SITUATION GÉOGRAPHIQUE DU LAC SUPÉRIEUR
Le lac Supérieur est situé entre le 46* et le 48* degré de latitude et les 84" et 92* degrés de longitude ouest. Il a près de 600 kilomètres de longueur de Test h l'ouest ; sa plus grande largeur, du nord au sud, atteint 267 kilomètres. Son niveau est plus élevé de 198 mètres que celui de V Océan , et sa profondeur, assez irrégulière, dépasse 3oo mètres en plusieurs points. Ses eaux, douces et parfaitement limpides, se maintiennent , même pendant Tété, à une température assez basse : elles contiennent des poissons excellents, dont la pêche fera probablement, dans un petit nombre d'années, la base d'un commerce actif.
Le lac Supérieur est le plus septentrional, le plus élevé et le plus grand des lacs : Supérieur, Michigan, Huron, Érié, dont les eaux passent par la chute du Niagara dans le lac Ontario, et de là dans le fleuve Saint-Laurent.
Les hauteurs moyennes de ces différents lacs audessus du niveau de la mer sont :
Lac Supérieur 198", 00
Lac Michigan i82°,65
Lac Huron i82»,6û
ï>ac Érié i-jS'^M
Lac Ontario 73, "51
Sainie-Marie. Lcs deux lacs Supérieur et Huron communiquent par un canal assez large, parsemé d'îles nombreuses, et désigné sous le nom de rivière Sainte -Marie. Elle
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présente , auprès de la ville du Saut-Sainte-Marie, des rapides qui interrompent la navigation, et que les Canadiens se hasardent seuls à descendre dans des pirogues en écorce. Au-dessus des rapides, le courant de la rivière est peu sensible, mais au-dessous il est très fort dans les endroits où les rives sont rapprochées. Les grands navires à vapeur éprouvent des difficultés à suivre le chenal souvent peu profond, et touclîent assez fréquemment sur le sable.
La ville du Saut-Sainte-Marie, située au pied des rapides, est bâtie sur l'emplacement d'un ancien village indien et de la Mission des jésuites, nommée Sainte- Marie -du-Sault. Elle doit son importance à l'activité des e:|plorations de mines et à sa position, qui lui permet de servir d'entrepôt entre les ports du lac Érié et Détroit et le lac Supérieur.
Tous les objets nécessaires à la vie et aux travaux des mines arrivent au Saut-Sainte-Marie, et sont transportés par terre, sur un chemin de fer, jusqu'au-dessus des rapides, et là sont embarqués sur les navires à vapeur qui font le service du lac Supérieur. De même les produits des mines sont déchargés au-dessus des rapides, et sont amenés par le chemin de fer jusqu'aux quais de la ville. Le chemin de fer a plus de i ,600 mètres de longueur, et rend les transports assez économiques, mais le chargement et le déchargement aux deux extrémités sont extrêmement onéreux. Cette condition défavorable va bientôt cesser : une compagnie anglaise, propriétaire de vastes terrains dans la région métallifère du lac, a construit un canal long de 1.600 mètres, avec une seule écluse, dont les dimensions sont appropriées aux proportions gigantesques des bateaux à vapeur des lacs. Dès le mois de juin i855, le canal doit être ouvert à la navigation et permettra aux grands na-
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vires du lac Érié de pénétrer jusqu'aux ports de la pointe de Keweenaw. 11 en résultera pour les entreprises de mines une impulsion très- vive, non-seulement par rabaissement des frais de transport , mais encore et surtout par la plus grande activité de la navigation. Les arrivages seront faciles, tandis que maintenant ils sont fort incertains et très-irréguliers.
Uakinaw. Lcsdcux lacs Hurou et Michigan, dont le niveau>esl
sensiblement le même, communiquent entre eux par le large détroit de Makinaw. La navigation à vapeur et à voiles est extrêmement active sur ces deux lacs , bien que leurs bords soient presque inhabités.
Entre Chicago, au fond du lac Michigan^ et -les ports du lac Érié, les navires de toute dimension font une concurrence heureuse au chemin de fer, preuve bien évidente du développement inouï que prennent les défrichements dans rOuest.
Déiroii. La rivière de Détroit, assez large et profonde, réunit
le lac Huron au lac Érié : son courant est peu rapide, en raison de la faible différence de niveau des deux lacs. Vers le milieu de la rivière, le lac Saint-Clair présente de grands obstacles à la navigation. Ses eaux sont peu profondes, et dans les passes tortueuses et difficiles les bâtiments ne rencontrent pas plus de 2 à 3 mètres d'eau. Il faut ajouter encore que le chenal est assez mal indiqué €t souvent obstrué par des centaines de navires.
