineau canadien roule doucement sur sa surface avec autant de facilité que de vitesse, et deux chevaux peuvent aisément faire des journées de 4o à 50 milles, traînant le poids d'un tonneau sur des chemins qui, dans l'été, sont presque entièrement impraticables. Dans les nouveaux établissemens, les troncs d’ar- À bres, qui se montrent au-dessus de la neige, R rendent les voyages plus désagréables qué dans

les parties anciennement défrichées , où l’on

ne trouve plus de semblables inégalités.

Les courses en traîneau sont un amusement favori des Canadiens ; ils considèrent cette manière de voyager comme la plus agréable qu'on aitpu inventer. Lorsqu'ils entreprennent ces excursions, ils se vêtissent fort chaudement, en s'enveloppant dans une peau d'ours ou de bufle. Les personnes des deux sexes portent par-dessus leurs souliers et leursbas de gros bas de laine et recouvrent leurs mains de gants de peau de daim doublés en laine. Elles por lent aussi des bonnets fourrés et des capu

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