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rdis s’indigner ouvertement et se consulter ensemble, craignit qu’ils ne vinsent à se porter à quelqu’acte de ésespoir, et, sur l’avis de ses officiers, ils résolurent de rofiter de l’arrivée de cinq vaisseaux de Boston qui enaient d'ancrer à l'ambouchure de la rivière Gaspoeaux, pour faire monter sur chacun d'eux, cinquante Mdes captifs. Winslow fit venir un des plus anciens de la place, connu sous le nom de Père Landry, vieillard de quatre-vingt deux ans qui, sachant le mieux l’anglais, servait d’interprète, et lui dit d'avertir les siens que ceux-cent-cinquante d’entre eux seraient embarqués immédiatement et qu'on commencerait par les jeunes gens; qu'ils n'avaient qu’une heure de délai pour se préparer! Le Père Landry fut extrêmement surpris, ajoute Winslow, mais je lui dis qu’il fallait que la chose fût faite et que j'allais donner mes ordres.
Les prisonniers furent amenés devant la garnison et mis en lignes, six hommes de front. Alors les officiers firent sortir des rangs tous les jeunes gens non mariés, au nombre de cent-quarante-et-un, et après les avoir mis par ordre, ils les firent envelopper par quatre-vingts soldats sous le commandement du capitaine Adams.
Jusqu’älors tous ces malheureux s'étaient soumis sans résistance. Maïs quand on voulut leur ordonner de marcher vers le rivage pour y être embarqués, ils refusèrent d’obéir ; tous s’obstinèrent dans leur révolte, disant avec, raison qu’ils ne partiraient pas par ce procédé barbare. Mais le commandant ne fit aucun cas de leur désespoir, on se mit brutalement à séparer le fils du père, le frère de la sœur, l'époux de l'épouse! Ce fut
là le commencement de ce démembrement criminel des familles que rien au monde ne saurait pouvoir justifier et qui a marqué l'honneur du nom de ses auteurs d’une tache ineffaçable. Quand on sait qu’une partie de ces jeunes gens n’étaient que des enfants de dix à douze ans. on sait qu’ils n'étaient pas bien redoutables. On ne peut donc comprendre ce raffinement de cruauté ; il faut laisser Winslow raconter lui-même cet incident. ‘ ['ordonnai aux prisonniers de marcher. Tous ces petits effrontés répondirent qu’ils ne partiraient pas sans leur père. Je leur dis que c’était une parole que je ne comprenais pas, car le commandement du roi était pour moi absolu et devait être obéi, que les mesures de rigueur seraient prises. . J'ordonnai à toutes les troupes de charger à la baïonnette et de s’avancer sur cette petite vermine de français. Je commandai moi-même aux quatre rangées de droite des prisonniers composées de vingt-quatre hommes, d: se séparer du reste. Je saisis l’un d’entre eux qui empêchait les autres d’avancer et je le fis garotter et jeter dans un navire qui devait transporter les hommes mari s.”
Ces pauvres enfants se résignerent à obéir, mais non sans résistance et avec des lamentations qui firent mal même à Winslow. Une foule de femmes et de petits
: enfants, parmi lesquelles se trouvaient les mères, les sœurs, de ces infortunés, étaient témoins de cette scène déchirante et en augmentaient la confusion par leurs gémissements et leurs supplications! De l'église au lieu de l’embarquement, la distance n’est pas moins d’un mille et demi. Ces malheureuses s’attachèrent à leurs
as pendant tout ce-trajet, en priant, pleurant, s'ageouillant, leur faisant des adieux, essayant de les saisir par leurs vêtements pour les embrasser une dernière fois! Une autre escouade composée de cent hommes mariés embarqua aussitôt après la première au milieu des mêmes scènes. Des pères s'informaient de leurs femmes et de leurs enfants restés sur le rivage, suppliaient les officiers de les réunir. Pour toute réponse les soldats pointaient leur baïonnettes et les poussaient : dans les chaloupes !
Quelque fut la dureté de Winslow pour les habitants | de Grand Pré, elle ne fut rien à comparer à la brutalité | des soldats anglo-américains qu’inspiraient une haine inv: térée et des luttes sanglantes contre les Acadiens Dans une lettre de Murray à Winslow pour lui annoncer son arrivée, nous lisons le passage suivant: ‘‘J’ai hâte de voir embarquer tous ces misérables. Alors je me donnerai le plaisir de vous rencontrer et de boire à leur bon voyage.”
Il faut renoncer à décrire les tortures de cette lamentable journée du 8 octobre! On a peine à entendre même les récits qu’en font aujourd'hui les petits-tils des exilés.» C’est cette journée du 8 octobre qui leur est restée dans l’esprit. Il faut les entendre parler de ce jour du grand dérangement. Dès le matin de ce jour, des foules de femmes et d’enfants venues de toutes les directions, depuis la rivière Gaspareaux jusqu’à Grand Pré, des vieillards décrépits, des malades, des infirmes trainés dans des charrettes, des mères portant leurs non- veaux-nés dans leurs bras, étaient poussés vers le Grand
Pré par des soldats sans pitié Le chemin fut bientôt tout grouillant de cette masse faible, désespérée qui avait peine à se mouvoir au milieu du tumu'te et de la confusion générale, de faibles femmes tombaient de fatigue le long de la route et ne se relevaient que sous les menaces ou devant les-baïonnettes ; les uns s’avançaient mornes et silencieux comme frappés de stupeur, quelques-uns proférant des malédictions; d’autres enfin, pris d’une exaltation pieuse, murmuraient des cantiques à l'exemple des martyrs! Les cris des enfants effrayés que l’on entendaient de tous côtés, se mêlaient aux aboïements d’une meute de chiens qui rôdaient autour de cette foule, en cherchant leur maître!
Mais ce fut au rivage, à l’heure de l’embarquement que la confusion fut extrême ! Tous ces malheureux furent entassés pêle-mêle dans les chaloupes et lorsque le soleil jeta ses derniers rayons sur lé Bassin des Mines, une partie de la population était rendue à bord des navires. Cinq autres vaisseaux arrivés les jours suivants enlevèrent le reste.
Cette chasse à l’homme s'était poursuivie avec ure atroce activité sur tout le littoral de la baie de Fundy ; le nombre total des déportés Acadiens depassait le chiffre de six mille sur une population d’environ quatorze mille habitants.