‹ Voyage au pays de Babel; ou, Explorations à travers la science des langues et des religions: ouChapitre 106 sur 137 · CHAPITRE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIÈME

qu'on leur réserve est affreux et le supplice atroce.

Le personnage qui se détache le plus en relief au milieu de ces groupes, c'est le roi, le roi Sargon^ vainqueur d*Azoth et deSamarie*.

« Il est coiffé d*une tiare pointue au sommet, ornce de bandes rouges. Les cheveux et la barbe sont peints en noir, curieusement tressés. Il porte un pendant d'oreille en forme de croix , de riches bracelets aux bras et aux poignets. Sa tunique est ornée de franges, et une sorte de pallium sacerdotal tombe de son épaule en recouvrant en partie Tépée courte ou parozonium, sur le pommeau de laquelle s'appuie la main gauche ^ » Le palais de Khorsabad peut être considéré coinme un grand épisode. C'est une création homogène qui caractérise une époque. Les détails qu'elle présente sont assez variés pour qu'on puisse l'apprécier avec exactitude. « Le caractère primitif du monument n'a point été altéré par des constructions subséquentes. On voit que le palais a été fondé au moment où le roi était dans toute sa gloire, et qu'il a été abandonné et ruiné avant d'avoir vieilli*. » C'est le Versailles du roi Sargon.

La plupart des débris trouvés à Khorsabad, malgré leur importance extrême, étaient malheureusement destinésàne revoir le jour que pour s'en aller en poussière. L'incendie avait calciné les dalles et les mar-

' haïe, cliap. xx, v. 1.

• Menant, p. 158.

' Menant, p. 173.

bres; sous Taction du feu, la pierre calcaire était devenue chaux; au premier soufQed*air chargé d'humidité, elle s'était hydratée, délitée, réduite en poudre. L'artiste envoyé pour les dessiner ne put arriver assez tôt à Mossoul. La plus grande partie de ces richesses était à jamais perdue. Les inscriptions seules étaient sauvées. « Avec une admirable patience, M. Botta les avait dessinées, à mesure qu'elles apparaissaient. En appréciant d'ailleurs toute la valeur, il y avait mis cette scrupuleuse attention que l'on apporte, au chevet d'un mourant, à recueillir les dernières paroles dont on est le dépositaire ^ » Ainsi en avait fait naguère, pour les inscriptions cambodgiennes et au milieu des gigantesques ruines d'Angcor, notre illustré et infortuné ami Doudart de la Grée , mort à la fin de son voyage d'exploration au Mé-kong*.

Toutes les parties du palais, cependant, n'avaient point été également atteintes. Les moins exposées ont pu être sauvées. Elles figurent au musée assyrien des galeries du Louvre.

1 Menant, p. 163.

* Le dernier Congrès des orientalistes, réunis à Sainl-Éiienne, vient de s'honorer particulièrement en réparant l'inavouable oubli dans lequel nous laissions se perdre, depuis huit ans,- le souvenir des services rendus à la science et à la France par le commandant en chef de la mission d'exploration au Mé-kong et dans Tlndo-Chine. Oui, le Congrès s'est honoré en rendant pleine et éclatante justice à la mémoire de ce savant et intrépide officier, dont Tinteiligence et la haute valeur personnelle n'eurent d'égales qne la plus rare modestie, et la plus complète abnégation. Voir les conclusions dn Congrès à la note D.

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