INTRODUCTION
Les tribus indiennes paraissent avoir exploité les Historique, mines de cuivre du lac Supérieur depuis les temps les plus reculés; elles ont enlevé des quantités considérables de ce métal, qu'elles employaient pour leurs armes, pour leurs armements et comme objet d'échange. Leurs travaux ont été mis progressivement à découvert par les exploitants actuels ; leur antiquité est constatée' par l'épaisseur de la terre végétale qui recouvre les déblais, et par les dimensions des arbres séculaires qui ont poussé sur ces terrains.
Les travaux anciens ont été d'abord attribués à une race différente de celle des Indiens ; mais leur disposi tion uniforme, les procédés employés pour dégager et détacher les morceaux de cuivre, le feu et des marteaux de pierre, la certitude que les Indiens ont exploité, rendent l'hypothèse peu probable, et ne permettent pas de croire à l'existence d'une race plus éclairée que celle des Peaux-Rouges.
On trouve dans les publications faites au dix septième siècle sur le Canada, des indications assez certaines sur Texistence du cuivre natif sur les bords du lac Supérieur, et l'exploitation de ce métal par les Indiens.
L'ouvrage le plus curieux à consulter est celui rédigé par les Pères jésuites , sous le titre : Relation de ce qui s'est passé à la Nouvelle-France dans les missions des PP. de la Compagnie de Jésus ^ depuis 1632 jusquen 1772.
6 tOYAGE AU LAC SCPÉRIEUK.
Ces relations contiennent les notes recueillies dans )es voyages des missionnaires Raymbault, Jogues, René Mesnard, Allouez, Dablon, Marquette, etc...
Ces hommes énergiques , entraînés par leur zèle religieux, n'hésitaient pas à parcourir seuls les territoires du lac Supérieur et du lac Michigan , dans le but de convertir à la religion chrétienne les habitants des forêts vierges.
Plusieurs d'entre eux devaient posséder une instruction très-avancée, car la carte du lac Tracy ou Supérieur, publiée en 1 669 sur leurs indications, est d'une exactitude remarquable : nous devons admirer l'énergie indomptable que ces religieux ont montrée en parcourant seuls ces contrées sauvages, qui maintenant encore sont d'un accès difficile.
Il résulte des relations écrites par les P P. jésuites , que les tribus indiennes venaient à certaines époques exploiter le cuivre natif sur les côtes du lac Supérieur, et que leurs chefs religieux se réservaient la direction des entreprises comme un moyen d'influence : les missionnaires rapportent un grand nombre de légendes et de traditions superstitieuses répandues parmi les Indiens, auxquels leurs chefs recommandaient le plus grand secret vis-à-vis des étrangers.
Plusieurs missâons furent établies par les jésuites au Saut-Sainte -Marie, à Makinaw, à la Pointe, etc., toutes en des localités admirablement choisies. Sur leurs indications, le gouverneur de la Nouvelle-France, M. de Talion , fit prendre possession de tous les territoires au nom du roi. Cette cérémonie fut accomplie au mois de mai 1671, au Saut-Sainte-Marie, par M. de Lussan, en présence du Père Marquette et d'une nombreuse réunion des tribus indiennes.
Les efforts des missionnaires, la prise de possession
VOYAGE AU LAC SUPËRIEtUt. *)
au nom du roi, furent complètement stériles : la contrée passa entre les mains de l'Angleterre en 1 763, en même temps que le Canada ; la génération actuelle n'a conservé d'autre souvenir des Jésuites et de la France que des traditions sur les richesses en cuivre et la langue française, que les ouvriers canadiens parlent encore avec la plus grande pureté.
L'Angleterre n'eut jamais qu'une souveraineté nominale sur les terrains toisins du lac Supérieur et du lac Michigan, terrains qui furent annexés aux États- Unis après la guerre de l'Indépendance. La ligne de démarcation entre les possessions anglaises et américaines est tracée sur la carte que je joins à mon mémoire (PL VI). Elle coupe à peu près par la moitié les lacs Ontario, Érié, Huron et Supérieur.
