‹ Voyage au pays de Babel; ou, Explorations à travers la science des langues et des religions: ouChapitre 12 sur 137 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

des amas de raines, parmi lesquelles les pi as remarquables, situées à douze kilomètres an sud de la ville d'Hillah, offrent un aspect étrange et portent, dans le pays, le nom de Birs-Nimroud, C'est le nom, si fréquent en Ghaldée, du Kouschite Nemrod, qui, selon la tradition, vint fonder Babylone^

c J'ai visité le Birs-Niniroud, dit M. Rich, dans un moment qui répondait tout à fait à la grandeur de son effet. La matinée était d'abord orageuse et nous menaçait d'une grande pluie. Mais comme nous approchions du terme de notre voyage, les nuages qui s'étaient amoncelés se divisèrent et nous laissèrent entrevoir le Birs dominant la plaine, semblable à une montagne couronnée d'une tour, avec un rideau tendu à ses pieds. Gomme l'état de l'atmosphère nous avait empêché de découvrir la ruine pendant la première partie de notre course, nous ne la vîmes point grossir par degrés, ce qui est nuisible à l'effet produit. C'est ce qui contrarie si vivement les voyageurs qui visitent les pyramides d'Egypte; mais elle s'offrit tout d'un coup à nos regards, à une distance convenable, au milieu de masses roulantes de nuages noirs et épais, obscurcie en quelques endroits par cette espèce de brouillard dont la confusion produit quelque chose de sublime, tandis que des éclairs, avant-coureurs de l'orage, sillonnaient, au delà, le

' Genèse, chap. x.

désert et servaient à mesurer vaguement l'étendue immense et la morne solitude du pays désolé où s'élèvent ces antiques débris ' . »

Ces débris, on les aperçoit de bien loin au delà de l'Euphrate, à moitié chemin entre Bagdad etBabylone. En sortant d'Hillah, Birs-Nimroud s'élève dans la plaine, comme une colline en forme de tronc de cône, à une hauteur de quarante-six mètres et sur un pourtour de sept cents à la base.

On pénètre dans la ruine par la face nord-est; un sentier, dans un étroit ravin , conduit en pente douce à la plate-forme, large d'un quart d'hectare.

Là, le chemin devient plus difScile; des débris de tout âge y sont accumulés.

Au milieu d'eux s'élève , à une hauteur de plus de douze mètres, un pan de mur, ou si l'on veut^ un pilier dégradé construit en briques cuites, de forme conique à la base, cylindrique au sommet.

Les briques dont le sol est jonché portent trois lignes d'écriture avec l'empreinte deNabuchodonosor. Elles sont reliées avec un ciment à la chaux , d'une teinte jaunâtre, contrastant avec la couleur plus foncée des matériaux primitifs.

Ce qui étonne, ce sont les blocs énormes détachés du sommet; il en est qui mesurent près de cent mètres cubes.

' Cité dans Tétade de M. Grégoire, la Bible et l'assyriologfef d'après les récentes découvertes. Bévue des questions historiques, avril 1873.

CHAPCTRE PREMIER. 9

Noircis par rincendie, leur état de vitrification atteste l'intensité du feu qui les a transformés. Son action a été si violente, que les couches de briques qai sont encore visibles, apparaissent courbées, gauchies et ondulées.

A quel monument répondent donc ces débris informes et gigantesques de Birs-Nimroud? Dans le monde entier, dit Oppert, il en est peu dont Taustère grandeur inspire un semblable intérêt; ces ruines sont celles de Babel 1

Longtemps elles seraient restées pour nous une impénétrable énigme, un hiéroglyphe dressé à l'entrée du désert, sans le secours inespéré des inscriptions cunéiformes trouvées sur les lieux mêmes.

Dans un tombeau , M. Oppert commence par découvrir un tout petit cylindre en brique noire, portant le nom de Borsip , avec la date du trentième jour de la sixième année du règne de Nabonid.

Or, Borsippa, le Borsip du Talmud, est précisément le nom que la tradition Juive a donné de tout temps au lieu où les langues ont été confondues* .

' Au moyen âge, quand Benjamin de Tudèle visita la Mésopotamie, les Israélites, ses coreligionnaires, lui désignèrent l'amas de décombres de Birs-Nimroud comme la Tour des langues. Longtemps auparavant, le Talmud de Babylone avait attesté également que c'était à Borsippa que les langues avaient éié confondues, et il avait changé le nom de ce lieu en celui de Bolsoph. D'après une légende consignée dans plusieurs passages du Talmud, l'air de Borsippa faisait perdre la mémoire, parce que c'était là que les hommes avaient oublié leur première langue. Turrîs aer obliviosum reddit (Buxtorf , Lexicon Talmudicumy cité par Grégoire).

Il y a plus : en fouillant les décombres, dans les fondations mêmes du mur de Birs-Nimroud, sir Henri Rawllnson découvre Tinscriplion que le constructeur y avait déposée. Elle se compose de soixante lignes d'écriture, tracées sur un cylindre en terre cuite, en forme de baril. Deux barils identiques furent ainsi trouvés.

Ajuste titre, Tinscription de Borsippa est devenue célèbre; conservée au British Muséum, elle a été traduite, tour à tour, parMM.Rawlinson, FoxTalbot et Oppcrt. Ces traductions diverses diffèrent par des détails importants sans doute, mais elles s'accordent sur l'origine et la nature de cette construction. C'était une série de tours superposées, dont la hauteur totale atteignait deux cent cinquante pieds, en formant sept étages de dimensions inégales et de diverses couleurs. Les couleurs correspondaient à la divinité que l'on y adorait. D'après les briques retrouvées dans la ruine, l'ordre de ces couleurs, en partant du sommet, semble avoir été or, argent, rouge et bleu, orange, blanc et noir.

« Moi, Nabuchodonosor, roi de Babylone, pasteur des peuples, j'ai rebâti la pyramide, le temple du ciel et de la terre, la tour des sept lumièrçsl »

— « Le temple des sept lumières, auquel se rattache » le souvenir le plus ancien de Borsippa , fut bâti par » un roi antique (on compte de là quarante-deux » vies humaines) y mais il n'en éleva pas le faite. » Depuis le jour du déluge, les hommes ont aban-

Page 1