Les grands bateaux à vapeur, jaugeant deux mille tonneaux et plus , qui naviguent entre les ports du lac Érié, le Saut- Sainte-Marie et Chicago , s'échouent trèsfréquemment dans le lac Saint-Clair ; ces accidents sont peu dangereux en raison de la nature du fond (sable très-peu argileux ) ; mais ils causent des pertes de temps considérables.
Le mouvement commercial de l'ouest occupe plu-
Chemins de fer.
sieurs milliers de navires , tandis que le chemin de fer qui traverse Iç Canada, de Buffalo et Niagara à Détroit, €t le grand chemin de l'ouest de Détroit à Chicago, transportent trois fois par jour des centaines de voyageurs.
Le chemin de Détroit à Chicago est déjà prolongé au delà de cette ville, et s'avance constamment vers les bords du Pacifique, qu'il doit atteindre un jour^ bientôt peutrêtre, si l'on en croit l'impatience des pionniers américains. On parle aussi d'un projet d'embranchement vers le nord , à travers le Wisconsin , jusqu'à la ville d'Ontonagon, sur la rive méridionale du lac Supé-" rieur.
Si l'on réfléchit à ce que les Américains ont déjà fait pour la navigation à vapeur, les chemins de fer et les canaux , on ne peut traiter de chimères ces projets gigantesques; on doit croire au contraire qu'ils seront prochainement mis à exécution.
Les chutes de Niagara, justement célèbres comme les plus grandioses qui existent dans le monde , opposent un obstacle infranchissable à la navigation entre les lacs Erié et Ontario. La communication directe n'a du reste aucune importance , car des voies de transport économiques et rapides , des canaux à large section et des chemins de fer relient Buffalo et Cleveland aux villes de l'intérieur et du littoral.
Pour aller de New-York au lac Supérieur on peut ^^ New^vork suivre deux routes différentes , qu'il me paraît intéres- *" lac supérieur, sant d'indiquer sommairement.
La route la plus courte passe par Dunkirk et Cleveland; la distance de New- York à Cleveland est de 947 kilomètres; elle peut être franchie en chemin de fer, en vingt six heures, pour la somme de 66 fr. 2 5 c.
De Cleveland à Détroit et au Saut-Sainte-Marie , on compte 667 kilomètres; les bateaux à vapeur, ces palais
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flottants, comme les appellent les Américains, emploient ordinairement deux jours pour le trajet , sauf les cas d'échouage , d'incendie ou autres accidents.
Du Saut- Sainte-Marie aux ports du lac Supérieur, la distance varie de 35o à 5oo kilomètres. On peut les parcourir en moins de deux jours.
Le prix du passage sur les bateaux à vapeur, nourriture comprise, est très-peu élevé; on peut se rendre de Gleveland à Ontonagon pour une centaine de francs.
D'après cela , en supposant les circonstances les plus favorables, en admettant qu'on ne soit pas obligé d'at tendre les départs des bateaux , on peut aller de New- York à Ontonagon, au fond du lac Supérieur, en cinq jours, et pour une somme inférieure à 200 francs.
Une seconde route, un peu plus longue mais plus pittoresque , doit être préférée par les voyageurs que des affaires pressantes ne forcent pas à se hâter. Ils doivent s'embarquer à New- York sur les bateaux à vapeur de l'Hudson, jusqu'à Albany, passer ensuite d'Aïbany à Buffalo , Niagara et Détroit , par le chemin de fer, et enfin s'embarquer dans cette dernière ville sur les bateaux des lacs.
La distance totale à parcourir par cette route est d'environ 200 kilomètres plus longue; il faut deux jours de plus (1) que par la première route indiquée; mais on peut admirer Buffalo, la reine du lac Érié, les chutes du Niagara et le pont suspendu , d'une hardiesse extraordinaire , sur lequel les trains du chemin de fer vont traverser la rivière à 66 mètres au-dessus de l'eau.
(1) En supposant qu'on s'arrête pour visiter Bufifàlo et les chutes du Niagara : autrement , le temps strictement nécessaire est le même pour les deux routes.
Pour les machines et les marchandises, la voie la plus économique est celle de THudson , du canal de Buffalo et les lacs Érié, Huron et Supérieur. Le fret est assez élevé, et dépend de la nature des objets qu'il s'agit de transporter. Pour le cuivre, d'Ontonagon à New-York, le prix du transport est de 77 francs par tonne; il est de 79 fr. 5o c. pour Boston. Ces prix seront notablement diminués par l'ouverture du canal du Saut-Sainte- Marie; on évalue à 58 et 61 francs par tonne les frais de transport du cuivre à New-York et Boston pour la saison de i855.
