UN EP
» On a pensé que les végétaux morts pou- » vaient être la cause de l’insalubrité des caux » stagnantes. Cette opinion peut être juste à un » certain point: mais je ne pense pas qu'enthèse » générale on puisse les considérer comme pro- » duisant les fièvres aiguës, puisqu'on a reconnu » que ces maladies se manifestent presque toujours au printemps. D'ailleursles végétaux pé- » rissent à la Nouvelle Angleterre commepartout ailleurs; et cependant autant que j'ai pu m'en » instruire , les fièvres aiguës et intermittentes » sont absolument inconnues sur le revers » occidental des montagnes vertes, excepté » dans le voisinage de deux ou trois marais » situés dans le territoire de Guilford. Je sup- » pose ici que la putréfaction végétale est spé- » cialement considérée comme la cause des » maladies d'automne. Que cette putréfaction » végétale soit une cause auriliatre de ces ma- » ladies ; à la bonne heure, cela peut être rai- » sonnablement admis. Mais que ce soit la seule » où même la principale , il doit être permis
» d'en douter. Cette putréfaction existe régu- » liérement chaque année , et ces maladies se Tome TI. 23
montrent rarement dans certains lieux. L
putréfaction existe dans tout le pays, ct
lea maladies , lorsqu'elles existent, sont con- » finées dans quelques points resserrés. Si on » dit que les eaux stagnantes sont nécessaires » pour produire cet effet, je répondrai que » dans la vaste étendue de pays que j'ai spé- » cifiés, ces eaux ne produisent point un sem- » blable résultat; je diraienfin que ces maladies » prédominent aussi souvent là où de pareilles » eaux n'existent pas, que là où ciles existent ; » qu'on les trouve également dans les plaines et dans les vallées, sur les côteaux et mème » sur les montagnes les plus élevées. »
Après s'être ainsi exprimé, le docteur Dvwigh émet l'opinion que les maladies dont nous avons parlé sont plutôt produites par les putréfactions animales que par les eaux stag-
nantes ou les miasmes marécageux.
« I ya plusieurs années, écrit-il, que je mis » une certaine quantité de graines de poivre » dans un verre d’eau , ct peu de jaurs après, » j'aperçus une légère écume répandue sur sa » surface. Après quelques autres jours, en » EXaminant cette écume avec un microscope ,
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» Je visqu elle contenait une infinite d'animaux » vivans. Au bout de deux ou trois jours encore, » jinspectai de nouveau l'écume et n'y trouvai » aucune apparence de vie. Après une autre » courte période , l'écume se trouva de nouveau » remplie d'animaux vivans , qui disparurent » ensuite ; et cola continua ainsi alternative- » ment jusqu'à ce que l’eau devint si fétide » qu'il ne fut plus possible de l’examiner. La » conclusion que je tirai de ces faits , c'est que » la première race de ces animalcules , qui était » morte après avoir fait ses œufs, avait été » remplacée au bout d'un court intervalle par » une seconde, et qu'à celle-ci avait succédé » une troisième.
« La fétidité qui provient de la putréfaction » de ces êtres éphémères, diffère sous un rir - » port, de celle que produit la mort d'animaux » d’un plus gros volume : quoiqu'elle ne soit » sensible qu'à une petite distance , elle est peut- » tre plus répugnante que l'odeur d’un cadavre » corrompu ; elle est au moins beaucoup plus »suffocante. Quand de pareilles émanations se » portent sur les poumons, il semble que la »nature ne puisse y résister, et que l'on soil
» prêt à succomber sous leur impression. Gette » odeur avait une qualité piquante , qui luiétait > propre, et qui semblait affaiblir la force vi- » tale, visvitæ, d’une manière différente de tout » ce que j'ai pu éprouver jusqu'alors.
» L'écume qui recouvrait cette eau de poivre, »paraissait être la même que celle que l'on » aperçoit quelquefois dans les fortes chaleurs » sur les eaux stagnantes, et qui abondent dans » les maraisexposés au soleil. La putréfaction vé- » gétale semble être nécessaire à la production, » étmême à l'existence de ces petits animaux ; »ou du moins leur être concomitante.
