‹ Voyage au pays de Babel; ou, Explorations à travers la science des langues et des religions: ouChapitre 102 sur 137 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

fragments de Bérose et les inscriptions cunéiformes. Dans leurs traits essentiels et dans leurs conceptions générales, c'est, à peu de chose près, le paganisme commun à tous les peuples. Mais, comme l'observe M. Lenormant, « en pénétrant au delà du polythéisme grossier qui sert de base et de suhstratum aux superstitions populaires, en s'élevant jusqu'aux conceptions premières qui en sont le point de départ, on retrouve la notion fondamentale de l'unité divine, derniers vestiges de la révélation défigurée parla divagation d'un panthéisme monstrueux*. » Les inscriptions achéménides des rois de Perse nous en ofifrent un exemple. Lorsque, à Taide de la philologie, nous avons pu remonter à mille ou quinze cents ans au delà du berceau de la langue iranienne, auzend de VArestaet même plus loin, auzenddes premiers chants du Vaçna, nous nous sommes trouvés en face d'un nom auguste, du nom d'Ormuzd, d'Ahura-Mazda, le nom du Dieu vivant, de l'Être par excellence, de l'Esprit sage, du Dieu créateur et universel.

Nous l'avons dit plus haut, c'est la linguistique qui a préparé et rendu possibles les étonnantes découvertes ethnographiques de notre époque. Sous ce rapport , il n'y a pas eu de champ d'explorations plus fécond que celui qui s'étend entre le Tigre et l'Éuphrate. Depuis trente ans, la Mésopotamie nous a

' LeDormaDty Commentaires des fragments cosmogoniques de Bérose,

livré, SOUS les replis de son sol aride et sablonneux, d'inépuisables richesses, de vrais trésors de textes historiques. Et pourtant, aucune ruine n*y est restée debout, aucun vestige imposant ne s'y montre comme à Balbek, par exemple , comme à Paimyre ou à Persépolis. Ici , comme à Troie, tout a disparu sous répaisse couche de débris amoncelés par les âges * . Dans la pleine de Sennaar , quelques monceaux de' briques marquent encore , çà et là , la place où fut Babylone.

A la limite du désert, entre des marécages et les ondulations d*un terrain sillonné par de longues files de tumulus, nous avons signalé Birs-Nimroud, le plus important de ces monticules; il porte le nom de Borsippa, et a perpétué jusqu'à nous le souvenir de la tour de Babel ou de la confusion.

Mais.à Ninive, il n'y a plus rien d'apparent. Tout a disparu sous le sable. Pas un fût de colonne, pas un débris de marbre , pas un pan de muraille pour nous rappeler les splendeurs des palais de cette ville immense, anéantie, disparue, enfouie six siècles avant notre ère, sous les coups d'une invasion foudroyante. C'est tout ce que nous savions jusqu'à ce jour de son histoire, de sa grandeur et de son agonie. « Son nom

^ Les récentes et importantes découvertes du docteur Schielmannà Jlium recens, nMnfirment en rien l'exactitude de notre assertion. Pour ce qui concerne U Troie homérique, M. Vivien de Saint-Martin nous semble avoir raison contre le docteur allemand et ses partisans. En tout cas, la question relative à l'emplacement de Troie reste au moins douteuse. Voir à ce sujet la note E, à la fin du volume.

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