CHAPITRE DIX-SEPTIÈME
A Khorsabad c'est Sargon ou Saryukin*, le vainqueur de Samarie et d'Azoth, dont parle Isaïe^ ; c'est le conquérant de l'île de Chypre et de Tyr*. Tyr, selon le prophète, est menacée d'une prochaine ruine *. Or, écrivait naguère M. Réville, dans la Revue des Deux Mondes, et comme une objection aux prophéties, « Sargon a échoué dans la prise de cette ville ».
Si Sargon échoua devant Tyr, quoique dans ses fastes de Khorsabad, selon M. Oppert, il se flatte positivement d'avoir réussi, la prophétie d'Isaïe n'en fut pas moins très-promptement accomplie , car les cunéiformes de Koyoundjick nous apprennent que le successeur de Sennachérib s'empara de Tyr dès le début de son règne ^. Sennachérib fut le restaurateur deNinive, le fondateur du palais de Koyoundjick.
« Moi, Sennachérib, grand roi, flls de Salmanasar, grand roi, je réduis à Tobéissance Juda et Ézéchias*. »
C'est en vain cependant qu'il mit le siège devant Jérusalem. << L'ange du Seigneur entra dans son camp, et y frappa cent quatre-vingt mille hommes.
' Isaïe, chap. xx, ▼. l.
' Isaïe, au chap. xxiii.
* Isaïe, chap. xxiii.
^ Manuel d'histoire, ancienne $ par M. François Lenormant, tome UT, p. 312, cite' parle P. Gratry dana ses Lettres sur la religion, 1869.
^ Sennachérib ou Synakérib, 704-681 av. J. G. Inscription trouvde par M. V. Place. « Sennache'rib prit dans le pays de Tauda (Juda)
« On se leva le matin^ il ne restait que des cadavres. Le roi prit la faite , rentra à Ninive ; il y fat assassiné'. »
Qai ne connaît le cantique d'Ézéchias?
« Generatio mea ablata est et convoluta est quasi tabernaculum pastorum. — Sicut puUus hirundinis sic clamabo, meditabor ut columba. »
Un prisme octogone , cbargé d*une écriture fine et serrée, a fait du règne de Sennacbérib une histoire classique'.
De même, un autre prisme, trouvé aux mêmes lieux, nous apprend que son fils Assarhaddon entreprit la conquête de TÉgypte , et que , pendant les quelques années qu'il en fut le maître, il fit transporter
44 grandes villes et des forteresses « dont le nombre est sans égal •; il enleva 200,150 personnes de tout âge et une multitude d'animaux domestiques ; il partagea les terres d'Ézéchias entre les rois voisins.
« Alors la crainte immense de ma majesté terrifia Khœutkiau , rot du pays de Yauda« H congédia les troupes qu'il avait réunies pour la défense de la ville A'Unalimmi (Jérusalem), sa capitale, et il envoya des ambassadeurs vers moi, dans la ville de Ninive, ma capitale, avec 30 talents d'or, 800 talents d'argent, des métaux, des pierreries, des perles, des trônes richement ornés, du bois de sandal, de Tébène, le contenu de son trésor, ses filles, les femmes de son palais, ses esclaves mâles et femelles, et il délégua vers moi son ambassa« deur pour m'offrir des tributs et faire sa soumission. • (Citation de Joacbim Menant dans la Revue littéraire de mars 1875.)
' Isaïe, chap. xxxvii, v. 36 et 37.
' Le prisme dont il est ici question est en argile. Il fut trouvé en 1830, sur les ruines mêmes de Ninive. Il a été acheté par le colonel Taylor, et traduit, dans ces dernières années, par M. Rawlinson.