Bien des voyageurs ont parcouru le Canada et ont pu recueillir des renseignements sur les richesses minérales exploitées par les Indiens sur les bords du grand lac. Le baron de la Houton, le professeur suédois Peter Kalm, Charlevoix, Heunepin, Hériat, Henry, etc., ont publié des relations plus ou moins exactes des mines de cuivre du lac Supérieur, que cependant ils n'ont point tous visité. On doit remarquer particulièrement les voyages de Henry^ publiés à New-York en 1 809.
Henry, négociant anglais, fit plusieurs voyages au lac Supérieur, et dirigea deux tentatives d'exploitation. Tune en 1772 dans la contrée d'Ontonagon, l'autre en 1773 sur la rive nord du lac. Ces travaux n'ont donné aucun résultat; mais il est important de constater que la première tentative d'exploitation des mines de cuivre a été faite par un Anglais.
Henry parle dans ses relations de voyages d'une masse de cuivre en évidence sur les bords de la rivière Ontonagon, et connue sous le nom de Copper-Rock.
Elle a été transportée dernièrement à Washington devant le département de la guerre.
L'existence de l'argent natif n'avait pas échappé à la sagacité de Henry, qui la signale dans ses mémoires. — Après la prise de possession par les Américains^ l'attention du gouvernement se porta vers ces régions, que Jes relations des voyageurs présentaient comme étant d'une richesse extraordinaire en cuivre et en argent. Deux explorations furent ordonnées successivement par le département de la guerre : Tune conduite par le général Cass, en 1819, l'autre sous la direction du major Long, en 1825.
Toutes les deux eurent pour objet l'étude des rives méridionales du lac Supérieur et les bords du Mississipi
Les résultats obtenus ont été publiés dans le recueil scientifique American Journal of sciencty en 1 82 1 et en
Ces deux expéditions constatèrent l'existence du cuivre et de l'argent sur les bords du lac Supérieur, mais en même temps posèrent la conclusion que le pays était trop éloigné de toutes les contrées habitées pour que les mines pussent être exploitées immédiatement.
Le gouvernement des États Unis n'a pas perdu de vue les richesses minérales du lac Supérieur; convaincu que, par les chemins de fer, les canaux et la navigation à vapeur sur les grands lacs, les communications deviendraient faciles, il a conclu successivement plusieurs traités avec les tribus indiennes pour l'abandon de tous les terrains depuis le Saut-Sainte-Marie jusque bien au delà de Fond-du-Lac.
Ces traités sont datés de i836, 1837, i843, 1854; les trois premiers sont déjà mis à exécution ; on peut parcourir toute la partie maintenant explorée du lac Supérieur sans rencontrer un seul Indien.
En 1 84 1 , Fattention des Américains fut appelée sur les mines de cuivre de ce pays par M. Douglas Houghtoiiy géographe de l'État de Micbigan. Après avoir fait plusieurs explorations de la côte méridionale, ce savant distingué put présenter à la législation de l'État de Micbigan, le i*' février 1 84i , un rapport esquissant les principaux traits de la contrée, démontrant sa richesse minérale et la nécessité de dresser les cartes géographique et géologique.
Chargé de ce travail important , il le dirigea de manière à faire en même temps les deux cartes ; mais il ne put malheureusement les achever : il périt dan» une tempête sur les bords du lac, le i3 octobre 1847.
Après sa mort, la carte géographique fut achevée : le gouvernement chargea de la carte géologique M. le docteur Cb.-T. Jackson, et ensuite MM. J.-W. Foster et J.-D. Wbitney, ayant sous leur direction de nombreux assistants. Les rapports et la carte ont été publiés en i85o et i85i.
