NO 7.1 GRANDE FORÊT . COS
on gagne Pare : FRE de le M'Eaéré en pirogue. Ici la “forêt vous enveloppe et se fait plus charmante encore ; “l'eau la pénètre de toutes parts, et la route sur pilotis est » constamment coupée de petits ponts de bois. Quelques “fleurs enfin : des balsamines mauves et d’autres fleurs qui “rappellent les épilobes de Normandie. J'avance dans un état de ravissement et d’exaltation indicibles (sans me douter en Ho ne reverrions rien d'aussi D Ah!
à de la ose je presse le pas, m one en courant, tâchant je distancer les 5 Re Mais aussitôt ils partent tous au
D mon coup de siffler lorsque ; je serai déjà dr: Mais un . quart d'heure après il faut retourner en arrière, les chercher ; car ils n’ont pas ape et tout le convoi reste en panne.
… Peu de téraps avant Bambio, la forêt cesse, ou du moins cs clairières s'ouvrent. Des cris, des chants, nous aver- |tissent de la proximité du village. Un peuple de femmes + d'enfants accourt à notre rencontre. Nous serrons la “main de quelques chefs alignés et au port d'armes — et même, par enthousiasme et par erreur, la main de quelques simples plantons. Nous jouons aux grands chefs blancs, très dignes, avec des saluts de la main et des sourires de | ministres en tournée. Un énorme gaillard affublé de peaux . de bêtes tape sur un gigantesque xylophone quil porte pendu à à son cou ; il dirige la danse des femmes qui chan- Hoi pen des hurlements sauvages, balaient la route
devant nous, agitent de grandes tiges de manioc, ou les brisent sous nos pas en fouettant le sol bruyamment ; c'est un délire. Les enfants bondissent et trépignent. La traversée du village est glorieuse. Notre cortège nous mène à la case des passagers où nous retrouvons enfin nos braves boys et le premier convoi des porteurs.
29 octobre.
. Ce matin, j'étais allé voir l’un des chefs indigènes venus hier à notre rencoïûtre. Ce soir, il me rend ma visite. Longue conversation. Adoum sert d’interprète, assis à verre, entre le chef et moi. à.
Les récits du chef de Bambio confirment tout ce que Samba N'Goto m'avait appris. Il me raconte en particulier le « bal » du dernier marché de Boda. J'en transcris ici Je récit, tel que je l'ai copié d’un carnet intime de Garron..
« À Bambio, le 8 septembre, dix récolteurs de caoutchouc, (vingt, disent les renseignements complémentaires) de l’équipe de Goundi, travaillant pour la Compagnie Forestière — pour n'avoir pas apporté de caoutchouc le mois précédent (mais, ce mois-ci, ils apportaient double récolte, de 40 à 50 kilogrammes) — furent condamnés à tourner autour de la factorerie sous un soleil de plombet porteurs de poutres de bois très pesantes. Des gardes, s'ils tombaïent, les relevaient à coups de chicotte.
Le « bal » commencé dès huit heures, dura tout le long du jour sous les yeux de MM: Pacha et Maudurier, agent de la Forestière. Vers onze heures, le nommé Malongué, de Bagouma, tomba pour ne plus-se
1. Ils ont tous été frappés d’une amende égale au prix de leurtra: vail. Par conséquent, ils ont travaillé deux mois pour rien. L'un d'eux, qui a voulu « causer » a été en outre frappé d’un mois de prison.
moins par recoupements divers ; et a Apor administrative motiva ma lettre au Gouverneur, apporte confirmation de tous
tard par quelques exaltés, peu nombreux, et qu'il aurait suffi êter pour liquider l'affaire. Au lieu de quoi on attendit l’arrivée de a, au début de 25, qui commença les répressions avec une sauvarie terrible.
» La cause de tout cela, c’est la C. F. S. O. (Compagnie Forestière ga Oubangui) qui, avec son monopole du caoutchouc et avec la
es sclavage. Tous les villages, sans exception aucune, sont forcés de air. po et manioc pour la C.F.S. O., le caoutchouc au
Le chef nous parle encore du régime de la prison de Boda, de la détresse des indigènes, de leur exode vers une
moins maudite contrée...
Et certes je m'indigne contre Pacha, mais le rôle de la. Compagnie Forestière, plus secret, m'’apparaît ici bien. autrement grave. Car enfin, elle n’ignorait rien (je veux
dire les représentants de la-dite). C’est elle (ou ses agents)\ qui profitait de cet état de choses. Ses agents approuvaient. Pacha, lencourageaient, avaient avec lui” partie liée: C'est sur leur demande que Pacha jetait arbitrairement en prison
les indigènes de rendement insufhsant ; etc... :
caoutchouc est payé de 10 à 12 trancs le kilo aux indigènes et le manioc 2 fr. 50 le panier. Un indigène, pour récolter 10 kilos de caoutchouc, est obligé de passer un mois en forêt, souvent environ
à s ou 6 jours de marche de tout village ; par conséquent ils n’ont. pas beaucoup d’enthousiasme pour cette récolte, qui leur assure une” maigre rétribution mensuelle ; ils préfèrent travailler à la récolte des”
noix palmistes, beaucoup plus facile, à proximité de leur village, et
qui leur sont payées vu la concurrence (ce produit n’étant pas concédé à la C. F.S. ©.) jusqu’à un franc le ‘kilo, et souvent davantage Un indigène peut, sans fatigue, et en retournant coucher ee auit
dans son village, en fournir 30 kilos mensuellement. » Et ceci encore :
« Les prestations et portages sont faits par les femmes, malgrél ’ar=
rêté du Gouverneur Général.