» Quelque influence que puisse avoir la pu- » tréfaction végétale , je suis fortement porté, » par plus d'un motif, à croire que la pu- \ tréfaction animalculaire est la cause immé- , diate de ces maladies de toute espèce que l'on attribue justement aux eaux stagnantes. Il » sera , je pense, universellement reconnu que , desemblablesmaladies ne proviennent jamais , d'eaux ‘stagnantes qui ne sont pas couvertes , d'écumes dans une grande partie de leur sur- » face ; et peut être en viendra-t-on à recotinaître que la plupart, pour ne pas dire tous
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» les lieux où les caux stagnantes sont recou- » vertes de cette écume', sont insalubres. Au- » tant que j'ai pu l’observer, les lacs de la Nou- » velle Angleterre, sont entièrement exempts » de la plus légère pellicule de cette nature; » leurs eaux sont pures et potables ; elles sont » produites par des sources souterraines, et elles » sont, par conséquent, trop froides , ct, de » plus , trop agitées par les vents, pour per- » mettre ordinairement l'existence d’animal- » cules. »
Cette opinion , quelque plausible qu'elle paraisse , est, comme beaucoup d’autres théories qu'on émet, incapable de supporter l'épreuve d'un examen approfondi : maintenant, dans la partie Occidentale du Haut-Canada, où les fièvres sont très-fréquentes, il y à fort peu de lacs ou d’étangs dont les eaux soient stagnantes, et ils sont tous formés par des eaux potables , aussi pures et aussi limpides qu'aucune eau puisse l'être dans la même situation. En effet, ils s’alimentent par des sources, qui dans les plus grandes chaleurs de l'été, conservent parfaitement leur fraicheur, et sont, par conséquent, exemptes de putréfaction animalcu-
laire. Le contraire a lieu dans les parties Orientales du Haut-Canada, et dans la plus grande partie du Bas-Canada , où ces maladies sont entièrement inconnues.
Dans le Canada, le temps est toujours plus froid lorsque le ciel est brillant et clair, etlorsque le vent souffle du nord-ouest; la neige tombe rarement , tant que le mercure demeure audessous de zéro. Or pouxra aussi se former quelque idée de la rigueur de la gelée, lorsqu'on saura que de l’eau jetée en l'air, à une certaine hauteur, est complètement cristalisée avant de retomber sur la terre. Dans le Haut-Canada, l'on a rarement de la pluie pendant l'hiver ; mais quand il en tombe, elle est invariablement accompagnée d'une gelée très-piquante.
Rien ne peut surpasser la bea 1té des forêts dans cette circonstance. À mesure que la pluie tombe sur les arbres , elle se gêle immédiatement ; et si clle continue pendant long-temps à tomberavec abondance , les troncs des arbres, leurs branches'et leurs rameaux, sont si complètement couverts de glace et garnis de glacons, que la forêt semble transformée en un innombrable assemblage de chandeliers de cristal ,
LETIRE XX. 4 )
Drien- qui réfléchissent dans leurs festons élégaminent rande taillés les rayons de la lumière , avec toutes ht en- les couleurs de l’arc-en-ciel. Le soir, lorsque
les rayons de la lune descendent sur la scène, s plus et viennent l'éclairer de leur lumière argentée , btlors- on voit un spectacle nouveau : les sommets des ombe arbres paraissentrevêtus de pur or ; les perles et e au- | les améthystes semblent semés avec profusion. ormer | En été, les phénomènes météorologiques ne qu'on sont ni moins brillans, ni moins étonnans. rtaine Pendant les mois de juin, de juilletet d'aont , ant de l'aurore boréal éclaire notre ciel , nos bois ,no: nada , champs, nos demeures, et, je crois, que je iver ; pourrais dire jusqu'à nos âmes ; car un homme jable- qui n’est pas encore arrivé au dernier degré ante. d'insensibilité, ne peut résister à l'influence sdans qu'un pareil phénomène doit nécessairement ombe exercer sur l'âme du spectateur enchanté. Nous nent ; sommes , en général, instruits de son apparitom- tion, par le craquement et le sifflement qu'elle leurs produit. Les nuages qui couvrent l'horizon du lète- côté de l'Orient, commencent à se mouvoir du OS: | Nord, et ensuiie du Sud. Ils circulent d’une extrémité des cieux à l'autre exrémité avec
et sagitent ainsi con-
tal li rapidité de l'éclair,
tinuellement jusqu'à ce que toute la voûte du firmament paraisse embrâsée. Je me suis souvent assis en plein champ pour admirer les mouvemens constamment variables de cet étonnant phénomène , qui me paraissait toujours nouveau et toujours sublime.
Le phénomène météorologique, bien remarquable , dont je place ici l'intéressant récit, extrait du journal de Montréal , arriva à une époque où je ne résidais pas encore dans cette ville.
« L'étonnante apparition qui a eu lieu la semaine dernière , laissera de jongs souvenirs parmi les habitans de ce district, et le jeudi de cette même semaine sera classé dans les siècles futurs. avec le célèbre dimanche si obscur qui eut lieu en 1785. Il s'est passé une série d’évènemens également faits pour produire une forte impression sur les ignorans comme sur les hommes instruits. Les premiers ne considèreront ces évènemens que tels qu'ils sesont passés, et avec un mélange de crainte et de respect ; ils ÿ verront l'intervention immédiate de celui qui dirige à son gré les ouragans et les tempôtes. Les derniers s'abasseront , se re-
voûte ne suis irer les eteton- Jujours
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cucilleront en eux-mêmes, et frémiront à !à pensée de leur néant. Toutes leurs connaissances, leurs longues études des causes et des effets, seront insuffisantes, pour expliquer les aberrations du cours ordinaire de la nature, dont ils ont été les témoins.
« Le premier incident extraordinaire , qui attira l'attention générale, eut lieu dimanche dernier. La matinée était extrêmement sombre pour la saison , et, vers les huit heures, l'atmosphère parut couvert d'un nuage épais.
