CHAPITRE QUINZIÈME
M. Mariette, plane un Diea unique, immortel, incréé, créateur du ciel et de la terre. » Dans sa notice sur le musée de Boulaq, le même savant signale des rapprochements étonnants entre la cosmogonie égyptienne et les traditions hébraïques. Plus on remonte vers la source de ce peuple, plus on se rapproche de la notion d'un Dieu unique ; on y retrouve, dans sa pureté, la loi naturelle, révélée aux hommes par un Dieu unique , créateur du monde et de l'homme : « union des époux, égalité des sexes, autorité paternelle, respect des parents, amour du prochain , obligation au travail, Immortalité de Tàme, croyance à la rédemption, à la vie future, à la résurrection des corps et à la justification de l'âme par le Rédempteur '. »
Telles sont les doctrines vraiment chrétiennes que le peuple égyptien a eu l'honneur de connaître et de] pratiquer , avant que les Juifs les aient reçues de leurs prophètes.
Cest là tout le secret de la puissance primitive de ce peuple et de Tinfluence qu'il a exercée sur le monde, avant l'ère chrétienne.
C'est sous cette inspiration , c'est avec cette foi , avec cette espérance que ce peuple s'est couché dans la tombe ; et sa tombe scellée depuis tant de siècles se rouvre aujourd'hui, pour nous en révéler les mys-
1 Le Correspondant da 10 août 1872. L'élude sur TÉgypte, à laquelle nous empruntons cette citation, nous a servi de guide dans notre exposition sommaire.
tères. La science les exhume; elle les fait rayonner an grand jour. Elle a raison; car ces pensées jaillissant de la tombe sont de vrais titres de noblesse pour rhumanité.
Mais des hauteurs sublimes où nous le saisissons, comment le peuple égyptien a-t-il pu tomber dans les erreurs grossières de son polythéisme?
M. Renan a pu dire des Sémites ce qui s'applique aux Égyptiens: il a dit que le polythéisme consistait À jouer sur le nom de la Divinité.
De cette idée si précise du Dieu libre et vivant, du Dieu créateur tout-puissant, on est arrivé, peu à peu, à prendre le soleil pour le symbole de la lumière idéale, puis pour la manifestation de Dieu même *•
La naissance quotidienne due à son énergie propre, c'est le principe de l'émanation. Or, o l'idée de l'émanation substituée à l'idée de la création, l'idée de la substance divine substituée à l'idée de la substance du monde, conduisent tout droit, peuples et mythologues, à l'idée de la matière éternelle, incréée, chaotique, organisée par un démiurge, émané de son sein, principe et fin de tous les êtres '. »
C'est la matérialisation de l'idée divine.
C'est la source du polythéisme égyptien.
C'est aussi la source des religions de l'àssyrie et de la Babylonie, telles que nous les font connaître les
' De Rougé.
^ RoLion, Revue des questions historiques, juillet 1872.