» Les routes de la région sont tracées sur un terrain sablonneux
n'existe pas de cailloux. Toutes les femmes des villages travaillent
toute l’année du matin au soir pour apporter de la terre sur la chaussée ; cette terre, elles vont la chercher assez loin la plupart du temps;
elles n’ont pas d'outils pour l’extraire, et transportent cette terre sur lan tête dans des paniers. La plupart de ces femmes ont des ca au
sein. D'où mortalité infantile et dépeuplement.
» Ce travail, considéré comme prestation, n’est pas payé, et ces tra-
Vrac ne sont pas nourries. »
. Qu'est devenue cette « affaire Pacha » ? C’est ce qu’ xl serait
+ PE de savoir. Est-il vrai que mon... indiscrétion ait, valu à
LA GRANDE FORÊT 0 mi.
| Désirenx de mener à bien ma lettre au Gouverneur, je FR de remettre au surlendemain notre départ. Le peu ide mois que j'ai passés en À. E. F., m'a déjà mis en garde . contre les « récits authentiques », les exagérations et les déformations des moindres faits. je | cette scène de …« bal » n'eut, je Le crains, rien d’ exceptionnel, s’il faut en croire divers témoins directs que j'interroge tour à tour. La terreur que leur inspire Pacha les fait me supplier de . ne les point nommer. Sans doute, ils se « défileront » par 44 suite, nieront avoir rien vu. Lorsqu'un Gouverneur par- 4 court le pays, ses subordonnés se présentent, et présentent » dans leurs rapports, de préférence, les faits qu'ils jugent “les mieux capables de contenter. Ceux que je dois rapporter 4 zu Gouverneur risquent d'échapper à son investigation, je , le crains, et l’on étouffera soigneusement les voix qui F pourraient les lui faire connaître. Voyageant en simple Le touriste, je me persuade qu il peut m'arriver parfois de voir et d’entendre ce qui est trop bas pour l’atteindre. En acceptant la mission qui me fut confiée, je ne savais trop tout d’abord à quoi je m'engageais, quel pourrait être mon rôle, et en quoi je serais utile. À présent, je le sais, et je commence à croire que je ne serai pas venu en vain. … Depuis que me voici dans la colonie, j'ai pu me rendre compte du terrible enchevêtrement de problèmes qu’il ne m appartient pas de résoudre. Loin de moi la pensée d’éle- | ver la voix sur des points qui échappent à ma compétence et nécessitent une étude suivie. Mais il s’agit ici de certains
… M° Garron maintes brimades et le retrait ruineux de son permis de é chasse ?
Combien « la vérité coûte cher en brousse », ainsi que le disait un | | chef indigène, c’est ce que nous n’aurons que trop d'occasions de | constater.
Per
Rule VOYAGE AU CONGO
faits précis, complètement indépendants des difficultés, d'ordre général. Peut-être le chef de circonscription en est=. il avisé d’autre part. D’après ce que me disent les indigènes, il semblerait qu’il les ignore. La circonscription est trop vaste ; un seul homme, et sans moyens de transport rapide, ne peut suffire à tout surveiller. L’on se heurte ici, comme partout en À. E. F. à ces deux constatations angoïissantes insuffisance de personnel ; insufhsance d'argent.
Deux hommes, venus de N’Goto (environ 48 kilomètres), me rapportent mon écorçoir que j'avais égaré là bas. Ils paraïssent stupéfaits quand je leur donne un « matabiche : ». (
Au clair de lune, sur la vaste arène qui s'étend derrière le gîte d'étape, grande revue des porteurs. Marc les dénombre; les range par groupes de 10; leur apprend à se compter. Grands éclats de rire de ceux qui comprennent, devant lincompréhension de certains autres. Nous distribuons à chaque homme une cuillerée de sel ; d'où reconnais sance lyrique et protestations enthousiastes.
30 octobre.
Impossible de dormir. Le « bal » de Bambio hante ma, nuit. Il ne me sufhit pas de me dire, comme l’on fait souvent, que les indigènes étaient plus malheureux encore avant l’occupation des Français. Nous avons assumé des responsabilités envers eux auxquelles nous n’avons pas le droit de. nous soustraire. Désormais, une immense plainte in’habite; je sais des choses dont je ne puis pas prendre mon parti. Quel démon m'a poussé en Afrique ? Qu'allaïs-je done