Le vent était léger, soufflait du Nord Nord- Ouest, et semblait insuffisant pour repousser l'épaisse vapeur qui flottait au haut du firmament. Un peu avant neuf heures , il tomba une averse de pluie d'une couleur d’airain très - foncé et paraissant imprégnée d'une substance noire qui ressemblait à la suie ; circonstance qui semblait expliquer ce qui se passait alors dans Îles cieux. On conjectura qu'un volcan avait éclaté dans quelque région éloignée , et que les cendres de l’éruption se mélant aux nuages leur donnaient cette couleur surnaturelle. Dans le cours de la journée, le
temps devint clair, et Faprès-midi fut assez agréable.
« Le jeudi suivant fut un jour d'anxicté, et donna lieu aux conjectures les plus alarmantes. Dans les premiers momens de la matinée, le ciel fut clair et serein. La brise légère du nord-ouest et le froid piquant qui avait régné pendant la nuit, nous laissaient espérer une journée également propre aux affaires et aux plaisirs. Vers les dix heures , le vent devint variable , tournant tantôt vers l'ouest et remontant ensuite vers le nord. Une vapeur épaisse et humide parut cnvelopper toute la ville, et l'aspect de l'atmosphère semblait annoncer une pluie prochaine et abondante. A mesure qu’on avança vers le milieu du jour, le temps se surchargea de plus en plus d'épais nuages. L'obseurité s’accrut à tel point qu'entre midi et une heure, il devint indispensable d'allumer des flaimbeaux dans tous les bureaux publics de laville , et même dans les étaux des bouchers sur la place du marché. L'obseurité continua à s’accroitre. et avec elle la crainte de voir arriver quelque événement funeste, poui dernier résultat d'une journée qui s annonçait
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inoncail
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sous d'aussi fâcheux présages. Mais bien que l'obscurité allait toujours croissant , elle ne fut pas uniforme dans ses progrès. De temps à autre, un rayon de lumière d’un blanc argenté semblait percer un moment l'épais atmosphère et y répandre une clarté passagère qui disparaissait au bout de quelques secondes.
« Ce fut pendant cette période , que l'aspect des cieux parut plus remarquable pour un observateur attentif : l'obscuri'é devenue encore plus sensible par les effets momentanés de la pâle lumière qui venait .éclairer , inspirait aux spectateurs alarmés un redoublement de frayeur. Tous considéraient ce phénomène comme immédiatement lié à quelque grande convulsion de la nature. Mais personne ne pouvait juger s’il en était le précurseur ou seulement la suite. Un peu avant deux heures après midi , on ressentit sur divers points de la cité une légère secousse de tremblement de terre , accompagnée d'un bruit ressemblant à celui que produit au loin la décharge d'une pièce d'artillerie. Comme l'attention de tous les habitans était particulicrement dirigée vers l'état du ciel, cette secousse ne produisit que peu di
sensation. L'obscurité qui augmentait toujours occupait toutes les pensées. Et toute autre considération disparaissait devant la pénible attente des résultats qui pouvaient avoir lieu. Environ vingt minutes après trois heures, au moment où l'obscurité était parvenue à un degré tel qu'elle ne pouvait plus augmenter, toute la ville fut instantanément illuminée par un des éclairs les plus vifs et les plus brillans qu'on eut jamais vus à Montréal. Il fut soudainement suivi d'un violent coup de tonnerre si bruyant et si rapproché , qu'ilébranla jusques dans leurs fondemens les édifices les plus solides.
« La proximité du tonnerre et la violence de la secousse firent penser à plusieurs personnes qu'un second tremblement de terre avait eu lieu. S'il en a été ainsi, la commotion s'étant opérée en même temps que l'ébranlement occasionné par le coup de tonnerre, n'a pu en être distinguée. Mais nous pensons que le mouvement vibratoire qui fut ressenti, doit être entièrement attribué à la proximité des nuages , au moment où ils se dégageaient des parties électriques qu'ils contenaient. Le premier coup fut suivi de quelques autres et accompagné
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d'une pluie très-abondante semblable à celle qui avait tombé le dimanche précédent , mais d'une couleur plus sombre et qui paraissait plus chargée de matières noirâtres.
« Après que le tonnerre et la pluie eurent cessé , l'obscurité ne disparut pas aussi complétement qu'on aurait dû l'attendre , si elle eut été occasionnée seulement par la présence des nuages orageux. Elle continua toujours au contraire , et parut même s’accroitre jusqu'à quatre heures. Cet dant l'inquiétude générale se calma, parce que la cause de ces ténèbres extraordinaires se trouvait en partie expliquée. I serait difficile de peindre la situation générale des esprits pendant l'après-midi de cette journée où tout le monde s'attendait à quelque terrible catastrophe.
Aux approches de la nuit, on fut moins sensible à la continuation de l'obscurité avec laquelle on s'était en quelque sorte familiarisé , et on parla avec plus de sang-froid de tout ce qui s'était passé jusqu'à ce moment. Mais les évenemens de cette journée n'étaient pas encore terminés. On découvrit que la foudre avait frappé le clocher de l'église française dans la
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