‹ Voyage au pays de Babel; ou, Explorations à travers la science des langues et des religions: ouChapitre 13 sur 137 · CHAPITRE PREMIER. Il · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. Il

>» donné le monament en proférant des paroles sans » ordre. Un tremblement de terre et le tonnerre » avaient dispersé son argile et fenda les briques » cuites qui le recouvraient; Targile de sa masse

» intérieure s'était répandue en collines séparées

» Le Seigneur puissant Mérodach a excité mon cœur à » l'achever. Je n*ai pas écarté, je n'ai pas porté » atteinte à sa pierre angulaire. «

Telle est la partie principale de l'inscription de Borsippa.

La première phrase de cette traduction en fait évidemment un des documents les plus remarquables qai aient jamais été recueillis. Cette phrase est devenue le point de mire de toutes les critiques. On n'en est point surpris, quand on connaît les difficultés que présente le déchiffrement de la langue assyrienne.

Dans cette langue, le sens des mots n'est pas toujours certain , et la lecture offre de^ cas douteux jusqu'ici sans issue. C'est précisément ce qui arrive pour le fameux passage de la tour de Babel ; toutes les difficultés de l'épigraphie assyrienne y sont accumulées.

L'écriture assyrienne est tantôt phonétique, tantôt idéographique, c'est-à-dire, les signes dont elle dispose pour exprimer les mots représentent tantôt un mot et tantôt une idée; et pour comble d'embarras, le même signe peut représenter, à lui tout seul, plusieurs sons et plusieurs idées.

De là, des incertitudes sans fin et des dissidences profondes.

C'est ce qui arrive pour l'inscription de Borsippà. Dès la première phrase, le signe auquel M. Oppert affecte une valeur idéographique et qu'il rend par quarante-deux vies humaines, ce signe est pris phonétiquement par les assyriologues Rawlinson, Talbot / et Schradl^er, et ils le traduisent par quarante-deux coudées. M. Lenormant y lit également une mesure de superficie.

Les passages relatifs au déluge et à la dispersion des langues ne sont pas moins vivement discutés.

Le signe que MM. Oppert et Lenormant ont traduit par « depuis les jours du déluge » représente, pour MM. Rawlinson et Talbot, « à cause des Jours éloignés », et pour MM. Grivel et Norris, « depuis les jours reculés ».

A ce propos, M. Grivel observe, avec assez de sens, qu'il serait singulier de faire dire à Nabuchodonosor que cette tour a été abandonnée « dès le temps du déluge », puisque ce serait implicitement lui faire supposer que cette tour existait avant le cataclysme '.

Enfin, dans le fameux passage relatif à la confusion des langues, M. Oppert s'arrête à l'idéogramme , <« qui en désordre proférant des paroles », tandis que les traducteurs anglais n'y voient qu'un signe phonétique, mentionnant « la négligence à entretenir les

1 Revue archéologique de la Suisse, Friboarg, 1871.

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