Ces chiffres prouvent que les entreprises de mines au lac Supérieur sont dans une assez bonne condition pour le transport de leurs produits ; le cuivre a une valeur assez grande pour supporter 60 francs par tonne pour le transport de la mine au marché.
La position des compagnies est au contraire trèsdifficile pour les matières de première nécessité et pour les machines qu'elles doivent faire venir de Détroit, Cleveland, Chicago et New-York. Ainsi, pour ne citer qu'un exemple , le foin pour les chevaux et les bœufs provient de Détroit , et la farine est expédiée de Cleveland et de Chicago.
Il convient encore d'observer que la saison pendant laquelle la navigation peut être régulière ne dure pas plus de quatre à cinq mois , et que trop souvent les bateaux à vapeur, par suite d'échouages, sont obligés de jeter à l'eau tout ou partie de leur chargement : il en est résulté déjà plusieurs fois des retards de plus d'une année dans l'arrivée des machines, destinées à l'épuisement ou aux ateliers de préparation mécanique.
Je donnerai peu de détails sur la géographie du Géographie. lac Supérieur, suffisamment indiquée par la carte de MM. Foster et Whitney. (Voy. PI. VI.)
Les deux promontoires Gros-Cap et Poinle-aux-Icoquois forment les colonnes d'Hercule du grand lac, et marquent l'entrée de la rivière Sainte-Marie ; sur la rive méridionale appartenant aux États-Unis , on doit remarquer principalement :
Le promontoire de White-Fish-Point , avec ses terrasses de sables et d'alluvions;
Les falaises de grès rouge et de grès blanc , voisines de Grand-Island , auxquelles leur apparence bariolée , résultant des alternances de couches de grès de couleurs différentes, a fait donner le nom de Pictured rocks ;
La baie de Chocolate-River, près de laquelle se trouvent d'immenses dépôts de minerais de fer, exploités avec quelque activité ;
La baie très-profonde , nommée Keweenaw-Bay, au nord de laquelle sont les terrains métallifères ;
La langue de terre dite Keweenaw- Point, séparée presque complètement de la terre fenne par le lac du Portage ;
Les montagnes élevées, Porcupine Mountains, à l'ouest de la rivière d'Ontonagon , et enfin les îles nombreuses qui environnent la pointe Détour^ et dont le port principal a été le siège d'une ancienne mission des jésuites.
Toute la partie occidentale depuis le fond du lac jusqu'aux possessions anglaises, qui commencent à Pigeon-Riverj est à peine explorée ; elle appartient à l'État de Minnesota, et les traités avec les tribus indiennes, pour l'abandon du territoire, datent seulement de 1854.
La côte septentrionale est bien plus accidentée que la ^ rive américaine ; elle présente des îles nombreuses, des baies très-profondes, et des montagnes très-=élevées qui s'avancent dans le lac.
TOYAGE AU LÂG SUPÉRIEUR. 91
Enfin vers Test le rivage n'offre que des baies ouvertes , dans lesquelles les navires ne pourraient pas trouver un refuge contre les tempêtes.
Deux îles , . Michipicoten et île Royale , méritent de fixer l'attention : toutes les deux sont marquées sur l'ancienne carte des PP. jésuites, et désignées par eux, d'après les traditions indiennes, comme étant d'une grande richesse en cuivre natif. Ce fait n'a pas été vérifié par les explorations récentes , car les travaux sont presque abandonnés dans Tîle anglaise (Michipicoten), et l'île Royale ne produit pas annuellement 4o tonnes de cuivre.
L'île Royale , plus rapprochée du Canada que de la côte méridionale , appartient à l'État de Michigan ; elle est placée en regard de la pointe de Keweenaw, et présente avec elle de grandes analogies de constitution géologique. Elle possède des baies profondes et bien abritées, des ports vastes et sûrs, à ses deux extrémités et sur la côte méridionale, tandis que vers le nord le rivage est peu accidenté et présente des falaises escarpées.
Bien des filons, contenant des minerais de cuivre, du cuivre et de l'argent natifs, ont été constatés près des rives anglaises et américaines et dans les deux îles désignées précédemment; cependant l'activité des exploitations est concentrée à la pointe de Keweenaw et dans la contrée d'Ontonagon. Ce sont les deux parties du lac Supérieur qui présentent maintenant le plus grand intérêt industriel ; ce sont celles qu'il importe le plus de visiter, et celles que je décrirai plus spécialement.
