Pourboire
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; J'envie ces journalistes dont ÿ voix porte aussitôt, quitte à s éteindre sitôt ensuite. Circulais-je jusqu’à présent entre des panneaux de mensonges ? Je veux passer dans Îla oulisse, de l’autre côté du décor, connaître enfin ce qui E cache, cela fût-il affreux. C'est cet « affreux » que je,
nos ur (es LES ro un milicien, un guide D nos deux ce et le cuisinier ; pa encore trois
po. Je n'ai pu achever hier ma lettre au Gouverneur. Hélas ! ! impossible d'écrire, ni même de prendre des notes ou. de lire entipoye. Je ne me résigne à y monter qu'après cinq heures de marche assez fatigante, car le terrain, sablonneux d’abord, devient, durant les derniers ones argileux et glissant. Après un court repos en tipoye, cinq kilomètres de marche encore. Pas de poste intermédiaire. (Si longue que soit l'étape, il faut la fournir, car on ne peut
passer la nuit en forêt, sans gîte, sans nourriture pour des. porteurs. Forêt des plus monotones, et très peu exotique d'aspect. Elle ressemblerait à telle forêt italienne, celle d'ALbano par exemple, ou de Némi, n’était parfois quelque, arbre gigantesque, deux fois plus haut qu'aucun de nos arbres d'Europe, dont la cime s'étale loïn au-dessus des autres arbres, qui, près de lui, paraissent réduits en taillis. Les troncs de ces. derniers, à demi couverts de mousse, semblent des tronc ' de chênes-verts, ou de lauriers. Les petites plantes vertes qu bordent la route rappellent nos myrtilles ; d’autres Me: « herbes à Circé » ; tout comme, dans le marigot d'avant- | hier, des plantes den rappelaient nos épilobes et nos. balsamines du Nord. Nos chataignes ne sont pas moin: bizarres, pas moins belles que ces graines dont on ne voi terre que les cosses velues. Pas de fleurs. Pourquoi nous signalait-on cette pis de la forêt comme ee RS intéressante et belle ? 1.0
A l'extrémité du parcours, le terrain, jusqu ‘alors parfaite / ment plan, dévale faiblement jusqu’à une petite rivière peus profonde, ombragée ; l’eau claire coule sur un lit Fe blanc. Nos porteurs se baignent. Ra
certains ‘docteurs, Marc me le répète pris pt: qi bien de congestion du fe de sr de fans Hi
| LA GRANDE FORÉY 4) « Bakongos» (lon appelle indifféremment ainsi les … indigènes qui travaillent pour la Forestière). Un tout . petit village à côté, N'Dèlé, habité seulement aujourd’hui par cinq hommes valides (qui sont dans la forêt à récolter … le caoutchouc) et cinq impotents qui s'occupent des plantations. Inutile de dire que ces hommes dans la forêt, non “surveillés, ne se livrent que le moins possible à un travail qui leur est si mal rétribué. De là les châtiments par lesquels le représentant de la Forestière s’efforce de bi rappeler au sentiment du devoir.
Longue conversation avec les deux chefs du village bakongo. Mais celui qui parlait d’abord, lorsqu'il était seul avec nous, se tait aussitôt qu'approche l’autre. Il ne . dira plus rien ; et rien n’est plus émouvant que ce silence et cette crainte de se compromettre lorsque nous linterrogeons sur les atrocités qui se commettent dans la print de Boda où il a été lui-même enfermé. Il nous dira plus tard, de nouveau seul avec nous, qu'il y a vu mourir par suite de sévices, dix hommes en un seul jour. Lui-même garde des traces de coups de chicotte, des cicatrices, qu'il nous montre. Il confirme, ce que l’on nous disait déjà :, que les prisonniers ne reçoivent pour toute nourriture, üne seule fois par jour, qu'une boule de manioc, grosse comme (il montre son poing).
IL parle des amendes que la Compagnie Forestière a | coutume d’infliger aux indigènes (j'allais dire : de prélever sur Ceux-ci), qui n’apportent pas de caoutchouc en quantité suffisante, — amendes de quarante francs ; c’est-à-dire tout ce qu'ils peuvent espérer toucher en un mois. Il | Siowte que, lorsque le malheureux n’a pas de quoi payer
SAT ki ce que va confirmer à son tour l'enquête administrative.
l'amende, il ne peut éviter la prison qu’en empruntant à un plus fortuné que lui, s’il en trouve — et encore est:il parfois jeté en prison « par dessus le marché ». La terreur règne et les villages des environs sont désertés. Plus tard, nous parlerons à d’autres chefs. Quand on leur demande: « Combien y a-t-il d'hommes dans ton village ? » ils font le dénombrement en les nommant et pliant un doïgt pour « chacun. Il y en a rarement plus de dix. Adoum sert … d’interprète.
Adoum est intelligent, maïs ne sait pas très bien le français. Lorsque nous nous arrêtons en forêt, c'est, dit-il, que nous avons trouvé « un palace » (pour : une place). Ildit: « un nomme » et quand, àtravers lui, nous demandons. à quelque chef : « Combien y en a-t-il de ton village qui se sont enfuis, ou qui ont été mis en prison ? » Adoum . répond : «Ici, dix nommes ; là-bas, six nommes, ethuit nommes un peu plus loin ».
Beaucoup de gens viennent nous trouver. Tel demande an papier attestant qu'il est grand sorcier de beaucoup de” villages ; tel, un papier l’autorisant à aller plus loin « faure petit village tout seul ». Quand on s’informe sur le nombre de prisonniers qu'enferme la prison de Boda, la seule réponse que j'obtiens, quel que soit celui qui me la donne: « Beaucoup ; beaucoup ; trop ; peux pas compter ». Il°y aurait parmi les incarcérés nombre de femmes et d'enfants.
1er novembre.
Trop préoccupé pour pouvoir dormir. Départ avant cinq. heures. Etape de 25 à 28 kilomètres sans user des tipoyes … un seul instant. L’on ne peut évaluer la longueur d'une … route non jalonnée, que d’après le temps mis à la parcourir. Nous devons faire, en moyenne, de cinq à six kilomètres par …
| LA GRANDE FORET + ot.
. Pre Le derniers kilomètres, dans le sable eten plein 1 … soleil, ont été particulièrement fatigants. La forêt est de e. nouveau très monotone, et sans rien de particulier ‘ . d’abord, puis, tout à coup, à mi-route, une large et pro- 4 fonde rivière aux eaux admirablement claires ; on voyait,
| à plus de cinq mètres de profondeur je pense, d’abon- Dites plantes d’eau s’agiter au dessous d’un pont sinueux,
e incertain, d'apparence extrêmement fragile, formé de tiges Die retenues par des lianes et mal fixées, presque à ras dé l'eau, sur de grands pilotis. On eût dit l’un de ces … petits couloirs de brancheset de bûches qui permettent de à traverser à pied sec les ere et lon ne se penchait
5 forêt « est de nouveau des ue étranges et des de belles. Jassocie volontiers dans ce carnet ces deux épithètes, car le paysage vient-il à cesser d’être éfrange, il rappelle CRE paysage Hi et f souvenir qu il
arums; ; mais, comme il ne me ae rien, je puis le trouver merveilleux.
… On traverse, avant d’arriver à nee où nous
avec trois tam-tams nur par un vieux hors d'usage et des enfants. Puis, un peu avant Dokundja, réception par