CHAPITRE PREMIER. S
M. Menant , la reine des nations semble avoir expié l'ivresse des grandeurs.
» Après le triomphe, elle eut ses jours de ruine. Elle livra au vainqueur son sang et ses trésors, elle se coucha dans la tombe, et le sable du désert lui servit de suaire. Là, elle a dormi sous les ruines des trois em* pires qu'elle a vus naître et des trois civilisations qui la couvrent de leurs débris ^ »
Sous ce linceul tle sable, il ne reste aujourd'hui du colosse biblique que la base d'argile. Mais si fragiles qu'ils soient, s^es pieds ont, à nos yeux, plus de prix que sa tète dorée; car, à travers les siècles, ils ont gardé l'empreinte indélébile, en traits cunéiformes, des étonnants récits de cette histoire étrange.
Grâce aux inscriptions recueillies et déchiffrées de nos jours, grâce aux travaux modernes, Babylone, en effet, semble sortir d'un long rêve. Elle reprend ses souvenirs épars; c'est tout un monde enfoui qui s'éveille , toute une civilisation engourdie qui revient à la vie.
L'expédition française de Mésopotamie en a marqué, en 1852, le premier mouvement* Dès cette épo« que, M. Oppert put reconstruire, sur le terrain même, le plan de Tantlque cité*
Il suivit, dans tout son périmètre , l'immense qua^^ drilatèrequi formait l'enceinte des murailles* D'après
* M. Joachim Menant, Eléments d'épigraphe assyrienne t inscrip' 'tions cunéiformes, -^ Paris, 1864, 2* édilion, Librairie orientale de Benjamin Duprat*
Hérodote , elles comptaient quatre cent quatre-vingts stades \ mesure entièrement conforme à l'inscription de Nabucbodonosor, conservée au Musée de la Compagnie des Indes.
La plupart des briques que M. Oppert & réunies portaient également Temprelnte de ce roi. Elles ont toutes la même dimension, un pied carré environ; et cette dimension, régulièrement unique, est très-probablement une mesure antique, car les bistoriens sont d*accord pour nous dire que la largeur des murs babyloniens était de trois cents briques.
Ces briques formaient le revêtement extérieur des célèbres murailles, qui n'étaient, par le fait, qu'un simple ouvrage en terre.
Elles embrassaient, dans leur développement, des palais innombrables, des temples fameux, des monuments gigantesques dont les plus importants n'apparaissent plus que comme des collines arrondies, au milieu des ondulations du terrain formé par cet amas de ruines.
La plus considérable de ces ruines, en arrivant du nord, est celle de Babil.
Sur une étendue de cent quatre-vingts mètres, elle en mesure quarante-six de haut; l'uniformité du pays en augmente l'effet.
Cet amas de décombres nous représente-t-il le tom-
' Qualre*via§t-«ii kilomètres.