Il est assez curieux de constater la situation des villes ^* ^nl?» **** et des villages établis sur la côte méridionale du lac *"' ^** ^'«««ges. Supérieur, à des distances comprises entre huit cents et mille kilomètres de Détroit , qui est maintenant la grande ville civilisée la plus rapprochée.
En suivant la côte de Test à Touest , et partant de l'extrémité de la pointe de Keweenaw « on rencontre successivement les ports , les villes et les villages de Copper-Harbor, Agate-Harbor, Eagle-Harbor, Eagle- River, Portage, Elm et Misery-River,-"Ontonagon, Pewaric et la Pointe.
Copper-uarbor. Goppor-Harbor est un port assez vaste , Ùen abrité contre les vents du nord, du nord-ouest et du nord-est, qui soufflent trop fréquenmient avec une violence inconcevable : son entrée est indiquée par un phare dont le feu peut être aperçu pendant la nuit à la distanc-e de six à sept kilomètres.
En face l'entrée se trouve le fort Wilkins, élevé en 1 844 pour le détachement de soldats destinés à protéger des Américains contre les Indiens : il est mainte-^ nant abandonné, depuis que les Peaux-Rouges ont quitté le pays.
Un petit village a été construit au fond du port, et . les habitants ont commencé les défrichements : son importance deviendrait très-grande en très-peu de temps, si les filons reconnus dans la contrée voisine devenaient le siège d'une exploitation active.
Copper-Harbor est maintenant le seul port habité de toute la c6te , depuis \a Pointe^ dans lequel les navires peuvent trouver un abri contre la tempête : il a par suite le grand avantage d'avoir sa communication assez régulière avec le Saut- Sainte-Marie pendant toute la durée de la navigation, depuis le mois de mai juscpi'à la fin du mois de novembre.
Agaie-Harbor. L^ baie de Agate-Harf)or pourra devenir un trèsbeau port, son entrée est facile ; l'eau est profonde jusr qu'au rivage dans toute son étendue; plusieurs fois déjà les navires ont pu s'y réfugier pendant les gros temps, et débarquer facilement leurs passagers. Les
forêts Vierges ^avancent jusqu'aux bords du lac, et les défrichements, à peine commencés par une compagnie américaine , n'ont encore aucune importance.
L'exploration de plusieurs filons de cuivre a été commencée à une faible distance d'Agate, et si les travaux sont poussés activement et conduisent à une exploitation fructueuse, la baie d'Agate verra bientôt s'élever une ville qui rivalisera avec celles de Eagle-Harbor et Eagle- River.
Dans un pays où la main-d'œuvre est aussi chère y sous un climat aussi rude que celui du lac Supérieur^ le défrichement des terres fertiles ne peut suffire pour attirer les habitants ; l'exploitation active des mines de cuivre peut seule déterminer la création d'une ville.
Aussi voit-on les deux véritables ports de la côte méridionale, Copper-Harbor, Agate-Harbor, le premier à peine habité et le second complètement désert, tandis que des villes assez florissantes sont établies à Eagle- River et Ontonagon , là où les navires sont exposés à toutes les fureurs des tempêtes.
L'aspect que présentent les établissements du littoral indique immédiatement l'importance des mines exploitées dans la contrée voisine.
Le port de Eagle-Harbor est petit et mal abrité contre Eagit-ttarbor. les vents du nord : une ville déjà importante existe sur ses bords, et doit son accroissement rapide au développement qu'ont pris les travaux dans les mines de Copper-Falls, North-Western , North-West, etc..
La ville qui porte ce nom est construite au bord du Eagi«- River, lac , à l'embouchure de la rivière dite Eagle-River; elle compte déjà plus de mille habitants et son importance augmente tous les jours : elle sert d'entrepôt aux plus riches mines du lac, Cliff-Mine et North-American- Mine. La rivière n'est pas navigable et la côte ne pré-
Portage, etc.
Ontonagon.
sente aucun abri aux navires : les chargements et déchargements sont faits sur une jetée, construite sur pilotis, perpendiculairement au rivage : aussi, dès que le vent soulève les eaux du lac, les navires doivent prendre le large et chercher un abri à Copper-Harbor, ou vers l'ouest à la Pointe. Malheur aux bâtiments qui ne se hâtent pas suffisamment ; ils sont jetés à la côte et ne peuvent plus ensuite que très-difficilement être remis à flot (i).
