‹ Voyage au lac Abbitibi [i.e. Abitibi] ou Visite pastorale de Mgr J. Th. Duhamel, dans le haut de l'Ottawa [microforme]Chapitre 10 sur 11 · HIS · texte numérisé non relu

HIS

Dar DR

Du Forr WiILLIAY A OTTAWA

Séminaire de Sainte-Thérèse, 25 août 1881.

Monsreur 1e GRAND-VicaRe,

Je vous écris ces quelques lignes, NON. pas pour vous aPprendre que, hier après-midi, à 2 h., nous étions de retour à l'évêché d'Ottawa, qu’à 3 h. j'avais le Plaisir de vous presser

la main, et qu'à 9. h. p. m., je suis entré dans mes pénates; mais bien pour vous renouveler par écrit l’expression de ma reconnaissance pour tout le trouble que vous vous êtes donné à l'occasion de mes correspondances datées des Pays d'en Haui. Je ‘ésire aussi faire parvenir par votre bienveillante entremise mes remerciments à M. le Rédacteur du Canada qui a bien voulu faire à mes lettres l'honneur de leur ouvrir les colonnes de son journal.

De plus, comme les lecteurs de sette intéressante gazette nous ont suivis à travers les lac:, les rivières, les portages et les rapides, je ne voudrais pas les laisser dans l’inquiétude sur notre compte; et, après leur avoir communiqué ‘ nos longues erreurs sur la terre et sur l’on-

de,’’ en toute justice vous devez leur faire savoir que nous sommes arrivés sains et saufs à Z{haque.

Un si beau voyage, rempli de tant de charmes et de poésie, devait tout naturellement expirer enveloppé dans un rayon de soleil couchant. Lundi à 6 h. p. m., le steamboat de l’obligeant capitaine Thibeaudeau, nous prenait au fort William pour nous transporter à Pem-

broke ; notre caravane s'était accrue

du Docteur Faure et du Rév. M.

Marion. Nous nous engageons dans

ce dédale d’îles appelées les Narronws.

Le grand poète national, Crémazie, dans up de ses chants inspirés, parlant de ce qui suivit la chute de nos premiers parents, a imaginé de dire :

Que les archanges sur leurs aies, Prenant l’Eden silencieux,

Au haut des sphères éternelles Le déposèrent dans les cieux.

Mais, en s'élançant dans l’espace, Ils laissèrent sur le chemin, Tomber, pour indiquer leur trace, Quelques fleurs du jardin divin.

Et ces fleurs aux couleurs mobiles, Tombant dans le fleuve géant, Firent éclore les Mille-Iles,

Ce paradis du Saint-Laurent.

Ces archanges, par mégarde, ont dû. en laisser tomber quelques-unes dans le lit de l’Ottawa, à la tête du lac des Allumettes; et elles ont formé cet archipel d’ilots enchanteurs, ces berceaux de verdure. qui semblent là-bas flotter sur la surface liquide, ces bouquets de sapins odorants fièrement assis sur leur base de granit, ces touffes ombreuses de pins gigantesques qui baignent

leurs pieds dans les eaux profondes, ces rochers couverts de mousses tendres et verdoyantes, et ceintsde leurs larges ceintures de sable d’or, îles charmantes qui à travers les illusions du crépuscule, se dressent devant vous comme autant de palais féériques et de villas enchantées, au milieu desquelles circule votre bateau dans des lagunes limpides, longues, étroites, sinueuses.

- À 8 h., lorsque la vue s'ouvre large sur le lac, nous aperçûmes dans un lointain indécis la ville de Pembroke qui étend sur une côte en amphithéâtre ses quartiers florissants, l’église catholique dont le fini et les proportions sont dignes d’une cathédrale, le grand couvent des Sœurs de la charité, le presbytère vaste et bien bâti, de nombreuses

maisons de plaisance, entourées de Jardins, de parterres et de massifs d'arbres, qui donnent à la jeune ‘ Reine du Haut de l’Ottawa” des airs, non-seulement d'activité et de go a head, maïs encore d'élégance, de richesse et d’opulence. À cette vue je ne puis m'empêcher de songer à notre ancien confrère et ami, Grand- :

Vicaire comme vous, lequel a failli, dit-on, glisser en Charybde, mais qui n’en est échappé que pour tomber en Scylla.

À Pembroke nous fûmes les hôtes du Dr Faure, et nous eûmes grandement à nous louer de sa franche et joyeuse hospitalité, ainsi que de la gracieuse réception que firent à Sa Grandeur les dames religieuses du couvent.

Le lendemain, 24 août, la vapeur

nous emportant à toute vitesse, nous déposa au lieu du départ à 13h.

p. m., après un voyage de 30 jours, 2 heures et 30 minutes, le tout bien compté.

Aujourd'hui je me repose délicieusement dans le calme et le silence du séminaire, en compagnie des amis, à l'ombre de nos bocages, en attendant que ces chers élèves reviennent animer la solitude de ces lieux.

Votre neveu, M. Silvio Corbeil, est en retraite avec ses confrères, 1l sera tonsuré dimanche, la soutane lui va à merveille.

Quand vous verrez Monseigneur l’évêque d'Ottawa, veuillez vous faire auprès de lui l’interprête de mon respect profond et de ma plus vive gratitude. |

Je demeure pour la vie, avec la plus haute considération, Monsieur le Grand-Vicaire, votre très dévoué et très obéissant serviteur.

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