Depuis 1842, plusieurs compagnies américaines ont commencé des explorations , en vertu de permissions délivrées par le département de la guerre, sous la protection d'un détachement de troupes , établi au fort Wilkins , à Copper-Harbor, protection rendue bientôt inutile par l'abandon complet du pays par les Indiens.
Le nombre des explorateurs augmenta rapidement ; et quand le 6 mai i846, le gouvernement se décida à supprimer les permis de recherche pour vendre les terrains par lots, à mesure que les travaux des cartes géographique et géologique étaient suffisamment avancés , plus de mille permis avaient été délivrés, et les recherches commencées sur neuf cent soixante et une parties.
Les travaux faits jusqu'en i846 et même plus tard, entrepris au hasard, sans aucune connaissance du vé-
ritable mode de gisement du cuivre, avec la persuasion: que ce métal était répandu partout en grande abondance, ont absorbé des sommes énormes, et n'ont donné d'heureux résultats que pour un très-petit nombre de compagnies.
La carte géologique, en délimitant exactement les terrains, en faisant connaître le mode de gisement du cuivre, en discutant les bons et les mauvais résultats obtenus, a permis de diriger les recherches avec plus de certitude, et a rendu un immense service aux exploitants. Il est maintenant possible de distinguer les filons qui méritent une exploration sérieuse, bien qu'il ne soit pas encore permis de reconnaître, aux caractères présentés par les affleurements des filons, ceux qui sont très-riches en cuivre dans la profondeur.
Au moment actuel , toutes les parties du terrain métallifère, c'est-à-dire celles dans lesquelles les filons peuvent être productifs, ont été vendues à des particuliers ou à des compagnies à un prix extrêmement minime, sous la condition de payer à l'État de Michigan i dollar, soit 5 fr. a5, par tonne de cuivre pur contenu dans les produits des mines en exploitation.
De nombreuses compagnies se sont mises sérieusement à l'œuvre , ont dépensé et dépensent encore des sommes considérables ; mais la plus grande partie des terres vendues par l'État est à peine explorée, et plusieurs compagnies, possédant de vastes étendues de terrains métallifères, se bornent à faire les travaux nécessaires pour constater l'existence des filons ; elles cherchent à les revendre à des prix élevés, soit à des sociétés américaines, soit à des sociétés étrangères.
La production du cuivre natif de toutes les mines du lac a dépassé deux mille tonnes en i854, et très-probablement s'élèvera à plus de trois mille tonnes en
i855 .-résultat qui doit surprendre vivement, siVon considère les difficultés que présente l'exploitation dans un pays encore couvert de forêts vierges, si éloigné des contrées habitées, exploré depuis si peu de temps.
Le lac Supérieur a été le sujet de plusieurs publica- Publications
. , . , , , 1 , , fa'i«s sur le lae
tions mtéressantes, et qui m ont été d un grand secours supérieur, pour le travail que j'ai entrepris. Je crois devoir en donner la liste :
Message du président des États-Unis aux deux chambres du Congrès, au commencement de la session du 31 • Congrès. 24 décembre 1849.
Ce livre contient les journaux de voyage des géologues chargés, sous la direction de M. le D' Jackson, de dresser la carte géologique, avec toutes les observations météorologiques et barométriques qui ont été faites ; il est accompagné par les cartes détaillées des différentes parties du lac Supérieur.
Rapport sur la géologie et la topographie d'une partie du lac Supérieur^ par M. J.-W. Poster et J.-D. Whitney. — 1 85o et 1 85 1 , avec les cartes de tout le lac.
On trouve dans ce rapport la description géologique détaillée de toute la partie américaine du lac , et des renseignements sur les principales mines en exploitation.
Lac Supérieur ; ses caractères physiques, sa végétation et sa Faune, par Louis Agassiz ; avec une Narration du voyage, par M. J. EHiot Cabot. — Boston, i85o.