La jetée en bois est assez souvent détruite par les vagues ; le fait est arrivé pendant mon séjour au lac Supérieur, le 3 octobre i854, dans un coup de vent qui a duré deux jours. 11 en résulte pour Eagle-River une grande irrégularité dans les communications avec le Saut-Sainte-Marie, au commencement et à la fin de la saison. Les mines ne peuvent compter, pour les arrivages. et pour les expéditions, que sur les mois de juin , juillet , août et septembre : circonstance défavorable, mais largement compensée parla richesse exceptionnelle du filon exploité par les deux compagnies de ClifT et de North-American.
Portage, Elm, Misery-River, etc., sont des petits villages placés dans les mêmes conditions défavorables^ que Eagle-River, et correspondent à des mines exploitées avec peu d'activité.
La ville d'Ontonagon, bâtie à l'embouchure de la rivière du même nom , est la plus importante de toutes celles du lac Supérieur; le nombre de ses habitants dépasse quinze cents , et plusieurs maisons présentent déjà le confortable , si rare dans les contrées récemment habitées.
(i) Le navire à hélice, Peninsula, s'est perdu à Eagle-Rivcr au mois de novembre i85/i.
La rivière est navigable pour les bateaux plats jusqu'à la distance d'environ trente kilomètres au sud de la ville : mais la navigation est rendue dangereuse par plusieurs rapides. Au bord du lac une barre de sable empêche les navires d'un certain tonnage d'entrer dans la rivière , et la côte ne présente aucune baie dans laquelle les bâtiments puissent se réfugier : ils doivent charger et décharger, comme à Eagle-River, sur une jetée en bois avançant de plus de deux cents mètres dans le lac.
L'impoitance que la ville d'Ontonagon'doit aux exploitations nombreuses faites dans la contrée voisine , augmenterait beaucoup si le grand projet de chemin de fer dont j'ai parlé précédemment était mis à exécution.
Je n'ai pas eu l'occasion de visiter la Pointe , cette La Poimo. ancienne mission des jésuites, dont le port sert constamment de refuge aux navires pendant la tempête.
Climat du lac Supérieur. Le climat du lac Supérieur est très -rude pendant l'hiver : cette saison commence au mois d'octobre et ne se termine que vers le mois de mai : pendant plusieurs mois le thermomètre se maintient au-dessous de 20° centigrades, et dans les coups de vent du nord la température s'abaisse jusqu'à la congélation du mercure. Les eaux du lac gèlent sur une grande épaisseur, mais la glace est souvent brisée par les tempêtes, et les glaçons sont amoncelés sur le rivage en véritables montagnes. La neige couvre la terre pendant des mois entiers, et permet aux habitants de franchir de grandes distances à l'aide de raquettes ( 1 ) .
(1) Les raquettes sont de longs patins faits avec du bois et des cordes à boyaux : ils permettent aux pieds de s'appuyer sur une très-large surface.
26 TOYACE AU LAC SDPÉKIEDR.
Le traînage n'est possible que sur les routes déjà tracées : dans les forêts les accidents de terrain et les arbres tombés sont trop nombreux pour qu'on puisse passer autrement qu'à pied.
Le printemps est très-court et dure à peine un mois ; il est marqué par de violentes tempêtes qui rendent la navigation du lac très-dangereuse : la fonte des neiges et la chute des arbres empêchent souvent les communications par terre d'une ville à l'autre.
Pendant l'été (fin de juin, juillet et commencement d'août), le soleil a une force très-grande; la chaleur est insupportable parfois vers le milieu du jour, mais les nuits sont presque toujours fraîches ; les moustiques et les mouches noires font une guerre acharnée aux hommes et aux animaux : les mouches noires disparaissent au mois d'août, les moustiques deviennent en. même temps moins incommodes, mais persistent jusqu'à la fin de septembre.
L'automne est au lac Supérieur, comme dans tout le nord de l'Amérique , la plus belle saison de l'année : les journées sont belles, et la chaleur est très-supportable pendant tout le mois de septembre; les nuits sont de plus en plus froides, et quelquefois le thermomètre descend au-dessous de zéro. Au mois d'octobre la fin de l'automne est marquée par des tempêtes violentes et par de grandes pluies , auxquelles succède bientôt la neige. On peut encore voyager à la fin d'octobre et même en novembre, mais la navigation est irrégulière et dangereuse ; les bâtiments à vapeur ne peuvent souvent pas toucher aux villes de Eagle-River et d'Ontonagon , dépourvues de ports abrités.
Végétation. — Toute la contrée est couverte de forêts vierges, dans lesquelles les défrichements pénètrent avec lenteur : les arbres résineux dominent dans les
parties montagneuses , et presque partout élèvent leur
sombre feuillage au-dessus des cèdres, des bouleaux,
des frênes , des érables , etc. , plus abondants dans les
vallées. Le sol paraît très-fertile sur la plus grande