Ce livre rend compte du voyage scientifique de M. L. Agassiz sur les côtes orientale et septentrionale du lac : il renferme des détails géologiques intéressants, principalement sur les phénomènes erratiques ; mais il ne contient aucun renseignement sur les mines de cuivre. Le but principal du voyage de M. Agassiz a été l'étude de la faune et de la flore du lac Supérieur, et sous ces
iU a. vPS-aiti-.;
ivre, leâ .amesra rtnitHUUiiJii.
5 * il iî. îea ••aiaeicxw'ineiiL-, k-
Dirau r-œ mnoflAinie '-^^ ...•ir.iiu r <|De]'u .j. .•aiiat-nirp'"".iiw •*• OBB e less L . len mi.-.* ^:crf
Keax -smimiui .u\ iiaia::u...:>--.
le. :ont -a nnserraai: mn u.r"
iT.
15 e *»rpmi«»r. trii>.*- . ^ -*- - ^— '
TDisieme r.nUk^r.i i. — .- .... - ~ .
îiir J. tr.«aiaiu •^. . - - — '". -
deux points de vue son travail est complet et des plus remarquables.
La Richesse minérale des États-Unis, ipsiV M. J.-D. Whitney. — Philadelphie, i854-
L'auteur fait connaître dans cet ouvrage Vétat véritable de rhidustrie minérale dans toute Fétendue de r Union ; il met en évidence l'importance des différentes mines, et complète son travail par la comparaison des gisements de l'Amérique avec ceux des mêmes minerais en Europe (i).
Dans le voyage que je viens de faire au lac Supérieur, j'ai pu parcourir presque toute la pointe de Keweenaw, depuis son extrémité jusqu'à la mine de Cliff-Mine, et la contrée d'Ontonagon dans toute la partie dans laquelle les mines sont exploitées activement. J'ai pu étudier assez complètement, dans un temps relativement très-court, les mines en exploitation, les travaux d'exploration commencés, et me faire une idée assez exacte de la disposition géologique des terrains. J'en suis redevable à la bienveillance et à l'activité infatigable de M. Stevens , qui m'a servi de giyde dans toutes mes excursions , ainsi qu'à la complaisance des directeurs et ingénieurs des mines du lac Supérieur, qui m'ont facilité de tout leur pouvoir la visite de leurs travaux. Je les prie de recevoir ici mes remercîments les plus sincères.
La description que je donne de la situation géographique et géologique des différents modes de gisement
(i) M. Logan vient d'achever une partie delà carte géologique du Canada, comprenant les rives anglaises du lac Supérieur. Cette carte et les nombreuses publications de M. Logan sur le même sujet présentent un intérêt très-grand, en mettant en évidence la relation des terrains du lac Supérieur avec ceux des contrées voisines.
VOYAGE AU LAC SUPERIEUR. l3
du cuivre, des mines en exploitation, est le résumé de ce que j*ai vu, des renseignements que j'ai pris dans mon voyage, et de ce qui a été publié jusqu'à présent. 11 m'aurait été impossible de distinguer ce que j'ai vu de ce que j'ai lu, sans entrer dans des discussions inutiles; mais je tiens à bien constater que j'ai fait de nombreux emprunts aux publications antérieures à la mienne, tout en conservant mon indépendance et ma façon particulière d'envisager les questions scientifiques et industrielles.
Mon mémoire est divisé en quatre chapitres : ^ Division
* * , du mémoire.
Dans le premier, j'expose la situation géographique iJu lac Supérieur.
Le second est consacré à la constitution géologique de la pointe de Keweenaw et de la contrée d'Ontonagon.
Le troisième contient la description des différents modes de gisement du cuivre et de l'argent.
Dans le dernier, je présente des considérations générales sur la situation des principales mines exploitées, et sur la production du lac Supérieur.
l4 \OYAGE A:U LAC SUPÉRIEUR.
li. VI el Vllî.